Accueil Politique Yves-Léopold Monthieux : « Les autonomistes n’ont pas préparé les Martiniquais à l’autonomie ».

Yves-Léopold Monthieux : « Les autonomistes n’ont pas préparé les Martiniquais à l’autonomie ».

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Mes opinions n’ont pas beaucoup changé depuis ma jeunesse. D’ailleurs, j’ai pu avoir quelques complexes de n’avoir pas été communiste ou gauchiste à 20 ans. Pour moi tout cela était absurde et irresponsable. Les faits m’ont donné raison des décennies plus tard. Ces idées ont été condamnées par l’histoire. Elles ont reçu le dernier coup de poignard des mains de Fidel Castro lui-même, mettant sans doute fin au dernier carré martiniquais castrophiles, eunuques du castrisme. Fidel Castro s’est trompé sur à peu près tout, c’est lui-même qui le dit.

Il m’aura fallu deux partis politiques : l‘un sur l’organisation politique de la Martinique, l’autre sur l’amélioration de la vie des Martiniquais. Mais on n’a pas le choix : le premier doit l’emporter sur l’autre. C’est le dictat de la bien-pensance. Vous avez beau être adepte de l’égalité et de la justice, être opposé au racisme quel qu’il soit, avoir un comportement responsable dans votre profession et dans votre vie quotidienne, vous serez réputé être de droite si vous êtes favorable au statut de région-département. Et vendu si, étant de gauche, vous n’adhérez pas aux idées de rupture avec la France, à brève ou plus lointaine échéance.

Dans l’exercice qui consiste à faire une analyse critique de la situation politique, les positions personnelles importent peu. D’ailleurs, elles peuvent varier en fonction des changements incessants des acteurs. Car il est imprudent de suivre aveuglément nos bergers. Lequel d’entre nous n’a pas été trompé ou ne s’est pas trompé sur les véritables intensions de nos leaders politiques ? L’un de mes premiers articles parus dans Antilla s’intitulait : « En politique comme en amour il trompe qui peut ». Sans forfanterie, Machiavel aurait pu l’écrire.

 

Soyons clairs. Pour une vision du développement économique de la Martinique : avantage Letchimy. En ce qui concerne la gestion je donne la préférence à Serge Letchimy qui, de ce point de vue, rompt avec la tradition PPM de ses prédécesseurs à la mairie de Fort-de-France. Sans argent, il a commencé à faire bouger Fort-de-France qui se laissait diriger rapidement vers une totale « bidonvillisation ».

Curieusement c’est à lui, en temps que directeur de la Semaff, qu’avait déjà été confiée la charge de freiner le phénomène. Il a des idées pour le développement de la Martinique que n’avait pas Alfred Marie-Jeanne. Ainsi, le tout premier reproche qu’on peut faire à l’ancien président est de ne pas avoir utilisé son immense charisme pour donner quelques orientations et tenter de former les Martiniquais à être plus responsables dans leur quotidien. Ce n’est pas en distribuant des subsides à droite et à gauche ou l’argent dit de la « continuité territoriale » que l’on prépare les Martiniquais à la responsabilité, voire à l’autonomie ou à l’indépendance. Il fallait laisser cette pratique aux politiciens médiocres. ?

En revanche, Serge Letchimy est plus fortement marqué par l’idéologie. Il est empreint d’une pédagogie du geste et de la formule, bien plus efficiente dans le temps que les « désenkayage » et autres amusements d’Alfred Marie-Jeanne. Ce dernier met les rieurs de son côté et se forge ainsi de redoutables slogans électoraux. Mais ces formules ne durent que le temps d’une période électorale faste. D’ailleurs, le MIM qui fonde son action sur ces slogans circonstanciels ne sera-t-il pas entraîné dans l’éphémère au départ de son nouveau « Président ». Par contre, les mots et les gestes de Serge Letchimy sont pesés et créés pour affronter le temps et changer la société en fonction de son idéologie.

Tout le monde a déjà oublié son livre « Discours sur l’autonomie », titre qui suffit à rappeler son ambition et à qui il a succédé. Mais il a dit et redit « la Capitale » et aujourd’hui tous les journalistes se battent pour répéter ce mot qui, en l’état actuel du statut, est un non-sens : Fort-de-France est un chef-lieu. Il a dit et redit « le Malecon » qu’une grande partie de la population contest…ait. Aujourd’hui tout le monde déclare se rendre au Malecon. Le mot Foyal est repris à la Mairie et l’adjointe au maire et historienne utilise officiellement ce mot. Rien n’interdit bientôt la ville à faire inscrire sur ses calicots « ville de Foyal ». Qui peut l’en empêcher.

