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Lu pour vous

AMERICANAH de Chimananda NGOZI  Adichie - GALLIMARD – 2015

L’université de Nsuuka, au Nigeria est paralysée depuis plusieurs mois par des grèves à répétition. Aussi, Ifémélu, jeune étudiante en communication de 19 ans, décide-t-elle de quitter son Lagos natal pour rejoindre sa tante Odjou, qui a fuit aux États Unis après l’assassinat , lors d’un coup d’état, de son amant et protecteur «le Général».

Ifémélu observera avec intérêt cette société américaine au sein de laquelle elle veut s’intégrer, société américaine que beaucoup de jeunes Nigérians comme elle-même, imaginent comme étant le paradis. Ce n’est que là qu’elle prend conscience qu’elle est Noire, car les codes sociaux américains sont définis en fonction de la couleur de la peau et des origines de chacun. Elle tient un blog qu’elle intitule « Observations diverses sur les Noirs Américains, autrefois appelés les Nègres, par une Noire non Américaine ».

Ce blog, qui obtient rapidement un grand succès, est riche d’enseignements. Ces récits des évènements du quotidien traduisent un perpétuel sentiment de non appartenance. C’est cela qui m’a conduit à faire le parallèle avec notre situation de Français Noirs évoluant dans la société française Blanche. En effet, quand elle écrit «  le cas singulier d’une Noire non Américaine, ou comment les contraintes de l’immigration peuvent vous pousser à faire n’importe quoi », j’ai revu mes compatriotes antillais étudiants en France, décidant dans un acte conscient et volontaire d’intégration, de prendre l’accent français, s’imposant une distorsion de la lèvre et un grattage de gorge pour le roulement des «  r ».

J’ai reconnu aussi nos sœurs, quand Ifémélu céda aux injonctions de sa tante Odjou, en défaisant ses tresses et en se défrisant les cheveux pour se rendre à un entretien d’embauche. Elle a bien essayé de résister en arguant que ses cheveux crépus sont très beaux. Mais elle s’est entendu répondre « qu »ils feraient effet pour un entretien de chanteuse dans un orchestre de jazz, mais que avoir l’air professionnel, signifie avoir les cheveux lisses.

Ifémélu évolue dans cette société multiraciale et multiculturelle américaine. Elle y découvre le tribalisme de classe, de race, idéologique et régional. Au fil du temps, elle devient capable de distinguer dans la rue, parfois simplement au vu de l’apparence, mais le plus souvent au vu de la démarche ou du comportement, cette subtile empreinte que la culture appose sur chacun. Elle arrive à distinguer un Caribéen d’un Africain, ou d’un Afro-Américain.

Au hasard des discussions très animées avec ses collègues, j’ai cru reconnaître certains de mes collègues français, qui se permettent de critiquer copieusement la France, mais ne vous autorisent pas à en faire autant. Car ils s’attendent à ce que vous soyez reconnaissants et vous rappellent en permanence à quel point ce pays qui vous accueille est en tous points supérieurs, quel que soit l’endroit d’où vous venez. Ifémélu ne le supporte plus.

Elle a le mal du pays. Elle y a laissé sa famille, ses amis et surtout son amour d’enfance, Obinzé, son grand amour.

Après quinze années de vie américaine, elle choisit de quitter sa confortable vie d’universitaire bien payée pour rentrer au Nigeria. Quand ses amis, étonnés, lui demandent pourquoi, elle répond : « pour aller de l’avant ».

« En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être Noire. »

Ne me demandez pas de quoi parle ce roman. Pourquoi les gens s’attendent-ils toujours à ce qu’un roman ne parle que d’une seule chose !

AMERICANAH est un magnifique roman d’amour. D’amour de soi, de son pays, de sa culture, de l’amour. Plongez-vous-y tout de suite !!!

Ginou

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