14 février 1974: Le massacre de la Saint Valentin

14 février 2017

Social, Société

14 février 1974: Le massacre de la Saint Valentin

 

La Grève de Février 1974

La grève éclate le 17 Janvier 1974 sur l’habitation Vivé au Lorrain à partir d’un problème de licenciement lié à la restructuration de l’habitation. Elle connaîtra d’abord une extension régionale sur les habitations voisines d’Assier et de Fonds Brûlés et l’on verra apparaître une première structure de lutte : le Comité de grève des habitations Vivé – Assier – Fonds Brûlés.

L’organisation des ouvriers
Progressivement et parallèlement à l’extension de la grève, le mouvement se structure permettant :
• la création du Comité de grève des travailleurs agricoles de la Martinique
• l’élaboration d’une plateforme revendicative en 11 points inspirée pour partie des discussions préalables entre les ouvriers du Lorrain et pour partie des syndicalistes de la C.G.T. qui à l’annonce du déclenchement se sont portés au-devant des ouvriers en lutte.
Les revendications
1. 35,46 Francs pour une journée de travail de 8 heures
2. Paiement effectif des heures supplémentaires (5,54 Francs)
3. Paiement intégral du salaire à la fin de chaque semaine : pas de retenue
4. Suppression totale des produits toxiques
5. La pause de midi de 12h à 13h sur toutes les habitations ainsi qu’un quart d’heure pour le repas du matin
6. Pas de licenciement injustifié : du travail pour tous
7. Amélioration des conditions de travail dans les hangars (tabliers, gants bottes)
8. Suppression du travail à la tâche dans l’aubergine et dans l’ananas
9. Suppression totale des tâches
10. Respect des droits syndicaux sur l’habitation
11. Paiement des congés payés exigibles en Juillet

La propagation du mouvement
La grève marchante, se déplace d’habitations en habitations, pour expliquer, convaincre, rallier les hésitants. Il n’y a pas de syndicat qui mène officiellement la grève, mais un Comité de Grève des travailleurs agricoles de la Martinique. Le Nord-Atlantique est touché dès les premiers jours, du Lorrain à Grand-Rivière. Entre le 23 Janvier et le 8 Février, le centre et le sud sont touchés : Robert, Trinité, Sainte-Marie, Marigot, Lamentin, François, Saint-Joseph, Rivière-Pilote.

La réaction patronale
Un « Comité pour le maintien de la banane » appelle les ouvriers à reprendre le travail, estimant les revendications suicidaires pour la profession. Le ton est donné. Le conflit risque d’être dur…
Le communiqué de la SICABAM : Lire plus.

Le soutien à la grève
Pour soutenir la grève est créée l’UPSOA (Union Patriotique de Soutien avec les ouvriers agricoles), structure de coordination qui travaille en étroite collaboration avec le comité de grève. L’UPSOA regroupe des organisations nationalistes, patriotiques ou marxistes léninistes telles que le GS 70, le GAP, les Marronneurs, le Rassemblement de Saint-Joseph, l’union des comités d’action des enseignés (UCAEM), les patriotes du Sud. Sa tâche essentielle est de populariser le mouvement de grève, d’apporter un soutien politique et financier. C’est dans ce cadre que se tient un meeting au bourg de Rivière-Pilote avec le soutien de la municipalité.

Vers la grève générale
Parallèlement, le malaise social qui couve dans de nombreux secteurs économiques éclate au grand jour. La CGTM (Victor LAMON), la CFDT (Line BEAUSOLEIL), la CGT-FO (Frantz AGASTA), la FEN préparent depuis plusieurs mois un mouvement de grève générale qui est fixé au 12 Février.

Les principales revendications portent sur la vie chère, la baisse du pouvoir d’achat, le sous-emploi l’alignement de la législation sociale et salariale sur celle de la France, l’augmentation des allocations familiales et l’allocation logement. Revendications anciennes comme celles qui relèvent de l’égalité sociale en vertu de la loi d’assimilation de 1946, ou revendications plus immédiates liées à la hausse des prix.

La grève générale se traduit par une immense manifestation qui rassemble plus de 4 000 personnes dans les rues de Fort-de-France. Les syndicats eux-mêmes sont surpris par l’ampleur de la mobilisation. Ouvriers du bâtiment, dockers, travailleurs de l’industrie, employés des administrations, enseignants, lycéens, ils sont tous dans la rue. Un tract signé d’un groupe de dockers avait apporté son soutien aux ouvriers agricoles, mais la grève sur les habitations et le mouvement qui se déroulent en ville sont parallèles, sans qu’on puisse les confondre.

Une centaine d’ouvriers agricoles descendus à Fort-de-France ont manifesté sous leur propre banderole le 12 Février, mais Ils n’ont pu prendre la parole lors du meeting de clôture à la maison des syndicats.

La tension continue à monter après cette journée du 12. Des bruits de pillage de magasins, les rumeurs les plus folles circulent en ville. Des renforts de gardes mobiles débarquent de Guadeloupe et de Guyane. Des camions de l’armée stationnent en ville. Des Jeeps de gendarmes accompagnent les ouvriers agricoles, d’habitations en habitations, hangars après hangars, ceci, il faut le dire, dès les premiers jours de la grève.

