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Bain de lune

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yanick lahens

Yannick LAHENS -  Ed. WESPIESER – Prix Femina 2014-

Un matin, au lendemain d’une violente tempête, un pêcheur retrouve une jeune fille, violée, battue à mort, agonisante sur la plage de Anse Bleue : c’est Cétoute, la petite-fille des LAFLEUR.
Alors qu’elle sent que la vie est en train de quitter son corps, elle fait appel à ses ancêtres et aux dieux du Vaudou pour qu’ils l’aident à comprendre les raisons qui ont provoqué un tel dénouement.
« Quelqu’un m’a tuée, j’en suis certaine » dit elle en songe.
Étendue sur une civière improvisée faite de branchages et de feuilles de cocotiers, couverte d’un drap, Cétoute est ramenée au domicile familial, escortée par une foule de badauds et de voisins. Durant le trajet qui l’emmène de la plage d’Anse Bleue à la case familiale située à Ti Pistache, l’esprit de Cétoute vagabonde et nous promène à travers les trois générations de deux familles. Les LAFLEUR et les MESIDOR se détestent depuis toujours pour une affaire de terre : « la mère de Bonal avait hurlé : jamais on ne vendra notre terre. La terre, mon fils, c’est ton corps, ton sang, tes os, tu m’entends ? »
Cette haine entre les deux familles a marqué durablement la vie du village de Ti Pistache…

L’auteur, écrivaine haïtienne, pénètre dans l’intime de chacun de ses personnages pour tenter d’expliquer d’où sont partis cette violence, ce désespoir qui ont entraîné le chaos dans la société haïtienne.
La peur, la trahison, la méfiance, la soif de vengeance, l’appât du gain, les croyances….. tout ce que chacun garde au fin fond de soi et qui un jour, fait que la porte des attentes s’ouvre avec fracas.
« Un jour, on apprit que la famille de l’homme au chapeau noir et lunettes épaisses s’était enfuie dans la nuit. Mais ce n’était pas suffisant. La haine faisait du bien à l’intérieur, elle était chaude comme un cœur dans la main. On n’avait pas le temps de pardonner, ni de juger. Alors, on tuait. »
Ce roman raconte dans un style poétique très imagé et avec un ton empreint de tristesse, l’histoire récente et violente d’Haïti depuis le règne de l’homme au chapeau noir et lunettes épaisses jusqu’à l’arrivée du prêtre du parti des démunis.
Je transpose toujours mes lectures dans le contexte martiniquais. Et quand j’ai lu la conversation entre les deux frères et les militants du parti des démunis : «vous avez déjà vu des politiciens honnêtes, vous ? Ils nous donnent à boire et nous font nous déhancher sur des airs de «péyi a sé ta nou» … et après on ne les revoit plus qu’à la télé… »… ça m’a rappelé quelque chose. Pas vous ?
Dans le village, les règlements de compte ont rythmé les journées, jusqu’au jour de la découverte du corps de Cétoute.

J’ai apprécié ce roman dont je vous recommande la lecture : son style, le découpage subtil des chapitres, qui vous oblige à retourner chaque fois dans le passé de chacun pour comprendre comment il avance….
Poétique, triste, enivrant… Voilà comment je le qualifierais.

Ginou

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