La nécessité d’une politique de jeunesse lisible

20 décembre 2016

Non classé, Société

La nécessité d’une politique de jeunesse lisible

 

Non ! Il ne faut pas tout recommencer !

C’est vrai que si les atouts de la jeune société martiniquaise s’affichent à travers le visage rénové de la Martinique, il n’en demeure pas moins que tout progrès est fragilisé par la persistance d’un déficit d’intégration global qui frappe de manière privilégiée les jeunes générations.

Et loin d’être  une et homogène, la frange dite « jeune » de la population martiniquaise est en réalité plurielle et diversifiée, traversée par des inégalités sociales et territoriales. Ces jeunes sont désespérément en quête d’une dynamique collective au sein de laquelle pourrait s’inscrire un projet de vie, d’insertion économique ou d’identité citoyenne. Un projet dégageant la perspective d’une société solidaire où l’avenir se concevrait à partir de la préoccupation essentielle d’une réponse concrète à leurs attentes

La situation que vivent les jeunes en ce moment exprime, au-delà de l’exigence de justice sociale, le besoin vital d’un sens et d’une cohérence entre l’apparente prospérité de notre société consumériste et la réalité mesquine qu’affronte, dans l’exclusion et le déni, le déficit éducatif, une part significative de notre jeunesse. Cette situation des jeunes crée, par la force de la prise de conscience qu’elle suscite, une opportunité exceptionnelle quant à la possibilité de mobiliser la Martinique autour des enjeux majeurs qui concernent sa jeunesse: l’emploi, l’insertion sociale, l’intégration culturelle, la prévention de la délinquance, les projets de quartiers, l’environnement et la citoyenneté.

 Oui ! Et bien cela les jeunes l’ont fait déjà

Nous prendrons en exemple une expérience menée en concertation avec toutes les institutions et les associations représentatives des jeunes. Il ne s’agit pas de remettre en selle un dispositif, mais d’informer sur ce qui se fait et de souligner la nécessité de prendre en considération le travail fait pour les jeunes, surtout quand ils ont été co-auteur.

 Un exemple parmi d’autres

Par courrier de la Direction de la Jeunesse des Sports et de la Cohésion Sociale du 9 avril 2015 adressé au président de l’Agefma , ce dernier était informé de l’appel à projet : « Projet d’Investissement d’Avenir », (PIA) dont l’objectif est de favoriser l’émergence de politiques de jeunesse permettant de traiter les problématiques des jeunes de 13 à 30 ans de façon globale et cohérente à l’échelle de la Martinique. Il s’agissait d’inciter les collectivités locales, les partenaires sociaux, les entreprises, les mouvements associatifs, les organisations de jeunes et les services de l’état, à concevoir avec les jeunes eux même des politiques de jeunesse ambitieuses et partenariales en cohérence avec les programmes existants. Le Préfet et l’ex président de région ont donné leur accord pour que la Martinique y participe. L’Agefma a été retenue comme pilote de l’opération.

 De quoi s’agit-il ?

Le Projet d’Investissement d’Avenir (PIA) est un document de 70 pages environ avec un contenu de 44 propositions concrètes élaborées par les jeunes eux-mêmes dans le cadre du partenariat cité plus haut. Un projet abouti dont le financement mobilisé était de 11 398 960€, avec un co-financement de  5 312 440€ (47%) de l’Etat (ANRU) et 6 086 520€ (53%) de l’ex Conseil Régional de Martinique.

Le travail a été fait et confirmé le 17 août 2015 par la rédaction d’une  déclaration commune de satisfaction signée par, l’Agefma, les organisations de jeunesse en Martinique ainsi que par le conseil départemental de la jeunesse.

 Les besoins identifiés

Nombre de dispositifs ou de mesures mis en place par des autorités publiques (Etat, collectivités territoriales…) comportent des volets d’action relatifs à «la jeunesse». De même, des associations et des socioprofessionnels sont porteurs d’actions destinées plus particulièrement aux jeunes. Cependant cette multiplicité d’entrées  « jeunesse » va de pair avec un accès inégal, par les personnes concernées, aux services dont ils pourraient bénéficier. Ainsi, en matière de politiques publiques relatives à la jeunesse, le constat, déjà établi dans divers domaines des effets pervers d’actions publiques trop segmentées, a été réitéré.