Le 13 Février, lors de la commission paritaire de la banane et de l’ananas, les patrons proposent 32 Francs au lieu des 35,46 Francs réclamés par les ouvriers.

La poursuite de la grève est décidée, de même que la poursuite des discussions avec le patronat.

Le 14 Février, un groupe d’ouvriers qui, la veille, avait participé à la réunion paritaire sans résultats, passe d’une habitation à l’autre pour expliquer la nécessité de maintenir la grève pour imposer aux békés le respect des revendications.

Les évènements de Chalvet
Au lieu-dit Chalvet à Basse-Pointe, les grévistes sont brusquement encerclés par 200 gendarmes qui sans sommation ouvrent le feu, relayés par un hélicoptère qui depuis le ciel bombarde les travailleurs. Le bilan est lourd : un tué en la personne d’Ilmany RENOR et 5 blessés graves.
Ilmany RENOR, originaire du Lorrain, avait 55 ans. Parmi les blessés : Guy CRETINOIR, Robert CYRILLE, François ROSAZ, Henri RASTOCLE.

Témoignages, Récits et Presse locale
Dès le début de la matinée du 14 Février, ce groupe de grévistes de l’Habitation Vivé avait quitté le Marigot pour se diriger vers Basse-Pointe. Un premier affrontement avait lieu avec les gendarmes à Charpentier. Mais l’encerclement et le drame se produisent plus au Nord, à Chalvet, au milieu de champs d’ananas, dans une zone pratiquement à découvert où l’hélicoptère avait tout le loisir de survoler en rase-mottes et de semer force grenades lacrymogènes.

Le 15 Février, 4000 personnes défilent à Fort-de-France pour dénoncer la sanglante agression de la veille. […]
Le lendemain, 16 Février, le corps torturé d’un jeune ouvrier agricole, Georges MARIE-LOUISE, est retrouvé abandonné sur une plage non loin de l’Habitation Chalvet. La consternation et l’indignation gagnent toute la Martinique et les manifestations reprennent de plus belle dès le Lundi 18 Février.
Les enterrements d’Ilmany RENOR et Georges MARIE-LOUISE seront des évènements empreints d’émotion et où se pressera une foule énorme.

La solidarité autour du mouvement
Le mouvement de solidarité grandit en Martinique et à l’extérieur. En Guadeloupe, en France, ce sont des centaines de milliers de tracts de soutien qui sont distribués et une somme importante collectée par des organisations anti-impérialistes et l’AGEM (Association Générales des Etudiants Martiniquais en France) est convoyée en Martinique.

Le mouvement ouvrier agricole
La grève des ouvriers agricoles de janvier-Février 1974 inaugure une nouvelle page dans l’histoire du mouvement ouvrier de la Martinique. Elle marque le réveil des campagnes après de longues années sans lutte : en effet, la dernière grande grève dans le secteur agricole date de 1961 à une époque où la société de plantation structurée autour des champs de cannes et de l’usine était encore la réalité principale de notre pays.
Les années 69 sont plutôt caractérisées par le développement du secteur tertiaire et de la consommation. Les ouvriers agricoles rappellent qu’ils existent encore et qu’ils représentent une réalité de type tiers-mondiste en Martinique.
Malgré la présence active de militants intellectuels aux côtés des ouvriers, la grève reste pour l’essentiel un mouvement spontané : seules quelques habitations au Lorrain et au Robert sont organisées alors que sur toutes les autres exploitations, c’est par la pression de la grève marchante que les travailleurs rentrent dans la lutte. […]
Les ouvriers les plus conscients ont tiré un bilan de la grève de Janvier-Février 1974.
• Faible niveau d’organisation des ouvriers sur les habitations
• Absence de cadres ouvriers
• Mais aussi une expérience riche en enseignements, au-delà des sacrifices extrêmement lourds

En décembre 1974, c’est la naissance de l’UTAM (Union des Travailleurs agricoles de Martinique), devenue aujourd’hui l’UGTM Travailleurs agricoles.

Comment s’achève cette grève ?
Le 19 Février, un protocole d’accord est signé entre les patrons et la CGT.
Ce protocole prévoit :
• 35,50 Franc pour 8 heures de travail
• Le paiement des heures supplémentaires
• Pas de licenciement pour fait de grève
• Interdiction d’augmenter les tâches actuelles
Cet accord qui ne prend pas en compte les 11 points de revendication des travailleurs agricoles […] vient en contradiction avec la question de l’application du SMIG à l’agriculture puisque le montant signé par la C.G.T., bien que supérieur au 35,46 Francs demandés par les ouvriers demeure un salaire conventionnel propre à l’agriculture. De ce fait, il ne sera pas automatiquement augmenté chaque fois que le SMIG appliqué dans l’industrie et le commerce le sera.

Informations tirés de la page Facebook de Philippe Pilotin

 

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