ATV C’EST MA TÉLÉ

5 août 2019

Actualités, Société

ATV C’EST MA TÉLÉ

Par Camille Chauvet

Kou ta la nou pé ké pran’y 

ATV a toujours connu depuis sa création des péripéties, normales pourrait-on dire, pour ce projet ambitieux et audacieux.  Souvent mise en péril, elle a pu invariablement, avec l’appui de gens de tous bords, trouver les moyens et les solutions pour continuer à émettre. Force-nous est de reconnaître et de saluer dans ces multiples initiatives, une volonté farouche de conserver et défendre cet élément aujourd’hui essentiel du patrimoine martiniquais.

Pour ma part, j’ai toujours été attaché à un des slogans :  » ATV, mwen ka gadeÿ pass i ka gadé mwen ». Oui, cette télé nous a renvoyé des images valorisantes de nous-mêmes, de nos spécificités, de nos quartiers, de la Martinique… Il était temps !
Cette télé parlait surtout de ce qui nous concerne, nous passionne, nous préoccupe.  Elle est devenue au fil du temps « Notre Télé ». De plus, elle comptait, tant dans son staff technique que dans sa direction, des gens du pays, jénès nou ! De ça, nous étions fiers ! Enfin, ATV se positionnait en complément ou en alternative à la télé du service public. Elle jouait ainsi un rôle de contre-poids dans un monde où l’information apparaît comme un lieu de pouvoir où l’image prend une place considérable dans la manipulation de masse, voire des masses.

Tou sa, sé pa té pou ayen.

Le travail fourni durant ces 25 ans, la relation tissée avec les téléspectateurs, a construit, pour chaque martiniquais, un sentiment d’appartenance, de propriété, une idée selon laquelle chacun de nous serait partie prenante de cette télé.

Fierté, solidarité, bienveillance, soutien, sont les valeurs que ATV a su susciter auprès de chacun.

Dans la Caraïbes, nos pays sont parfois sujets à de graves catastrophes naturelles (séisme, cyclone etc.). Cette réalité impacte notre fonctionnement et s’inscrit dans notre ADN.  Après chaque drame, qui touche notre pays ou celui de nos voisins, la solidarité s’exprime.  J’ai encore en mémoire les lendemains de Beulah, d’Edith ou de Hugo où chacun, une fois le cyclone passé et le danger écarté, descendait dans la rue pour déblayer, redresser, nettoyer, réparer, aider…

La mobilisation des martiniquais a été exemplaire en Janvier 2010, lors du tremblement de terre qui a dévasté Haïti. Plus récemment, la Dominique a elle aussi été aidée, y compris au prix parfois de certaines polémiques politiciennes. Pour chacune de ces circonstances, les martiniquais ont su se mobiliser, participer à hauteur de leurs possibilités à toutes les initiatives qui pourraient porter secours.

Aider, secourir, est inscrit dans nos gênes.

Sé pa té ti zafè

En mai 2018 l’alerte est donnée. Cette fois, c’est l’existence même d’ATV qui est menacée. Un appel est lancé. Seule une mobilisation citoyenne exceptionnelle peut contrecarrer l’issue fatale. Le temps est compté et la somme nécessaire est conséquente.

Nou fè ti Kanno

L’objectif semblait impossible à atteindre sauf si les martiniquais répondaient. Et là, on a vu venir de partout, d’en ville ou de commune, de Paris ou de Marseille, de gens avec ou sans grands moyens, de retraités, de chômeurs, de cadres, de femmes, d’hommes et même d’enfants, de partout, on a vu venir, accourir, des personnes de bonne volonté prêtes à tout faire pour sauver ATV. D’autres média apportent leur concours. Les gens donnent mais aussi témoignent, il s’agit de sauver une part de nous-mêmes : il faut que vive ATV! Il s’agissait aussi de permettre à Régine, Hubert, Kathleen et les autres…, tous ces gens qui nous ressemblent, de continuer leur nécessaire travail.

Yo lé fè nou bwè dlo mousach pou lèt. 

Comment ne pas partager le questionnement de Joslyn Vautor qui, un an après ce sauvetage collectif et exemplaire, interpelle la présidente de l’association « média des îles » sur l’utilisation faite des 700 000,00 euros mobilisés par la population martiniquaise.

