La démocratie en Guadeloupe à l’épreuve de la responsabilisation

20 juillet 2019

Actualités, Politique

La démocratie en Guadeloupe à l’épreuve de la responsabilisation

Par Jeff Lafontaine.

La procédure de révocation de Jacques Bangou le Maire de Pointe à Pitre est officiellement engagée par le Préfet de la Région Guadeloupe Philippe GUSTIN. Dans un courrier daté du 19 juillet, adressé au Premier Ministre Edouard Philippe, le Maire de Pointe à Pitre Jacques Bangou s’étonne d’apprendre par les réseaux sociaux, qu’une procédure de révocation est engagée contre lui. En effet Le préfet de la Région Guadeloupe Philippe GUSTIN par courrier daté du 17 juillet adressé aux Ministres de l’intérieur et au Ministre des Outremers, informent ces derniers de sa ferme intention de révoquer le Maire de Pointe à Pitre.

QU’EST-CE QUI  EST  CONCRÈTEMENT REPROCHE A JACQUES BANGOU ?

Le 13 mai 2019, le Préfet de la Région Guadeloupe informe le Maire de Pointe à Pitre, que la situation financière de la  ville est susceptible de justifier une mesure de sa révocation prévue par l’article L. 2122-16 du Code général des collectivités territoriales.

Les principaux motifs évoqués sont :

  • Insincérité des comptes minorant les dépenses et majorant les recettes, conduisant à donner une image erronée de la situation budgétaire de la collectivité et, ainsi à repousser les décisions visant à rétablir l’équilibre budgétaire.
  • Absence de maîtrise des dépenses de fonctionnement et notamment de la masse salariale.
  • Carence caractérisée dans la préservation des intérêts de la ville : méconnaissance de l’état de l’actif communal, perte de dotations et de subventions du fait de l’incapacité à justifier les dépenses ou à cofinancer des projets portés par l’Etat ou des fonds structurels, état dégradé des écoles et de la voirie, chantiers à l’arrêt du fait de l’impossibilité de payer les entreprises.
  • Défaillances récurrentes aux règles de la comptabilité publique, aux règles régissant la commande publique et la fonction publique territoriale.

Dans ce même courrier le Préfet demande à Jacques Bangou de fournir des observations et les documents qui pourraient justifier qu’il a engagé des procédures et pris des mesures de redressement.

 LA RÉPONSE DU MAIRE DE POINTE A PITRE

Le 11 juin le Maire de Pointe à Pitre répond au Préfet en lui adressant un dossier fourni et argumenté de 45 pages, lui faisant état des efforts faits par la Ville pour diminuer le déficit notamment sur le BP (Budget primitif) 2019 et l’élaboration d’un plan de redressement. Le Maire précise que la Ville s’est appuyée sur le contrôle de la légalité pendant toutes ces années et a tenue aux côtés des représentants de l’Etat de nombreux comités de suivi de la Rénovation Urbaine.

S’appuyant sur l’analyse des chiffres le Maire de Pointe à Pitre démontre :

  • Que la quasi-totalité des recommandations formulées par la CRC (Chambre Régionale des Comptes) à l’occasion de son contrôle en 2010 ont été mises en œuvre ou sont en cours de réalisation.
  • Que toutes les recommandations du contrôle de légalité de la préfecture ont été suivies et des réponses ont été apportées sans délai.
  • Qu’à ce jour, sur les sept recommandations préconisées par la CRC, cinq sont déjà mises en œuvre et deux le seront en 2019.
  • Que des efforts réels sont effectués dans le cadre du budget 2019

Jacques Bangou se dit interpellé par l’actuel position, de défiance à l’égard de la Commune au moment où celle-ci aurait besoin d’un accompagnement partenarial appelé de ses vœux, afin de parvenir à une amélioration pérenne de la situation de la ville. Tout au long de sa démonstration le maire de Pointe à Pitre  fait état du caractère précaire d’une large partie de la population pointoise. Il rappelle également  la pression exercée par les autorités sur la commune pour résoudre le problème de l’insalubrité de l’habitat des plus défavorisés et de l’insécurité. Sur ce chapitre le Maire conclut en précisant qu’ « humainement, l’exécutif communal ne pouvait rester insensible à ces situations de détresse ».

