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L’EMBALLEMENT DU DEBAT STATUTAIRE

assemblée nationale

La rentrée politique de septembre avait été annoncée comme le véritable départ de la campagne du referendum statutaire, on a assisté à un emballement au cours de la semaine passée. Les partisans de l’autonomie de l’article 74 avaient promis de mettre en route d’un rouleau compresseur, la stratégie mise en œuvre par Alfred Marie-Jeanne dénote une détermination qui fait feu de tout bois. Des militants favorables à l’article 73 ainsi que les animateurs du monde économique reprochaient à l’opposition leur atonie politique, et voilà que plusieurs initiatives prennent corps dans la société civile et au sein de partis politiques.

RFO a perçu 5 sur 5 l’importance de la saison politique qui commence et l’animateur de l’émission POLITIX a donné le sentiment d’être à la hauteur du challenge médiatique. En réalité, la rentrée politique avait déjà sonné avec l’annulation des élections municipales de Rivière-Salée. Mais la rentrée sociale

Les angoisses du monde de l’entreprise contre le « bougisme » institutionnel.

Davantage qu’en 2003, et autant que pour les mouvements sociaux, le monde de l’entreprise est préoccupé par la controverse statutaire et la volonté de changement à tout prix,

ce que certains nomment le « bougisme » institutionnel. Ils l’ont assez montré au cours de leurs interventions aux Etats généraux : cette participation ouverte au débat politique est une « première ». L’âpreté des forums ne les a pas empêchés d’être entendus par le monde politique et la population. Ils craignent par-dessus tout la période qui commence, laquelle pourrait être, selon eux, celle où les conséquences économiques les plus graves pourraient de plus en plus se faire sentir en termes de fermetures d’entreprises et de chômage. A cet égard, ils ont été interpellés par l’annonce de nouveaux mouvements sociaux. Déjà au creux de la vague, ils craignent d’atteindre l’abîme économique qu’ils jugent quasi inéluctable s’il n’était pas mis fin au plus tôt aux incertitudes statutaires propices aux désordres sociaux et servant d’épouvantail aux investisseurs. Ils voudraient retrouver les conditions d’un nouveau départ économique. Ils craignent que cette préoccupation ne soient pas être celle des leaders du congrès et des dirigeants du collectif du 5 février. Mais ils savent que c’est de l’action ou de l’inaction des partis politiques que dépendra finalement l’avenir.

Au-delà des municipales, le laboratoire institutionnel de Rivière-Salée.

L’élection prévue début octobre mettra à nouveau en scène les trois candidats de 2008. Avec ces authentiques représentants des 3 positions majeures du débat statutaire – les FMP, le MIM et le PPM -, la bonne gestion du maire sortant, reconnue par tous, ne sera pas le seul ingrédient de l’enjeu saléen. Comme d’habitude, on jurera les grands Dieux qu’il s’agit d’une élection locale et que l’étiquette politique des candidats ne compte pas. Ainsi, on dira que voter pour un candidat indépendantiste n’est pas voter pour l’indépendance. Or c’est avec de tels arguments que les partisans du changement statutaire ont fait leur lit et que leurs élus sont parvenus à imposer une revendication que la population n’a jamais manifestée. Nul doute que la première comptabilité qui sera faite à Rivière-Salée au soir du scrutin portera sur les chiffres obtenus par les tenants de l’article 73 ou de l’article 74 autant que sur les scores des candidats.