Cette création de mots nouveaux a fait des émules. Aujourd’hui une nouvelle appellation de la sélection de la Martinique nous renvoie aux Caraïbes. C’est « Matinino » qui dispute à Paris le tournoi de l’outre-mer. RFO en a décidé ainsi, du moins ceux qui dirigent vraiment cette station. Fait extraordinaire pour une station qui a un patron, jeudi après-midi deux journalistes se chamaillaient sur les ondes. L’un prétendait qu’il fallait utiliser le mot « matinino », l’autre « sélection de la Martinique ». En effet, ces nouvelles appellations ne sont pas issues d’un débat, d’une concertation, d’une décision administrative. Elles sont lancées et elles font « leur chemin » : elles sont dites, répétées, souvent assénées dans un esprit identitaire imposé.

Certains, et en particulier Serge Letchimy, ont compris la force des mots qui, en réalité, gouvernent nos consciences depuis l’apparition du mot « négritude ». Les mots précèdent souvent la réalité. Césaire avait dit : « je lance le mot autonomie, il fera son chemin ». C’est la répétition permanente des mots « pays » et « peuple » qui font qu’aujourd’hui une femme de droite me disait : « je n’ai aucun mal à utiliser ces mots ». Elle ne veut pas, pour l’instant, entendre parler de « nation », mais le mot sera certainement bientôt sur toutes les lèvres.

Reste qu’un reproche commun peut s’adresser aux uns et aux autres. Aucun parti politique n’a préparé les Martiniquais à un changement de statut. La campagne pour le changement de statut est menée avec les arguments de l’assimilation : ne pas toucher aux 40%, respecter les droits acquis, continuer à payer les gens à ne pas travailler … L’autonomie et même parfois l’indépendance est présentée à la population comme la somme de tous les avantages de la départementalisation ausquelles s’ajouterait le reste. L’autonomie est présentée un peu comme un accélérateur des bienfaits de la départementalisation. Or, mentent aux martiniquais tous ceux qui refusent de dire que tout changement statutaire entraînera des efforts et des renoncements. Pour ma part des efforts et des renoncements sont déjà nécessaires dans le cadre du département?

Enfin, pour ne rien vous cacher, je suis partagé entre la plus grande compétence de Serge Letchimy à laquelle je crois et sa capacité à développer une idéologie à laquelle je suis opposé. C’est vrai, le Président de la Région nous trompe en préparant des mesures contraires à celles prévues lors du vote de janvier : « il trompe qui peut ». Pour sa part, Alfred Marie-Jeanne qui a mis son charisme au service de sa seule ambition, n’a pas su démontrer pendant 12 ans qu’il était en mesure de désenkayer la Martinique. Au point que Lurel vous dit que pendant ce laps de temps, la Guadeloupe a rattrapé son retard sur nous, s’agissant du PIB.

En ce moment du processus de changement statutaire, Alfred Marie-Jeanne souhaite un arrêt. Il n’est pas dans son rôle : Lui aussi, il trompe. Je me demande ce que doivent dire au fond d’eux-mêmes les militants qui avaient voté pour le contenu de l’article 74 et non pour la beauté du chiffre. Mais vous verrez, ils vont suivre Alfred Marie-Jeanne.

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4 Commentaires

  1. georges glondu

    28 septembre, 2010 à 9:03

    Je suis au regrêt de constater qu’une grande majorité de nos élus (pas tous heureusement)se disent autonomistes, voire indépendantistes dans le seul but de masquer leur incompétence propre.
    Pour les identifier, il suffit de d’observer leurs réalisations dans leur communes respectives, telles que la mise en place de leur réseau d’assainissement, du transport urbain, de crèches municipale, de la mise à niveau de leur routes communales,d’installation de zone d’activité commerciale par exemple.
    Enfin, on peut dire qu’en politique, on peut être maître dans l’art de faire prendre des vessies pour des lanternes, mais la lucidité, pour celles et ceux qui veulent se donner la peine d’observer et d’user de leur statut de femme ou d’homme responsable, devrait permettre aux électeurs, s’ils veulent donner des perspectives d’avenir à leurs enfants, d’identifier les incompétents, et de les écarter du pouvoir.

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  2. MNB

    27 septembre, 2010 à 20:42

    Ou bien : « Les autonomistes n’ont préparé les martiniquais qu’aux illusions » et « Les indépendantistes n’ont pas même préparé les martiniquais à la révolution… seulement à la soumission à leur autocratie ».

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  3. evolutionmartinique

    27 septembre, 2010 à 20:38

    à vos souhaits !

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  4. ylm

    27 septembre, 2010 à 19:43

    Je ne suis pas l’auteur du titre. J’aurais préféré celui-ci :

    « Les autonomistes n’ont pas préparé les Martiniquais à l’autonomie ».

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