Le modèle qui semble s’exercer serait-il une fois de plus, celui d’un système qui aurait consisté à s’approprier cette manne publique, sans apport réel de fonds par les « supposés repreneurs », mais par un financement des banques de leur projet de redressement obtenu en offrant en garantie le patrimoine de l’entreprise et son chiffre d’affaire. A quoi bon dans ces conditions un repreneur qui n’insufflerait aucune ressource nouvelle, mais qui au contraire se permettrait de faire de la publicité sans bourse délier, sous forme d’échanges de marchandises pour d’autres entreprises dudit groupe dont la santé financière laisserait à désirer ? Un an après, un tel système ne peut conduire qu’au dépôt de bilan parce qu’en fait les recettes ne seraient que fictives. C’est le jackpot !

Le destin d’ATV s’inscrira t’-il une fois de plus dans cette tradition de liquidations judiciaires qui sont devenues son modèle de gestion ? La fermeture des sites de Guadeloupe et de Guyane ne serait-elle pas la preuve flagrante d’une incohérence entre les annonces et les faits, et de toute évidence, le signe avant-coureur d’un système voué à sa perte ? En effet, puisque le modèle économique des repreneurs ne peut, selon leurs dires, reposer sur le seul marché publicitaire martiniquais prétendument trop étroit.

Qu’en est-il alors de la santé financière d’ATV aujourd’hui ? Quel avenir lui est-il réservé ? Aurons-nous toujours la satisfaction d’y voir des productions locales ou ATV est-elle condamnée à devenir un simple espace de diffusion de séries, feuilletons, ou autres documents pré-produits comme le sont de plus en plus ces baguettes précuites livrées pour des terminaux de cuisson ? Les actionnaires changent mais les méthodes semblent rester les mêmes !!!

Nou pa goumen pou sa

Il est hors de question pour nous, population martiniquaise, d’alimenter les caisses de petits margoulins ou encore d’apprentis « professionnels de la télévision » dont l’appétit du gain n’a aucune limite. Il est hors de question pour nous, population martiniquaise, de confier la destinée d’un des éléments de notre patrimoine culturel à un individu qui revendique publiquement sur les réseaux sociaux, avec un mépris affiché son statut de « Caucasien ».

L’emploi et la revendication de ce qualificatif n’est pas neutre. Ce terme a en effet été popularisé par le scientifique allemand Johann Friedrich Blumenbach qui, en 1795, a divisé l’espèce humaine en cinq « races » ou « variétés » : les Caucasiens (la « race » blanche) ; les Mongols (la « race » jaune) ; les Malais (la « race » marron) ; les Ethiopiens (la « race » noire) et les Américains (la « race » rouge). Pour lui, les Caucasiens constituaient la première race sur Terre posant de ce fait la suprématie de la prétendue « race blanche » par rapport aux autres. Voilà l’état d’esprit de ce nouveau directeur général par défaut, sans aucune compétence ni référence dans le métier de la télévision. On ne s’étonnera nullement alors des ambiances à relents racistes dont fait état Joslyn Vautor.

Il est hors de question pour nous, population martiniquaise, de laisser se répandre la division dans notre Martinique qui a su, bon gré mal gré, accueillir tous les peuples du monde et être un creuset de la diversité et du vivre ensemble, cela en dépit d’une période sombre de notre histoire.

Van an lévé, ka lévé, ka lévé, ka mandé lé répondè!

Oui il faut se joindre à Joslyn Vautor pour obtenir des réponses sur l’utilisation faite de l’argent de tous ceux qui y ont cru et ont porté leur contribution. Toutes celles et ceux qui ont fait la démonstration qu’ensemble et entre nous, nous pouvions réussir quelque chose de grand, que par l’addition de chacune des forces de ces petites mains, il était possible de soulever des montagnes. Que ces milliers de 10, de 20, de 30 euros ou plus, pouvaient devenir une somme conséquente, susceptible d’ouvrir le champ des possibles.

Mais ne nous voilons pas la face, « le sauvetage d’ATV » n’est pas seulement une simple histoire de gros sous. Le résultat de cette collecte est d’abord et avant tout, la manifestation de l’élan de solidarité des martiniquais, la réalisation d’une véritable chaîne humaine d’entraide. Préserver cet acte collectif, c’est garder vivace ce témoignage de notre capacité à nous unir, à faire peuple, à agir ensemble. Nous avons en plus, à travers « ce sauvetage », ne serait-ce qu’un court moment, cloué le bec de tous nos détracteurs souvent prompts à nous jeter la pierre, à nous dénigrer, à nous qualifier de peuple égoïste, d’enfants gâtés, d’assistés permanents.

Il est donc impératif qu’aujourd’hui des comptes soient rendus aux martiniquais. Que la lumière soit faite sur les zones d’ombre et que rapidement et simplement soient apportées des réponses claires et précises aux questions soulevées par Joslyn Vautor.

« ATV c’est ma télé », pawol di i bien di.

Camille Chauvet

05 Août 2019

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