Enfin Jacques Bangou précise qu’eu égard aux arguments développés par le Préfet, la procédure engagée ne lui paraît pas être une réponse en rapport avec les enjeux de la ville et de l’action publique.

EN FAIT QUE SE TRAME -T-IL VRAIMENT ?

Les ennemis de Jacques Bangou ne sont pas uniquement face à lui ils sont aussi autour et près de lui. Ils sont très fins et savent qu’il  ne mettra pas en avant l’héritage des difficultés hérité à sa prise de fonction en 2008, parce que son père a été maire « communiste » et fondateur du « PPDG ». Ils sont tous les deux  partisans de l’autonomie et d’un autre type de rapport avec la France, basé sur la solidarité et non plus sur la domination et l’exploitation. Au-delà des grandes avancées réalisées par Henry Bangou, les difficultés sont réelles. Le désengagement de l’Etat met en péril nombres de communes en France, et plus encore en Outremer. Ces obstacles sont accentuées par les charges de centralité que doit absorber Pointe à Pitre et ce, sans contre partie.

Par ailleurs le chômage structurel d’environ 20% en Guadeloupe pèsent encore plus lourd sur les villes centres. La politique de l’emploi est d’ailleurs une des prérogatives de l’Etat. Jacques Bangou est dans la lignée de ces hommes qui s’attachent d’abord à donner plus à ceux qui en ont moins.

  • Lui reproche-t-on d’avoir assaini l’Auricisque et sorti des familles entières de la précarité de l’insalubrité et de l’indignité ?
  • Lui reproche- t-on de voir trop grand pour sa Ville qui n’est pas la capitale administrative ?
  • Lui reproche-t-on d’avoir déplacé le terrain de foot et offrir ainsi aux guadeloupéens un espace multisports sur la plaine de grand camp ?
  • Lui reproche-ton d’avoir rénové les cités Henry 4 et Bergevin et sorti des familles entières du fléau de l’amiante pour lequel on n’a pas encore de réponses de l’état sur les problèmes sanitaires posés ?
  • Lui reproche-t-on de traiter en être humain toute cette communauté étrangère de ressortissants de la caraïbe qui vendent à la sauvette dans les rues de Pointe à Pitre ?
  • Lui reproche-t-on d’animer sa ville en faisant de la rue Frebault de temps en temps une rue piétonne ?
  • Lui reproche-t-on son insoumission au Préfet ?
  • Lui reproche-t-on d’avoir le plus gros budget de rénovation urbaine en France soit 523 millions d’euros dont 93 millions en équipements publics ?

A QUI PROFITE LE CRIME?

Philippe GUSTIN a certainement envie de connaitre « le vertige des cimes » en étant le premier en Outremer à mettre en œuvre cette procédure si rarement utilisée. Sous la cinquième république la révocation a été appliquée trois fois dont une fois contre un maire jugé pour atteinte à la pudeur sur mineure de 15 ans.

Le Préfet semble  prêter l’oreille à de généreux bavards dont il fait le jeu. Pointe à Pitre suscite de nombreux appétits pour les municipales de 2020. les potentiels prétendants savent qu’on ne peut  attaquer Jacques Bangou sur son intégrité, sa probité et sa verticalité. Impossible de lui dénicher des casseroles, aux yeux de tous c’est un homme propre. Mais il gène…Il gène qui?