Au rang de ceux-ci, est à relever, dans un premier temps, la relative opacité pour les « publics jeunes », des divers dispositifs auxquels ils ont droit. Cette opacité résulte d’une double insuffisance des dispositifs dédiés aux jeunes : 

  • Une insuffisance de lisibilité : elle résulte de la segmentation institutionnelle et du caractère sectoriel et partiel des flux d’information portés par chacune des institutions ;
  • Une insuffisance de visibilité : elle se rattache aux formes et supports de communication destinés à atteindre les publics concernés, qui se révèlent insuffisants ou parfois inadaptés. 

 

Une telle opacité amoindrit l’accessibilité à un certain nombre d’actions, rejoignant ainsi les préoccupations liées au « non-recours » aux droits, phénomène qui atteint prioritairement les populations connaissant déjà des difficultés sociales. Cela se traduit par des difficultés à se construire un parcours de vie, un projet de vie et nourrit le profil de jeunes désabusés après avoir été « suivis » par des institutions, jeunes « décrocheurs » du système scolaire Ce handicap a été aussi relevé lors des Assises Territoriales de la Jeunesse de Martinique qui, en avril et juin 2015.

Thématiques prioritaires retenues

Le projet cible l’ensemble des  thématiques suivantes :

  • développer une offre éducative, culturelle, sportive, et les opportunités pour les jeunes de s’engager, 
  • informer, orienter et accompagner les jeunes, pour favoriser leur insertion sociale et professionnelle  dans un objectif de réduction des inégalités, 
  • améliorer l’employabilité des jeunes et développer des partenariats avec les entreprises, 
  • accompagner et structurer les parcours des jeunes pour prévenir les décrochages et la rupture avec la société

 Le projet complète l’offre existante, en la structurant et renforçant ses effets par la méthodologie employée.  Il permet de répondre directement et durablement à plusieurs questions centrales pour la jeunesse de la Martinique : 

  • Comment aider les jeunes en difficulté d’insertion à sortir de cette ornière d’un quotidien sans lendemains à construire ? D’un « no future » que l’on noie dans les esquives des soirées alcools et stupéfiants ?
  • Comment favoriser le déclic suscitant l’envie « de s’en sortir », de « reprendre sa vie en main » ?  
  • Comment faciliter la mise en place par les jeunes de projets bénéficiant des meilleures informations, accessibles en temps utile, et leur permettre de surpasser les contraintes inhérentes aux réalités spatiales martiniquaises (transports, distances entre les lieux de vie et ceux offrant des opportunités d’activités économiques, d’études, de formation…) ? 
  • Comment assurer l’articulation des diverses mesures « jeunesse » afin de les rendre pleinement accessibles et accroître ainsi, par des effets de synergie, les ressources dont peuvent disposer les jeunes pour la construction de projets personnels socialement significatifs ?

La gouvernance du projet

De manière à matérialiser une structure partenariale originale et dédiée à la jeunesse, à renforcer les coopérations existantes et en initier de nouvelles, une « commission  AD-HOC » a été constituée, chargée de piloter le projet porté par l’AGEFMA.

Autour de cette commission, un réseau mobilisant la quasi-totalité des ressources de l’île en matière d’accompagnement de jeunes a été constitué, apportant leur contribution aux projets.

  • CTM, Etat (Diecte, pôle emploi rectorat, Protection Judiciaire de la Jeunesse.
  • EPCI (cacem, Caesem, cap nord)
  • CAF, CGSS,
  • Missions locales, CDJ, cemea, jce,
  • Agefma
  • Chambre consulaires

Les points faibles sont très préoccupants

Rappel (estimations population INSEE) :

Population des jeunes de 15-24 ans au 01/01/2010 = 52 008

Population des jeunes de 15-24 ans au 01/01/2013 = 45 681 (-12.2% entre 2010 et 2013)

Démographie

Aujourd’hui en Martinique le solde naturel ne suffit plus à compenser le solde migratoire négatif. Depuis 13 ans, la croissance démographique de la Martinique est deux fois plus faible qu’au niveau national. L’indicateur conjoncturel de fécondité est passé sous la barre des deux enfants.

Aujourd’hui, la Martinique les moins de 20 ans représentent environ un quart de la population, les 20-64 ans 58%, et les plus de 65 ans 17%.

La population martiniquaise vieillit ; l’indice de vieillissement est devenu favorable aux personnes âgées.

