Penser et agir en martiniquais

24 février 2017

Politique, Social

Penser et agir en martiniquais

Une véritable polémique va bon train autour du récent conflit des transporteurs dressant malheureusement les martiniquais les uns contre les autres. Cette polémique est largement relayée dans les réseaux sociaux, chacun donnant son avis, jugeant, tempérant, insultant, argumentant, allant jusqu’à menacer de mort…..Loin de faire l’unanimité, puisque cette crise impacte tous les foyers, (aaaa) bizarrement ce conflit divise !

Amalgames en tous genres

Nombreux sont ceux qui sans précaution ni ménagement, lancent la charge sur l’un des leaders du mouvement lui déniant tout droit de revendication professionnelle du fait de ce qui semble être son engagement politique. L’homme est encarté dans ce que certains considèrent comme le mauvais parti. Il n’a donc pas voix au chapitre ! Tout se passe comme si en politique ne peuvent œuvrer que des professionnels de la politique, dont le seul métier est de faire de la politique et dont le seul revenu ne proviendrait que de la politique….. Force est de croire que le citoyen lambda voulant revendiquer et se faire entendre doit faire très attention à ne pas se faire épingler pour son appartenance à un quelconque mouvement politique. Encore plus si ce mouvement n’est pas celui au pouvoir.

Le contexte socio-économique

Au-delà de ce conflit, la Martinique comme beaucoup de territoires, se débat dans un marasme de plus en plus étouffant. Les faits sont là et sont accablants. Le pouvoir d’achat est en constante diminution, le nombre de chômeurs ne cesse de croître, touchant principalement les jeunes qui sont soit contraints de partir, soit condamnés à végéter, faisant ainsi dans le même temps le lit d’une partie de la délinquance. Les entreprises ne cessent de crier leur désarroi, les dépôts de bilan sont légions et l’avenir semble sans espoir pour toutes les activités qui ne bénéficient pas du label « béké ». Les principaux voyants sont au rouge et ce ne sont pas les frétillements au centième des chiffres du chômage ou l’arrivée de quelques dizaines voire centaines de croisiéristes peu dépensiers qui suffisent à se croiser les bras de satisfaction, et à rassurer les martiniquais

Zoukeurs invétérés?

On pourrait s’étonner que dans un tel contexte l’heure soit encore à la légèreté, à la fête, au déguisement, à la seule préoccupation des vidés du Carnaval, entamés avec ferveur depuis le 01 janvier.
Ne sommes-nous pas les plus gros consommateurs de champagne ?
Ne sommes-nous pas prêts à menacer de morts nos frères transporteurs si l’idée leur venait de nous priver de carnaval ?
Ne sommes-nous qu’un peuple de fêtard, de zoukeurs, d’alimentaires, de valseuses, de parasites et autres mépris qui nous sont si souvent attribués?
Inconscience, déni, folie ?

Tout semble aller mal et nous continuons à rire à danser et à boire. Inconscience, déni, folie ? La souffrance ne semble pas si grande sous nos tropiques. Le nombre de soirées de Carnaval est impressionnant. Le coût de ces soirées frôle la démesure. Notre jeunesse parade en moto, bateau, voiture de luxe. Porsche et Jaguar ouvrent des concessions et les agences de voyage font recettes ouvrant aux martiniquais des horizons inexplorés. Tous les voyants économiques sont au rouge et pourtant notre petite île ressemble de plus en plus à un paradis pour nantis. Dans les foyers les plus modestes, le « Chenet » remplace la « veuve » et le goût de la fête reste intact.

Résistance et résilience.

Et si en réalité derrière ce goût pour la fête se cachait tout simplement notre formidable capacité de résistance et de résilience ? La société martiniquaise a hérité de l’esclavage sa capacité à ingérer la souffrance voire même la dépasser ou la transcender. C’est notre résilience qui nous permet de garder cette joie de vivre, cette espérance, même dans les souffrances les plus extrêmes. Cette capacité à surmonter le pire, nous la portons dans nos gènes en héritage des traumatismes et maltraitances subis par nos ancêtres. Certains voudraient retourner cette force contre nous en nous réduisant à des caricatures de bouffons superficiels et inconscients. Mais la « négraille » que nous sommes a trouvé par ce biais le moyen de rester debout! Souvenons-nous ! On nous fouettait la journée dans les champs jusqu’à nous ouvrir le cuir de la peau, on nous humiliait, on nous rabaissait, et malgré cela le soir dans la case on jouait au tambour, on riait, on chantait, on buvait on dansait, on dansait, on dansait et on dansait encore….Et cela plus de trois cent ans durant. Et pourtant le mal était là. Rire, boire, chanter et danser étaient plus qu’un exutoire, plus qu’un exorcisme. Ces activités étaient notre planche de salut, l’antidote contre l’asservissement et la mort. On riait, on buvait, on chantait, on dansait… Mais surtout, l’air de rien on donnait le change et on attendait notre heure.

Tout va bien et pourtant …..

Le baromètre de notre joie de vivre pourrait laisser penser que tout va ici pour le mieux dans le meilleur des mondes. Qu’on nous donne des distractions, des bulles et quelques billes et le peuple est content. Et pourtant…. le mal est là et bien là.

