Accueil Covid-19 Les médecins Cubains : Serge Letchimy avait tout prévu.

Les médecins Cubains : Serge Letchimy avait tout prévu.

Serge Letchimy

On a entendu beaucoup de polémiques et de revendications de paternité concernant l’éventuelle présence de médecins cubains en Martinique. On a aussi vu défiler le Président de l’exécutif de la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM), identifiant notre pays avec un drapeau réservé aux manifestations sportives, rafler la mise dans sa communication. On a vu arriver des médecins cubains avec les moyens de la CTM alors que ce maudit COVID-19 a pratiquement disparu de la Martinique. On a vu exploser les cas de contaminations en Guyane avec une passivité des autorités françaises. On a entendu quelques bavards impénitents critiquer injustement la Guyane dans son peuplement alors que la solidarité était de mise.

Mais j’ai aussi entendu le président de la Collectivité de Guyane clarifier les raisons pour lesquelles des médecins cubains n’avaient pas eu accès au territoire guyanais.
Rodolphe Alexandre avait depuis longtemps anticipé cette possibilité mais s’est heurté à des obstacles de l’administrations française. La Guyane n’étant pas membre de l’AEC (Association des États de la Caraïbe) ne pouvait agir autrement que par le bon vouloir ou non de cette administration. Ainsi Rodolphe Alexandre a clairement fait allusion aux raisons qui ont permis l’arrivée de médecins cubains en Martinique et a évoqué notamment l’appartenance de la Martinique à l’AEC (Association des États de la Caraïbe). Cette situation nous permet de comprendre l’intérêt qu’il y a à définir d’autres rapports entre nos pays respectifs et la France, pour sortir de cette humiliante privation du droit à l’initiative avec les pays de la Caraïbe. On en voit aussi l’utilité en cas de crise grave. Il ne s’agit pas ici de juger de la pertinence ou non de la présence de médecins cubains en Martinique, mais de bien comprendre les mécanismes qui peuvent nous permettre de les solliciter.

Ce qui semble devenu une vraie affaire d’Etat ne doit pas occulter le fait que si on peut agir aujourd’hui, c’est qu’hier un homme et son équipe avaient anticipé et fait le travail. C’est le résultat d’un travail de longue haleine qui a commencé dès la préparation de la campagne électorale pour les Régionales de 2010.

La première étape est inscrite dans le programme électoral de l’équipe de Serge Letchimy qui se composait de sept axes, dont le 7ème prévoyait dans sa totalité une « Politique Martiniquaise de Voisinage ». Cette « Politique Martiniquaise de Voisinage » offrirait la perspective de relations de plus en plus étroites avec les pays de la Caraïbe. Elle impliquerait un niveau d’intégration économique important, et un renforcement de la coopération politique, le but étant d’éviter en période de crise la création de nouveaux clivages entre la Martinique et ses voisins. Elle prévoyait de s’appuyer sur des valeurs et intérêts communs, dont le besoin d’une réponse collective aux défis communs tels que les écarts de prospérité, la migration, la sécurité, la santé publique, la démocratie, le développement économique, les défis environnementaux, et énergétiques.

La seconde étape réside dans la participation de Serge Letchimy représentant le Gouvernement français aux travaux de la 34ème session de la CEPALC (La Commission Economique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes) au Salvador, le 31 août 2012. Il s’agissait pour Serge Letchimy de s’inspirer des travaux de ces visionnaires considérables que furent Aimé Césaire, père de la Négritude ; Frantz Fanon qui a donné sa vie pour la dignité des peuples opprimés ; et Edouard Glissant dont l’œuvre s’est consacrée à la mise en relation des peuples, des langues et des cultures. Ces hommes avaient très vite compris que les plus importantes des évolutions que nous sommes en train de vivre, étaient que les peuples se retrouvaient désormais en contact, et que la construction de leur reconnaissance mutuelle et de leur amitié était la force la plus puissante pour transformer le monde.
En effet, bien au-delà des nécessités économiques et sociales, il y a dans cette démarche d’intégration de la Martinique dans son environnement caribéen une dimension fraternelle et affective. Une dimension que Césaire, que Fanon ou Glissant avaient toujours espéré vivre un jour. Une dimension pour laquelle des générations de nos grands politiciens se sont longtemps battues, Serge Letchimy l’a exprimé ainsi dans son discours en une phrase : « Nous voulons rentrer à la maison commune ». Assurément, la tâche de notre génération est de briser les ossifications, d’associer ce qui peut l’être, de relier ce qui s’est dissocié, de rallier ce qui s’est éloigné, d’ajouter à la richesse commune tout ce que l’on a soustrait ! De construire notre carbet caribéen.

La troisième étape, c’est le 12 décembre 2012 lorsque le Président de la Région Martinique, Serge Letchimy, introduisait officiellement par courrier la candidature de la Martinique comme membre associé de l’Association des Etats de la Caraïbe (AEC). Le Ministre des affaires étrangères de l’époque Laurent Fabius confirme immédiatement son accord pour l’adhésion directe de la Martinique en tant que membre associé à l’AEC, ce qui constitue un pas de plus dans le sens du renforcement des relations de la Martinique avec les pays voisins et de l’action internationale dans la Région.
Puis s’enchaine le 11 avril 2014, Place des Caraïbes dans la commune du Carbet, la signature des « Accords du Carbet » entre Serge Letchimy, Président du conseil Régional de Martinique et Alfonso Muniera Cavadia, Secrétaire Générale de l’AEC, en présence de l’ambassadeur de la zone caraïbes Fred Constant. Cette signature marque l’adhésion officielle de la Martinique à l’AEC, une des institutions caribéennes majeures. L’adhésion définitive sera consacrée par une cérémonie d’investiture le 30 avril 2014 à Mérida au Mexique.

La quatrième et dernière étape : Tous ces préalables politiques et protocolaires demandaient un cadre juridique opérationnel qui est arrivé avec la « LOI n° 2016-1657 du 5 décembre 2016 relative à l’action extérieure des collectivités territoriales et à la coopération des outre-mer dans leur environnement » dite loi Letchimy. Elle vise essentiellement à combattre les obstacles à la coopération extérieure des collectivités d’outre-mer mentionnées à l’article 73 de la Constitution de 1958 et entraîne une évolution majeure au profit de toutes les collectivités territoriales françaises. Cette loi qui s’inspire du concept de « diplomatie de proximité » ouvre le champ de l’action extérieure des collectivités territoriales à tous les accords internationaux antérieurs approuvés par la France, à l’exécution de tout programme de coopération régionale également approuvé par la France, mais également à tout autre groupement de coopération transfrontalière, régionale ou inter-territoriale à venir. Ainsi, ce texte permet aux collectivités territoriales d’inscrire leurs efforts de coopération dans un cadre juridique précis, ce qui ne fait que légitimer leur rayonnement au sein de leurs environnements régionaux respectifs. Cette évolution, qui a été progressive, permet aux collectivités territoriales de développer davantage leurs échanges avec les pays de leur environnement régional.

Les médecins cubains dites-vous ? Rien n’aurait été possible sans ces préalables.

Jeff Lafontaine
03/07/2020

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