Le pourcentage de naissances hors mariage en Martinique est beaucoup plus élevé qu’en France (77,3% contre 56,7% en 2012).

L’âge moyen des mères est relativement similaire avec un point de moins pour la Martinique (29,3 ans).

Source : ”Antiane Eco”, Juin 2013 – INSEE

Emploi/Activité

Une insertion professionnelle de plus en plus difficile (Un jeune met en moyenne 5 ans entre la fin de sa formation et son entrée en CDI).

Deux jeunes en emploi sur cinq sont en intérim, en apprentissage, en stage, en contrat à durée déterminée ou encore en contrat aidé.

Au 31/12/2013, le taux d’activité des jeunes de moins de 25 ans en Martinique est de 25,3 %, et le taux de chômage de ces jeunes actifs est de 68,2 %. Ces données laissent apparaître un niveau de chômage parmi les 15-24 ans supérieur à 16,5%.

Il est à noter également que, depuis 2010, le nombre de chômeurs chez les jeunes oscille entre 6300 et 7400 alors que sur la même période, la population de référence diminue nettement (- 6 327 personnes).

Au regard de ces chiffres sur l’année 2013, parmi les 45681 jeunes composant la population des 15-24 ans en Martinique, nous pouvons estimer que :

• 11 à 12 000 jeunes sont en activité (en emploi ou à la recherche d’un emploi),

• 31 à 32 000 jeunes sont scolarisés (lycéens, étudiants, …),

• 1 500 à 3 500 jeunes sont dans une situation autre (non identifiés dans les autres catégories).

Source : Insee – Enquête Emploi 2013 -Coll. “Premiers Résultats” n°105 – Parution avril 2014

Pauvreté

58 % de leur niveau de vie proviennent de revenus sociaux. Les Minima sociaux, sont la principale composante des revenus sociaux et représentent plus de 21 % de leurs revenus. Ils sont la première source de revenus sociaux versés aux jeunes 27 %. Ils sont composés de l’allocation aux adultes handicapés, du Revenu Minimum d’Insertion, de l’aide sociale, de l’allocation de parent isolé, et plus récemment du Revenu de Solidarité Active. Les prestations familiales et les aides au logement sont la seconde et troisième source de revenus sociaux des jeunes. (Source INSEE enquête budget famille)

Scolarité

Un système éducatif qui malgré d’énormes progrès, prépare encore difficilement à la vie professionnelle et donne une part importante de « décrochages » et de ruptures, à tous les niveaux, dont le nombre des jeunes sortis sans diplôme et sans qualification est l’un des symptômes les plus importants.

Presque un tiers de la classe d’âge concernée par la journée d’appel en 2012 est en difficulté de lecture, soit 3 fois plus que dans l’hexagone.

En 2012, 15,6 % des jeunes sont repérés comme étant en grande difficulté face aux compétences de base. La moyenne nationale est de 4,4 %.

Le poids de l’éducation prioritaire est deux fois plus important dans l’académie qu’au niveau national. Son poids en “établissements” est de 37,1% dans le 1er degré et de 48,8% dans le 2nd degré. C’est nettement plus important qu’au niveau national.

Le poids de l’E.P. en “effectifs élèves” est de 33,2% dans le 1er degré et de 43,7% dans le 2nd degré. L’évolution de ce poids est quasi-stable sur les trois dernières années, bien que la population scolarisée dans l’académie soit en diminution.

source – Université des Antilles et de la Guyane. Observatoire interrégional, vie des étudiants et insertion professionnelle

Mobilité

Les jeunes martiniquais inscrivent leurs perspectives d’avenir et leurs trajectoires de vie sur un double espace économique et social : la Martinique et la France. 67 % des jeunes martiniquais (18-34 ans) se disent prêts à partir si un emploi leur est proposé en France ou ailleurs. Les plus jeunes (18-24 ans) sont les plus déterminés, et les hommes plus que les femmes.

• 33% des 18-34 ans natifs de Martinique résident en France. Ceux qui possèdent un diplôme d’enseignement supérieur sont aussi nombreux en France et ailleurs  qu’en Martinique.

• 42 % des 18-34 ans qui ont un emploi l’occupent en France.

• Dans l’ensemble, on note que la migration à elle seule ne suffit pas à garantir une insertion professionnelle si elle ne s’accompagne pas d’une augmentation du capital social (augmenter le niveau de formation, acquérir des diplômes ou augmenter l’expérience professionnelle).

