Que peut-on encore espérer ?

17 novembre 2016

Actualités, Politique

Que peut-on encore espérer ?

Entre le renoncement colonial à l’existence nationale, et l’expression autoritaire d’un pouvoir sans contrepartie dans une société déchirée, il y a indéniablement d’autres voies.
Celles qui par exemple recherchent patiemment les conditions de l’unité la plus large afin que la responsabilité soit vécue comme la récolte d’un fruit mûr plutôt que comme le forceps précipité par une fuite en avant opportuniste.

Il faut être conscient que la nature actuelle des rapports entre majorité et opposition ne donne pas une image positive de la « classe politique » d’autant que les plénières sont retransmises à la télévision. Les Martiniquais perçoivent encore largement la politique comme l’affrontement entre des personnalités plutôt que comme un débat d’idées.
Lors des plénières comme au quotidien les échanges sont consternants. Il est vrai que EPMN se sent en position d’agressé. Faut-il pour autant répondre systématiquement sur le même registre ?
Qui peut prendre l’initiative d’imposer, sinon l’opposition, de la hauteur dans les échanges ? Tout projet de développement de la Martinique passe aussi par la restauration de l’image des élus.

Ni la droite, avocate idéologique du patronat et du libéralisme, ni les actuels deux présidents des assemblées locales n’ont su relayer les attentes du peuple.
La « troisième voie », proposée par les progressistes, par le mandat impératif qu’elle s’impose en proposant au pays un processus négocié vers une organisation générale plus équitable, entend s’appuyer sur ces deux principes fondamentaux de l’Autonomie progressiste :
1) « La chance des martiniquais, c’est le travail des martiniquais » (A. Césaire) ;
2) « Les meilleurs spécialistes des affaires martiniquaises sont les martiniquais eux-mêmes » (P. Aliker).
Les progressistes martiniquais réfutent tout modèle a priori d’émancipation prête à consommer, commencer par celui de l’Etat-nation hérité de l’Europe des Lumières et du néocolonialisme de l’après-guerre. Il s’agit conquérir notre place au soleil par des traces inédites et inventer une articulation originale au concert des nations.

Pour l’instant seule cette démarche semble offrir une réelle compatibilité avec les exigences apparemment contradictoires d’audace et de prudence, de maintien des acquis et d’innovation sociale, de partenariat consenti avec la France, et d’autonomie politique exprimant une identité collectivement revendiquée.
Ce projet de société fédérateur et auto-généré ne peut se concevoir sans un renouvellement des hommes, des visions et des méthodes.

Beaucoup d’entre nous développent prioritairement une argumentation en termes de suspicion vis à vis des élus, sur la base d’une incapacité de ceux-ci à proposer des réponses adéquates face au délitement de la société, en dépit des moyens dont ils ont disposent. Ainsi nombreux sont ceux qui mettent en doute leur compétence à faire travailler ensemble les Martiniquais et à dépasser leurs privilèges de géreurs pour insuffler au pays l’énergie galvanisante des « utopies refondatrices ». L’atonie ambiante de l’économie du pays est révélatrice.
Certes il n’y a pas d’homme providentiel ; un homme seul ne peut garantir le succès d’un projet collectif, mais il peut l’incarner s’il sait faire naître l’espérance par son engagement, s’il sait provoquer par son charisme et ses propositions, la dynamique historique du rassemblement et de la mobilisation citoyenne.
Qui peut sereinement affirmer que nos gouvernants actuels représentent le futur de la Martinique ? Comment suivre ces hommes dépassés dans leur pensée obsolète ? Qu’ont-ils à dire à la jeunesse, aux exclus, aux femmes bafouées, aux personnes en situation de handicap, à ceux qui à 40 ans n’ont jamais travaillé, à ceux qui n’auront jamais les moyens de se payer un bout de terre du pays, à ceux qui n’auront jamais de prêt bancaire pour s’installer, à l’Afrique, à l’Inde, à la Chine, à la Caraïbe qui bouillonnent en nous ?
Que font-ils pour préserver concrètement le peuple de la « chlordécone » et des autres poisons de la monoculture bananière ? Qu’ont-ils fait pour faire émerger une école authentiquement martiniquaise ?

La responsabilité n’a de sens que si on l’assume. Qu’on se rappelle Césaire palliant la désertion de l’Etat et mettant Fort-de-France hors d’eau avec les seules ressources du budget municipal. Tandis que la moindre ondée submergeait sa commune, le maire de Rivière pilote de l’époque préférait passer pour un des meilleurs gestionnaires de France…
Entre la résignation de droite concédant, avec retard, la nécessité de rénover nos collectivités locales, et le « coup de serbi » des indépendantistes gestionnaires cherchant, par un « solibo » magnifique, à détourner l’opinion de la vacuité de leur maigre projet, il y a l’immense attente raisonnable du pays Martinique… et la méthode « Atipa » vers la responsabilité, qui est la fière contribution de la nouvelle génération à la construction commune de cet espace de vie, de liberté, de responsabilité, tout simplement de cette Martinique dont Aimé Césaire et ses camarades ont patiemment jeté les fondations, et qu’il nous revient aujourd’hui d’élever jusqu’à une conscience nationale apaisée, en la préservant de toute tentative de falsification, contre tout rétrécissement sectaire, contre toute spéculation partisane.

Les rescapés du naufrage historique du 13 décembre 2015 ont cette lourde responsabilité d’assumer la catastrophe mais en plus de donner de l’espoir. On est loin du compte pour l’instant au regard de ce qui semble s’apparenter à de la mutinerie dans le bataillon des opposants.

Si on veut lutter contre l’ascension de l’insignifiance,
Si on veut lutter contre l’obscurantisme,
Si on veut ouvrir le champ des possibles,
Si on veut repousser les lignes d’horizon,
Si on veut construire plutôt que médire,

Alors

Comment rallumer la flamme au combat ?
Comment réveiller l’enthousiasme et l’engagement ?
Comment donner l’envie d’y croire ?
Comment imaginer un futur honorable ?
Comment trouver la force de lutter et d’y croire ?

Au-delà de la pensée politique et des « bèl pawol » des discours, il y a à recréer l’espérance pour donner envie d’agir.

Et c’est là le défi que nous avons à relever.

17/11/2016
jeff Lafontaine

 

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Une réponse à “Que peut-on encore espérer ?”

  1. Gabriel burlet Dit :

    Salut, quand on connaît l’histoire de ce pays, on a beaucoup de mal à comprendre comment après avoir utilisé celle ci pour se hisser au sommet, les indépendantistes ont pu passer une telle alliance après tant de sang et de larmes versées, tant de sacrifices pour juste 5années de pouvoir durant lesquelles ont voudrait que les descendants d’esclaves que nous sommes marche la tête baisser en rasant les murs, chaque fois que je doute je regarde les chiffres du 1er tour et je me dis que tout n’est pas perdu. Plis fos

    Répondre

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