L’affaire Déluge, une grande opportunité à ne pas rater

15 février 2017

Actualités, Culture, Social

L’affaire Déluge, une grande opportunité à ne pas rater

Notre rédaction a été destinataire de cette lettre ouverte de « Imaniyé Dalila Daniel » que nous publions dans son intégralité.
jeff Lafontaine

« Martinique, le 15 février 2017
Objet : L’affaire Déluge, une grande opportunité à ne pas rater.
Mesdames, Messieurs

Sous le coup de l’émotion, nous avons tous plus ou moins bien réagi au drame survenu le lundi 12 Février à l’Atrium. Il réveille en effet un océan de bobos que les artistes portent en eux. Mais pour l’avoir beaucoup vécu, voici encore une vague d’émotions qui peut nous faire partir dans tous les sens si nous n’y prenons garde et qui finira en eau de boudin une fois l’émotion retombée. Aussi je me fais le porte-parole de tous ceux qui se reconnaitront dans la problématique ici posée, pour attirer l’attention de nos amis de la presse martiniquaise sur le rôle déterminant qu’ils peuvent jouer dans cette situation qui ronge l’art et les artistes en Martinique depuis trop longtemps.
A l’heure qu’il est, il ne s’agit pas pour nous de nous retourner contre l’Atrium et ses dirigeants, qui ne sont responsables que de leur cahier des charges. Et d’ailleurs quel est-il ? Il ne s’agit pas non plus pour nous de savoir qui pense quoi. Nous ne souhaitons pas que l’on passe le micro de l’un à l’autre pour qu’il dise ce qu’il croit. Ce qu’il nous faudrait à présent, c’est une véritable autopsie de la situation. Il s’agit d’interroger LES FAITS, d’investiguer pour connaitre exactement les tenants qui ont abouti à ce drame dont nous nous réjouissons de ne déplorer que des vitres cassées, ce que nous préférons largement à une rencontre autour d’une dépouille (de plus) à la Joyau.
Aujourd’hui, nous avons l’urgent besoin que soient posées les vraies questions et attendons des vraies réponses, non sur l’émotion mais sur les faits. Car nous sommes plus que jamais convaincus que nous n’avons pas de problème avec la culture en Martinique. Nous avons un problème avec l’économie culturelle qui ne semble être la préoccupation de personne malgré nos nombreuses alertes depuis au moins deux décennies.

Voici quelques questions dont les réponses peuvent permettre non seulement de bien connaître et comprendre les contours du problème/drame mais d’apporter de bonnes solutions, car elles existent !

  • Les événements de l’Atrium se sont-ils passés vraiment comme on le croit pour le moment ?
  • Quelle est la politique de développement voulue et appliquée dans le pays et quels en sont les résultats ?
  • Quels sont les budgets et les moyens réels alloués à la culture dans le pays et dans chacune de ses villes ? Ceux qui sont votés sont-ils effectivement alloués à ce domaine ? Qui en bénéficie et comment ?
  • Où sont passés les projets tels que l’agence pour le développement de l’économie culturelle qu’on nous a fait miroiter pendant tant d’années ?
  • Qu’est- ce que les élus qui nous représentent ont demandé et obtenu pour nous au cours des mandats qui s’achèvent, au Parlement, à l’assemblée, dans les communes, dans TOUTES les institutions culturelles du pays ?
  • Quel est le programme proposé par les candidats aux élections en matière et en faveur du développement de l’art en tant que vecteur économique ?
  • n’examinons que les dix dernières années le budget réel de la Culture en Martinique ? A quoi a-t-il servi ? Est-il en hausse ou en baisse, de combien et pourquoi ?
  • Quelles sont les mesures à prendre pour adoucir le sort des travailleurs de l’art qui, déprimés et découragés, abandonnent le terrain culturel et artistique aux mains de ceux qui en profitent pour mondialiser nos habitudes, coutumes et pratiques culturelles ?
  • Comment peut-on éviter d’autres drames ? Car, nous le savons et le répétons, des solutions existent ! Certaines permettant au public de se sentir plus impliqué dans le mieux-être des acteurs culturels, comme par exemple cette extraordinaire proposition de « CHEQUE CULTURE », proposée par un entrepreneur Martiniquais, inscrit dans l’Agenda 21 et restée jusqu’à présent lettre morte alors qu’elle est porteuse de tant d’espérance et surtout de moyens financiers.
  • Nous, artistes de Martinique, nous passons nos journées à nous encourager mutuellement et à tenter de garder la tête haute avec un minimum de dignité. Mais quand on a le sentiment d’être aussi maltraités et depuis si longtemps, croyez-vous vraiment que cela ne va pas finir mal un jour ?

Il ne s’agit donc pas de nous monter contre les dirigeants de l’Atrium qui appliquent une politique. Il s’agit maintenant que ceux qui dessinent et imposent cette politique nous disent exactement ce qu’ils attendent de nous et ce qu’ils font pour enrayer la vague de dépression et de découragement dans laquelle nous, artistes martiniquais, baignons depuis bien trop longtemps.
Que nous soyons artistes, responsables ou employés de l’Atrium, nous avons LES MEMES INTERLOCUTEURS, décideurs et partenaires. Ils doivent nous répondre.

