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Jacques Bangou : Le courage se démettre plutôt que se soumettre

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Par Jeff Lafontaine

 En toute objectivité, je suis en mesure de dire que démissionner était pour Jacques Bangou la bonne décision. Parce qu’aujourd’hui il fallait dire stop à cette hypocrisie qui consiste à « administrer le non développement dans la paix sociale » et faire et refaire les promesses classiques qui nourrissent l’assistanat et sa spirale de dérives. La Guadeloupe et encore moins Pointe à Pitre ne peut plus se caler de matière identique au modèle français au motif de cohérence nationale

Le cadre proposé, plutôt imposé, par le préfet ramène à la centralisation parisienne sans prendre en compte les réalités Guadeloupéenne. Cette approche s’inscrit dans le cadre législatif et réglementaire existant et devrait viser à utiliser les institutions existantes, à renforcer leur compétence en matière, économique, sociale, écologique et environnementale, à créer entre elles des organes de coordination pour donner l’illusion d’une gouvernance innovante. Ce système qui ne bouleverse pas vraiment les lignes, est une simple stratégie de désengagement libéral de l’Etat et en ce qui concerne Pointe à Pitre cela parait difficilement supportable au regard des défis à relever et politiquement inacceptable pour Jacques Bangou. Ce cadre n’est rien d’autre là qu’un recyclage pseudo économique tiré de la vieille doctrine de l’assimilation, celle qui vise à faire disparaître purement et simplement une entité dans une autre. Nul besoin de tenter d’exister par soi-même, il suffisait de se dissoudre corps et âme dans le giron de la mère-patrie.

L’ambition de Jacques Bangou pour sa ville, pour son pays c’est de sortir des schémas assimilationistes qui nous serinent à longueur de discours, Français à part entière, Français comme tous les autres, pour tenter de gommer une différenciation d’espace, d’histoire, de culture, de rapport à nos urgences, à nos priorités, à nos enjeux   qui n’ont pas nécessairement à voir avec ceux de la France.

Le modèle assimilationiste posait pour principe de transférer sans recul, sans prudence et sans distance ce que la France estimait être bon pour elle. Ainsi donc, pendant des décennies, exonérations fiscales, rentes et subventions, transferts publics massifs nous ont été appliqués, poursuivant ce rattrapage aveugle d’un modèle de développement hexagonal nous privant dans le même temps de la quasi-totalité de nos capacités d’initiative et la meilleure part de notre volonté.

Et on s’est habitué à voir débarquer d’un avion le héros, porteur de « la bonne nouvelle » qui durant quelques heures, au pas de charge, sur un marché, devant les syndicats, dans des meetings, venait promettre de tout effacer, embrasser, caresser, tutoyer en créole, dire que l’Etat allait tout régler…et repartait satisfait de la mission accomplie. Tout cela avec la bénédiction de certains à l’image des vautours qui ont déjà pris leur envol à la recherche d’une quelconque dépouille laissée par leur maître. C’est ce cannibalisme politique bien connue de la classe politique française dont est victime Jacques Bangou. Ce résidu d’esprit colonial doit disparaître.

 L’unité indivisible de la République française ne peut plus se penser dans la disparition des responsabilités et des volontés de nos hommes politiques. Nous devons à l’exemple de l’insoumission de Jacques Bangou travailler à l’émergence d’une République qui fonderait son unité sur la valorisation de sa diversité, la libération des intelligences des peuples qui la constituent.

Gageons que le peuple guadeloupéen saura protéger l’un des siens face à ces méthodes coloniales et archaïques, qui ont dans de nombreux pays d’Afrique semé jusqu’à aujourd’hui désordre et chaos.

 Jeff Lafontaine. 22 juillet 2019

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