Voulant faire un exemple le Préfet agit dans la précipitation, sans bienveillance, voire avec légèreté. On aurait pu s’attendre à ce que son rôle soit beaucoup plus dans l’accompagnement et la recherche de solutions, que dans la sanction la plus brutale. Le Maire de Pointe Pitre, déplore d’avoir reçu cette information  de façon indirecte dans un premier temps, de la part du Président de l’Association des Maires Jean-Claude Pioche et regrette qu’il n’y ait pas eu de de la part du préfet, ni volonté d’un entretien bilatéral ni celle de respecter la confidentialité de la mise en œuvre de la procédure.

Le Maire de Pointe à Pitre fait remarquer au Préfet que sur le plan procédural, la ville a été constamment mise dans des situations difficiles, et n’a disposé que de trois jours ouvrés pour formuler ses observations sur l’avis provisoire de la Chambre Régionale des Comptes examinant le compte administratif pour 2017 et le budget primitif pour 2018 de la Commune, Chambre a mis plus de sept mois pour rendre son avis définitif alors que les textes applicables prévoient qu’elle le fasse dans le délai d’un mois à compter de sa saisine. Tous ces éléments mettent en lumière le traitement désavantageux dont fait l’objet la Commune dans ce dossier et renforcent les doutes quant à la finalité d’une telle procédure.

 CYNISME, MÉPRIS, OU MÉCONNAISSANCE ?

Comment peut-il s’agir seulement d’une question de gestion et de déséquilibre budgétaire quand le Préfet affirme dans sa lettre de convocation je cite, « Sur le plan politique, l’annonce de l’ouverture de la procédure de révocation à l’encontre de M. Jacques Bangou avait suscité des réactions convenues parmi les responsables politiques, sans créer une union derrière lui. Les réseaux sociaux ont condamné massivement les quelques prises de position défendant Jacques Bangou, considérée comme un réflexe de protection corporatiste……Rares sont ceux qui ont plaidé la manœuvre politicienne à l’initiative du Gouvernement pour défaire un opposant. ….. ». Quelle crise subite d’incapacité et de méconnaissance de la chose publique aurait touché Jacques Bangou quand on sait qu’il est élu depuis 2008 et que son mandat a été renouvelé en 2014 et qu’il y a des élections dans huit mois. Par ailleurs Jacques Bangou a été conseiller général entre 2004-2015, Président de la communauté d’agglomération Cap Excellence en 2009-2015.

Quand on connait l’homme, il arbore un profil extrêmement rigoureux et dévoué à l’intérêt général et qu’il jouit d’une grande popularité dans sa commune et plus largement en Guadeloupe. Hélas l’esprit colonial nourrit encore les rapports souvent injustes, entre nos peuples et les dirigeants français, notamment dans l’administration. Ce résidu d’esprit colonial doit disparaître et là ce serait un écart déterminant d’avec les temps anciens.

 JACQUES BANGOU EST IL IRRÉPROCHABLE ?

Non! Au regard des ratios imposés par le Code Général des Collectivités Territoriales, de la réglementation et des incomplétudes du dossier à charge, la ville de Pointe à Pitre présente de réelles difficultés que son mode d’administration n’a pu juguler. Un déficit de 78 millions au regard d’une population de 16 000 habitants peut paraître exorbitant.. Cependant la seule rationalisation budgétaire et financière ne pourra régler la nature de ces problèmes, car ils sont politiques. Oui nous sommes ici au bout d’une spirale sans fin de politiques publiques appliquées dans nos pays, qui au-delà des routes bien faites et des berlines rutilantes qui y circulent, ne règlent pas cette misère cachée qu’expriment les comptes de cette ville. Ce n’est pas une question d’Homme mais de système.

C’EST UNE QUESTION DE RESPONSABILITÉ

Au moment où le gouvernement prétend répondre au mouvement social dit des « gilets jaunes » il conviendrait d’utiliser cette crise, non par opportunisme mais par pur réalisme, pour sortir de ces schémas centralisateurs qui ne sauraient convenir à la création du faisceau de responsabilités que demandent les conclusions du « Grand débat National ». Il faut donc, non pas des demi-mesures, ou quelques régulations, il faut des mutations véritables ! La question de fond qui nous est posé, est celle de notre responsabilisation, celle d’un mode de développement, celle de notre capacité à faire PEUPLE.