A vous, média, nous demandons de leur poser les bonnes questions, après avoir fait les enquêtes permettant de comprendre véritablement la problématique, apportant ainsi une contribution significative et probablement déterminante dans cette situation dramatique dont TOUT LE MONDE pâtit. Nous ne voulons plus de Neg kont Neg, ni de Nou kon nou-menm. Nous voulons des réponses pour étudier des solutions. Et aucune polémique n’en n’apportera. Si ce drame dont Hervé Deluge subira sans doute les conséquences économiques et sociales pouvait servir à cela, on pourra alors dire qu’il n’a pas hurlé si violemment pour rien.
Nous adressons nos plus affectueuses pensées à Hervé Deluge et souhaitons qu’il se porte de mieux en mieux, de sorte qu’il puisse faire face aux conséquences difficiles qui l’attendent. Il nous trouvera à ses côtés dans cette épreuve et également après, autant que nous le pourrons.

Nous adressons également nos pensées les plus fraternelles à l’équipe de Tropiques Atrium qui souffre probablement de cette situation, car elle fait ce qu’elle peut, avec les moyens qu’elle a, sachant qu’elle fonctionne dans un cadre qui impose des contraintes, avec des dirigeants et des employés qui, nous le voyons, tentent de faire de leur mieux.
Nous devons les y aider. Pour qu’ils puissent nous aider.

On est tous sur le même bateau Martinique et il sombre avec nous tous dedans.
Saurons-nous, TOUS ENSEMBLE, artistes, responsables politiques, public et média, saisir cette triste occasion de redresser la barre ?
Nous le souhaitons de tout cœur.

Imaniyé Dalila Daniel

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Une réponse à “L’affaire Déluge, une grande opportunité à ne pas rater”

  1. Eric Lefort Dit :

    Bien que cet article mette parfaitement en exergue la problématique du marasme artistique dans lequel la Martinique est maintenue enlisée depuis des décennies… et que son auteure soulève de façon fort adroite les bonnes questions, sans pour autant que celles-ci ne révèlent les véritables raisons de cet état de fait, dans la mesure où dans l’article, elles sont restées sans réponses…
    Aussi, je tacherais de résumer ici dans ses grandes lignes et de manière succincte, le cheminement protocolaire menant à cette déficience manifeste et dommageable pour tous à bien des égards.
    La Martinique, indépendamment de sa soi-disant départementalisation, élevée depuis peu au « grade » de communauté territoriale, sans pour autant que ses originaires ne perdent un seul iota de leur avilissant statut d’esclaves volontaires… n’en demeure pas moins une colonie pour la France. Or qui dit colonie sous-entend forcément « source de profit », aucune nation coloniale occidentale n’ayant à ce jour jamais fait preuve de philanthropie à l’égard d’une de ses colonies… contrairement aux sempiternels claironnements dont nous gratifient nos politiques locaux qui tirent cupidement avantage du système en place en servant de sbires à la mafia gouvernementale française, passant leur temps à couillonnant le peuple sur l’air éculé de « LA FRANCE QUI DONNE, la France qui donne, la France qui NOUS donne »… alors qu’en réalité, sans le pompage systématique que celle-ci opère crapuleusement sur le continent africain de même que sous nos latitudes… et bien, en moins de trois mois à peine, cette puissante nation coloniale se verrait alignée au rang des pays les plus pauvres du tiers-monde.
    L’Art et la Culture sont par excellence, les moyens nécessaires à une bonne santé mentale et physique des êtres humains, au bon développement de leurs facultés liées au discernement, à l’ouverture progressive de leur intelligence, tout en étant surtout le meilleur vecteur de leur élévation spirituelle. Or des individus jouissant de tels atouts en parfait état de fonctionnement, sont nettement moins manipulables.
    Les créations d’emplois pour nos jeunes désœuvrés en proie aux répugnant mais fructueux business du système juridique et carcéral français qui nous est imposé manu militari sur notre territoire… que pourrait générer un développement normal de la filière Artistique, seraient les bienvenues pour sauver nombre d’entre eux de la déchéance de la rue, tout en réduisant à peau de chagrin la délinquance et la criminalité qui font les gros titres des médias dont la plupart est à la solde de l’establishment et sont uniquement voués à propager le lavage de cerveau perpétuel qu’endure notre peuple depuis la fin officielle mais non officieuse de l’esclavage.
    Je pourrais ainsi continuer à remplir des pages entières qui seront alors toutes comparables à de gros cailloux sous chacun desquels on verra surgir un énorme moringue ou sinon alors, un congre gigantesque…
    Néanmoins en faisant simplement la synthèse de ces quelques données, je suis persuadé que tout un chacun parviendra aisément à constater qu’aucun de ces développements ne saurait coïncider avec les faramineux bénéfices que puise la France à partir de l’occupation de notre terre et le maintien de notre population dans l’obscurantisme le plus total.

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