Mémoire effacée

Mémoire effacée

par Roger Tranquille. Quel que soit le motif et les obligations ayant motivé la destruction d’édifices témoins de la mémoire d’une ville, du patrimoine d’un pays, la perte est immense et jamais compensée. Voici ce que dit Françoise Bercé, dans son ouvrage ; « Des monuments historiques au Patrimoine », paru aux éditions Flammarion :
« Un monument restauré traduit les connaissances, les ambitions, les goûts, non seulement du maître d’œuvre mais aussi du maître d’ouvrage : c’est le vrai révélateur de l’appréhension des édifices par une génération donnée, qui permet de reconnaître pour sien, un édifice centenaire. ».

Un mal martiniquais ?
Plutôt un mal national français, les architectes n’ayant pas été formés à ce concept consistant à permettre aux générations de s’harmoniser, avec l’évolution successive de l’histoire d’un édifice.

MAISON DES SPORTS 01  Maison 02

Maison des sports de Fort de France-la Française-le Fort Saint Louis

Les architectes français ne sont pas sensibles au respect de l’histoire d’un bâtiment, devenu patrimoine au fil des ans, et les architectes martiniquais étant formés à l’école de l’architecture française, il n’y a pas de miracle.
Générations frustrées
Les générations, jusqu’à trente, quarante ans ignorent qu’en ce lieu de la Française ayant abrité la Maison des Sports de Fort de France, se sont formés des culturistes d’excellent niveau, que ce lieu fut le siège de nombreuses ligues, et de l’USMSA, que durant le carnaval, ce fut l’un des hauts lieux de divertissements, des bals Foyalais, et que tout juste entre cette Maison des sports, et le Fort Saint Louis, était enfoui le terrain de basket en revêtement d’asphalte, qui a vu passer de très grands sportifs martiniquais, de la Caraïbe et de France.

L’exemple de Venise
Imaginez un peu Venise en Italie, passant à la « vitesse supérieure », détruisant des siècles d’histoire architecturale, en adoptant le tout moderne, en envoyant aux oubliettes ce qui a toujours fait sa richesse et ses beautés depuis l’an 528 !
Une harmonie parfaite avec la nature
La plage de la Française, le boulevard du front de mer, malheureusement rebaptisé «Malecon », et en fond d’écrin, le Fort Saint Louis.
Cet espace entre la station d’essence et la Maison des sports, tout cela sorti du perfectionnisme des urbanistes d’antan, et des architectes, aucune note discordante.

Nostalgie ou réalité
Une très vieille histoire, en témoignent les voitures parquées tout autour de ce lieu symbolique, chargé d’émotion, pas de nostalgie, mais une réalité douloureuse !

Décalage avec l’histoire de Fort de France?
Le remodelage de la savane, sans aucune réflexion préalable est un cuisant échec, a tout point de vue.
S’il est vrai que les bâtiments de la Maison des sports sont devenus obsolètes avec le temps, et dangereux pour les usagers, il n’en demeure pas moins, que leur consolidation aurait permis de garder cette mémoire, et contenir l’histoire de la ville de Fort de France.

Que retenir ?
Avec la destruction de la Maison des sports de Fort de France, le remodelage de la Savane, le Foyalais ne va plus se promener en famille ou seul dans ce parc, qui n’offre plus, aucune beauté, aucune convivialité, aucun attrait naturel, un lieu qu’on traverse en regardant droit devant soi, en accélérant le pas la nuit tombée.
Le Foyalais ne va plus trainer dans ce parc, pour échanger, avec les autres, créant ainsi des liens.
Histoire pénible, que celle de la disparition de la Maison des sports de la Savane de Fort de France !

Au nom des Békés !

AUBERY 01   Aubéry 02

Le Château Aubéry à Croix Rivail Ducos construit entre 1928 et 1930 par Eugène Aubéry

Eugène Aubéry et sa famille s’installent en 1931 dans ce château. Eugène Aubéry est fortement impliqué dans l’assassinat du journaliste André Aliker, le 12 Janvier 1934, il en serait le commanditaire. En 1942, à la mort du propriétaire de l’usine du Lareinty, sa femme et ses 8 enfants quittent le château qui deviendra plus tard, la propriété du Département.
L’école normale s’y installera en 1956, avant que l’école d’agriculture ne prenne possession des lieux.
Le château qui est classé, et protégé au titre des Monuments historiques depuis le 31 décembre 1992 tombe lentement en ruines, et rien n’indique qu’il sera sauvé…….Malgré cette histoire douloureuse de l’époque post esclavagiste, histoire toujours présente lors de la construction de cet édifice, il n’en demeure pas moins, que le Château, ou la « Maison Rivail » comme l’avaient surnommée les propriétaires, renferme tout un pan de l’histoire de ce pays Martinique

  lycéeschoelcher

Le Lycée Schœlcher reçoit ses premiers élèves en 1937

Et le Lycée Schœlcher ?
Va-t-il subir le même sort, pour que dans 20, 30 ans, plus personne ne se souvienne que sur la route de la Corniche en direction de Bellevue, face à l’une des plus belles baies de la région Caraïbe, a existé un magnifique établissement scolaire du second degré, à l’architecture unique, un établissement qui a vu passer d’immenses hommes de culture de Martinique, et qui mérite de résister encore.

 Roger Tranquille

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