  • Il est d’abord dans ce regard méprisant de ceux qui croient que nos consciences s’achètent au prix de pain et de jeux.
  • Il est dans le déni par certains de ce passé esclavagiste et colonial que nous portons. Ceux-là même nous réduisant à des ours qui dansent, et refusant d’entendre ce cri de souffrance qui gronde et qui monte.
  • Il est dans ces espérances trahies par nos propres dirigeants de tous bords qui se comportent tantôt en messie, en gourou, en géreur d’habitation ou en dictateur.
  • Il est dans cette cacophonie ambiante d’une communication politique visant soit à nous endormir ou à nous effrayer.
  • Pour ceux qui nous gouvernent tout va bien ! Pour leurs opposants, tout va mal ! Entre las deux nous fermons l’oreille à ces vacarmes excessifs et partisans nous éloignant ainsi chaque jour un peu plus de l’essentiel.

Et pourtant le mal est là

  • Oui le mal est là, insidieux tel un cancer qui ronge de l’intérieur et dont on prend conscience à travers la douleur quand il est malheureusement trop tard.
  • Oui le mal est là quand le peuple se passionne beaucoup plus pour les aventures de Pénélope et autres « Trumperies », alors qu’ici certains auraient largement de quoi balayer devant leur porte.
  • Oui le mal est là, insidieux quand nous sommes plus nombreux à nous préoccuper du dernier refrain du groupe A, des défilés des écoles maternelles, car nous n’en pouvons plus des discours empreint de miel, de fiel, des vociférations, et autres somnifères des politiciens locaux dans leur ensemble.
  • Oui le mal est là, insidieux car on fait la fête certes. Pas seulement parce que nous ne sommes que des fêtards mais aussi parce qu’on en a marre d’être pris pour des connards.
  • Oui le mal est là, insidieux et c’est la démocratie qui en pâtit : Les bureaux de vote se vident et le personnel politique se renouvelle bien peu.

On réinstalle le guichet !

Aujourd’hui l’absence de vision, de projet, est devenue un véritable obstacle à l’expression de la démocratie. Il n’est pas de discussion possible si on ne peut pas immédiatement « donner de l’argent ». Tout est réduit à des questions d’insuffisance budgétaire. Aucune réponse n’est faite en termes de structuration ou d’élaboration de politique publique. « On ne peut pas payer on ne discute pas ». « Quand on aura de l’argent vous reviendrez en chercher ». Quel mépris !!!Le hurlement se fait mode de communication, l’humiliation outil d’asservissement et la peur vient imposer le respect. Cette singulière attitude du doigt pointé. Fouler aux pieds les règles élémentaires de la démocratie et faire que les droits deviennent des faveurs, sont des pratiques d’un autre temps tout aussi condamnables que ceux qui en profitent et ceux qui s’en font les complices.Doit-on organiser l’aide dans la dépendance du citoyen au bon vouloir de tel ou tel élu ?

Préserver la démocratie

Une priorité immédiate, non négociable. En ces temps où le capitalisme domine le monde au nom d’une prétendue fatalité économique, il est urgent de se souvenir que « ce sont les Peuples qui font leur propre Histoire ». Le monde a changé et il changera de plus en plus rapidement. Nous sommes tous à peu près d’accord pour dire que nous vivons une crise de la démocratie, et que celle-ci doit être repensée dans sa mise en œuvre. La campagne présidentielle en France ne fait-elle pas émerger l’idée largement partagée de la création de la VIème république ? Il nous appartient d’utiliser cette crise, non par opportunisme mais par pur réalisme, pour sortir des schémas éculés qui ne répondent plus aux problèmes actuels.

Penser et agir en Martiniquais.

Nous devons quitter le marigot des querelles politiciennes et les cancans, pour hisser cette opportunité à l’échelle d’une initiative collective, digne, respectueuse et constructive. Et, ainsi permettre que des martiniquais adoptent en pleine maturité politique une démarche de concertation audacieuse et imaginative pour déterminer ce qui est le mieux conforme aux attentes et à l’intérêt général. L’imagination et l’audace devraient nous amener à établir de nouveaux rapports avec la France non pas dans l’élaboration technocratique d’outils législatifs ou institutionnels ou projet de développement, mais d’abord par un état d’esprit de responsabilité des martiniquais, conjugué au renoncement à l’esprit colonial encore présent dans la gouvernance française.

Imagination et audace

L’imagination et l’audace devraient nous amener à renouveler sans délai le personnel politique, en favorisant l’accès au pouvoir aux jeunes, aux femmes, aux personnes porteuses de handicaps, et celles issus de milieux précaires…. C’est ça la nouvelle démocratie.
L’imagination et l’audace devraient nous amener à repenser le mode de scrutin de la collectivité de Martinique qui érige en maître incontesté l’exécutif.
L’imagination et l’audace devraient nous amener faire émerger l’action citoyenne par la démocratie participative.
Penser et agir Martiniquais, c’est aussi comprendre que nul ne saurait avoir raison tout seul et que l’avenir de la Martinique passe par le travail collectif de tous les Martiniquais par l’agir de chacun selon une perspective d’ensemble clairement définie.

Jeff Lafontaine

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