Au-delà de toutes autres considérations, il s’agit fondamentalement de savoir si nous voulons passer d’une « situation d’irresponsabilité décentralisée » à une « situation de responsabilisation pleinement et collectivement assurée » quant à la construction de notre devenir ?

Voilà l’alternative, elle est simple, elle est claire. Irresponsabilité ou responsabilité ?

Pour y répondre il nous faudra libérer des effervescences créatrices qui disposeraient dans le même temps d’une vertu économique véritable, mais aussi d’une vertu politique, éthique, culturelle et sociale capables de nous sortir du cercle mortifère de la non-responsabilité. C’est ce qu’a fait jacques Bangou en toute responsabilité avec comme seul juge, ses électeurs, le Peuple Pointois.

Il ne s’agit ni d’enrichissement personnel, ni de détournement de fonds, ni d’évasion fiscale.

Si nous voulons sortir du système de l’habitation, du commerce triangulaire, de l’assistanat, de la société de consommation, qui créent autant de richesses matérielles que de misères morales et mentales, autant de luxe, que d’exclusion sociale, autant d’enrichissement sans fin que de dépressions psychosociales, faisant de nos terres, des terres de suicide moral et de suicide physique, nous devons briser les limites ordinaires. Nous devons envisager autre chose parce que comme le dit Jacques Bangou, « Humainement, l’exécutif communal ne pouvait rester insensible à ces situations de détresse ». Il ne s’agit point d’état d’âme mais de prise de responsabilité. C’est par ces processus de mise en responsabilité optimale que nos pays pourront pour devenir des terres d’initiatives, d’intelligence et des terres d’excellence.

Mais l’esprit de responsabilité « Sé pa wédi chèz bo tab ». Ce n’est pas non-plus se cantonner dans des postures de « nèg mawon » à vociférer en incantations dont on sait bien qu’elles n’aboutiront pas. La possibilité existe désormais dans la loi, notamment avec les récents aménagements institutionnels, mais cela suppose quoi ? Qu’il nous faudra un véritable projet de développement, avec toutes les perspectives culturelles, sociales, économiques, écologiques, politiques et relationnelles que cette idée renferme. Les bases existent et sont en cours d’achèvement. Il appartient maintenant à notre sens des responsabilités de positiver autour de ces idées, et d’en sortir, non pas un programme ou un catalogue, de mesures, mais une stratégie capable de fournir à chacune et chacun de nous de trouver les moyens de son épanouissement personnel.

L’envisager par une orientation qui viendrait d’en-haut serait s’installer une fois encore dans les mécanismes de la passivité, lesquels n’ont jamais permis la moindre avancée durable. C’est bien là l’insoumission de jacques Bangou.

 QUE PEUT ON ENCORE ESPÉRER ?

L’unité indivisible de la République française ne peut plus se penser dans la disparition des responsabilités et des volontés de nos hommes politiques. La fin de l’esprit colonial peut être le lieu d’émergence d’une République unie. Une République qui fonderait son unité sur la valorisation de sa diversité, la libération des intelligences des peuples qui la constituent. Briser le sac « Domien, Tomien, ilien, Outre-merien, Ultra-périfériens, « , ses stérilités, ses ossifications et ses anesthésies, qui finalement font de nous des « riens ».

Sans vouloir  noircir le tableau « nous devons collectivement comprendre que nos plus sombres adversités sont nos meilleures occasions, et que le plus obscur des passages, est toujours un passage qu’il ne faut pas hésiter une seconde à emprunter s’il conduit à une lumière plus grande ! » (AUROBINDO, poète indien).

 Jeff Lafontaine 20/07/2019

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