La Guyane: une réponse politique?

28 mars 2017

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La Guyane: une réponse politique?

La Guyane est en ce moment secouée par un mouvement social de type nouveau. Pas une grève classique mais un mouvement profond de revendications, de sécurité, d’égalité, de non-discrimination, d’identité, sociales, d’appartenance à la république française à qui les guyanais demandent d’assumer ses responsabilités. Presque tous les syndicats, des organisations associatives, des citoyens et tout un Peuple se sont rassemblés, à l’initiative d’un groupement informel appelé « 500 frères», pour crier à juste titre leur colère et leur désespérance autour d’un slogan « Nou bon ké sa ». Les faits sont là, connus, les constats sont faits et connus, les chiffres sont là et connus, inutile d’y revenir ici.

« Nou bon ké sa ». Ces mots qui sonnent juste et traduisent exactement l’exaspération d’un peuple jusque-là patient. Cette fois il faudra l’écouter, l’entendre et le prendre en considération. C’est un devoir, c’est une mission, c’est une tâche, c’est une responsabilité.

« Il » ce sont l’Etat, les responsables politiques, administratifs, économiques de ce pays la Guyane. Il faut entendre ces émotions, cette colère, cette indignation et même cet effroi devant les dégâts causés par la crise économique mondiale, et des politiques publiques inadaptées, voire dans certains domaines inexistantes. Il faudra réagir devant les injustices, les discriminations intolérables de cette société post-coloniale et pourtant encore exploitée par des monopoles, de l’économie de comptoir et de l’arbitraire au vu et su de la République.

La question de la responsabilité doit donc être instituée comme moteur de toute discussion, et il est urgent de considérer qu’elle ne s’oppose pas à la relation avec la France mais qu’elle ne peut que l’assainir, voire la nourrir sur des bases qui ne seraient plus celles de la sujétion, de l’exploitation sans vergogne, de la dépendance ou de l’assistanat. Car derrière cette demande de justice sociale, de justice économique, de sécurité, il y a un désir de droit, d’émancipation, de respect. Ça serait jouer avec le feu que de vouloir s’y soustraire en omettant de traduire dans les faits cette demande populaire qui s’exprime fortement. Cette demande incarne la souveraineté en actes, elle ne peut être disqualifiée sous peine de fragiliser le pacte social déjà bien malmené.

Aujourd’hui le mouvement de revendication se veut non violent. Les « 500 frères » ont inventé des formes qui permettent de dire la colère, l’indignation et l’exaspération tout en retenant la violence. La violence doit pouvoir jusqu’au bout rester symbolique et pour cela il faut savoir la retenir mais aussi tarir la source de son irruption dans une société où les appartenances socio-ethniques sont encore des obstacles à la création et la redistribution de richesse.

Ce nouveau mouvement en Guyane est bien la preuve que la bonne volonté lointaine, le paternalisme de la « bonne nouvelle » ou la bienveillance centralisée, n’atteindra jamais à l’efficience de la plus petite dose de responsabilité locale. Mais parfois nous échouons quand nous ne voulons pas entendre ce que le peuple exprime et que sa longue patience mise à mal peut engendrer de la colère.

Il y a urgence notamment pour que l’avenir de cette société guyanaise soit confiant et assuré d’un possible meilleur.

« Tout statut politique s’inscrit sous le signe de l’historicité, autrement dit du précaire et du révocable : il n’y a pas de statut de droit divin. L’histoire les fait et les défait selon un clivage qui s’appelle L’HOMME, ses besoins, ses aspirations ». (Aimé Césaire lors du Xème anniversaire du PPM).

Jeff Lafontaine

 

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