(Source : INED – Insertion professionnelle des jeunes ultramarins : Dom ou métropole ? Publication Population 2011, n° 3-4)

Santé

Globalement, les jeunes sont plus victimes d’accidents en Martinique qu’en France. Il s’agit d’une problématique principalement due à des phénomènes de société spécifiques à la Martinique, nombreux et variés tels que : transports en commun mal adaptés, non port du casque, trafic important, pas de pistes cyclables, effets de modes (tirages), etc….

• Les accidents de la route sont la première cause de mortalité pour les 15-24 ans (1 tué sur 3 et 1 blessé hospitalisé sur 3).

• les 18 – 24 ans sont impliqués dans 38% des accidents et dans 32% des accidents mortels et représentent 31% des tués.

• 53% des tués en cyclomoteurs et 27% des tués en motos ont entre 15 et 24 ans.

Source et commentaires – Observatoire régional de la Sécurité Routière – DEAL Martinique Moyennes sur 5 années (2008-2012)

Loisirs

La Martinique souffre d’un manque avéré de formules de loisirs destinées aux jeunes de 12 à 17 ans. Le désintérêt des adolescents pour l’accueil de loisirs pose la question de leur prise en charge en dehors de l’école.

On note également en Martinique un non recours aux aides au temps libre qui se traduit par :

• un déficit d’information sur les places vacantes pour les moins de 6 ans,

• un déficit de confiance vis à vis des encadrants (rumeurs et méconnaissance),

• un manque d’intérêt des adolescents vis à vis des loisirs collectifs sans hébergement.

(Enquête ODENORE/CAF Martinique – nov. 2012)

Source – Observatoire des Métiers et de l’Emploi DJSCS Martinique – 2013

Etude “Adéquation Emploi / Formation dans les Accueils Collectifs de Mineurs“

Justice

Le nombre de mineurs mis en cause dans les faits de délinquance est en augmentation par rapport à 2012 (+214 jeunes), il concerne majoritairement les garçons.

Proportionnellement à l’évolution du nombre de faits, la part des mineurs est également en hausse, ces derniers représentent en 2013 :

• 18,61 % du total des mis en cause dans des AVIP (+2,88 points)

• 27,31 % du total des mis en cause dans les AAB (+4,91 points)

• 3,15% du total des mis en cause dans les EIEF (+1,81 points)

On peut également noter un durcissement dans la nature de la délinquance des mineurs. Il convient de noter que les hommes mineurs prennent principalement part à des faits d’atteintes à l’intégrité physique des personnes (AVIP), ils représentent désormais plus du 1/3 des auteurs de violences physiques crapuleuses (34,49%) et près d’1/3 des auteurs de violences sexuelles (32,99%).

AVIP – Atteinte Volontaire à l’Intégrité Physique des personnes

AAB – Atteinte Aux Biens

EIEF- Escroqueries et Infractions Economiques et Financières

Source – Direction de l’administration pénitentiaire – Centre pénitentiaire de Ducos

Et pourtant !

Sans vouloir faire de ce PIA la bible de la résolution des problèmes de la jeunesse martiniquaise, en termes de démarche, d’ingénierie, de concertation, le niveau de consensus atteint méritait que soient respectés, et pris en considération la parole et le travail des jeunes.

Ce n’est pas fini.

Les jeunes sont une fois de plus relégués, à une affaire de d’incivilités, et de délinquance à régler. Qui peut croire, qu’après autant de cris de désespoir lancés par tous ces jeunes, que les promesses non tenues apaiseront leur douleur, assouviront leur soif d’exister, leur fera une place de citoyen ?

Oui plus que jamais nous devons faire le choix d’éduquer et élaborer en urgence un plan très ambitieux pour la jeunesse de notre pays.

Qu’on ne s’y trompe pas !  Il ne s’agit pas uniquement d’accéder à la consommation.

Non qu’il faille renoncer à cette nécessité. Mais on ne peut pas prendre en charge la souffrance d’un adolescent – matérielle et morale – si l’on n’a pas cherché un sens à sa propre existence.

Alors c’est le « no future » ? Pour certains, ce « no future » est vécu et pas seulement pensé.

Certes, ce PIA ne règle pas tout, car la crise du sens est liée au modèle sociétal, et ce dernier doit être pensé par les Martiniquais, et pour les Martiniquais, en toute clarté.

 

Jeff Lafontaine

19/12/2016

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