Naissance de Dynamique 73

Des personnalités de la société civile parfois proches de partis politiques de droite ou de gauche se sont regroupées autour d’un mouvement qui s’oppose résolument au projet du congrès. La détermination de ce mouvement qui sera très prochainement présenté à la presse s’exprime déjà dans le nom qu’il porte : Dynamique 73. Ce mouvement n’a pas pour objet de parler d’autre chose que de statut, laissant tout autre projet politique aux partis politiques. Toute ambition politicienne à l’intérieur de ce mouvement conduirait à son échec. Son objectif est de démontrer qu’il est possible de développer la Martinique dans le cadre des actuelles institutions et de combattre l’autonomie de l’article 74. D’autres initiatives de cette nature pourraient voir le jour ou, le cas échéant, s’agréger à Dynamique 73. Parallèlement, des points de convergences ont permis de mettre en place une structure de rencontres entre FMP, l’UMP, le Modem et le MLM, ouverte à d’autres partis ou mouvements affinitaires de l’article 73. En 2003, les rapprochements politiques entre la droite et la gauche défavorables au projet du 7 décembre n’étaient pas allés au-delà de prises de positions individuelles. Aujourd’hui c’est bien un rapprochement des partis qui semble vouloir prendre corps.

PPM : la tentation d’un splendide isolement ?

Mais la culture du PPM ne le prédispose pas aux alliances. Toute son histoire atteste d’une pratique non partageuse de la politique. Il n’y a jamais eu vraiment accord du PPM avec les autres partis de gauche. En forçant son talent, Camille Darsières avait réussi en 1983 à mettre en place un pacte global : pas une union, pas un rassemblement, pas un accord durable… Ce pacte avait fait long feu. Que la droite n’ait pas cru devoir mettre en difficulté l’exécutif devenu minoritaire n’a rien changé à l’ostracisme dont elle fait l’objet. Reste que la combinaison de ce rejet par la gauche classique et l’offre d’ouverture du MIM a été la clé de voûte de la prise de pouvoir par AMJ. D’ailleurs, le nouveau rassemblement ouvert par AMJ s’adresse à tous et si l’UMP et FMP voulaient rejoindre ce rassemblement comme l’a fait Osons oser, ces partis de droite seraient reçus par des embrassades, y compris de la part d’anciens PPM devenus mimistes. Aussi, placé sous l’œil critique du vénérable Pierre Aliker, le PPM n’est pas pressé de participer à une dynamique commune ni contre l’article 74 dont il ne veut pas, ni contre le MIM, son principal adversaire. Il n’a pas réagi – il n’a donc rien repoussé – à la reconnaissance par Miguel Laventure de « positions conciliables » entre FMP et le PPM. Mais il semble réticent à toute initiative qui pourrait dépasser le stade du simple silence et succomber à la tentation du splendide isolement.

Nouvelle pression sur Nicolas Sarkozy : « vœu » guyanais et « défi » martiniquais

Pour sa part, Alfred Marie-Jeanne veut forcer le destin. Il sait la volonté de Nicolas Sarkozy d’aller vite en besogne, il tente de mettre ce dernier dans l’embarras par sa demande commune avec les élus de la Guyane. Ainsi, il n’hésite pas à imposer sa stratégie aux Guyanais comme si ce qui est bon pour la Martinique était nécessairement bon pour la Guyane. En réalité, ce mariage de la carpe et du lapin sert à instrumentaliser les Guyanais. Sur RFO Guyane le président de la région de la Guyane déclare exprimer, dans le calme et la sérénité, un simple vœu de report des dates d’échéances prévues. En revanche, dans un état d’excitation qui a surpris les Guyanais, le président martiniquais a adressé un véritable défi au président de la république. Quatre signatures, donc, qui, en bas d’un même document, ne signifient pas la même chose. Cela prouve, une fois de plus, que les écrits réussissent rarement à exprimer les vraies intentions : le 74 guyanais n’a rien à voir avec le 74 martiniquais. Les deux DFA n’ont pas le même objectif. L’un veut mettre en place une méthode de gestion en vue du développement économique de la Guyane tandis que l’autre veut inscrire la Martinique dans une dynamique de rupture considérée par certains comme l’amorce d’une véritable sécession.

Combat ouvrier, le PKLS et le GRS se veulent en avant du MIM

Serge Letchimy attend sans doute de connaître la question qui sera posée avant de partir en campagne. Ce serait également la position du Renouveau de Ste Marie. Pendant ce temps le débat fait rage au sein du parti socialiste. Après avoir apporté à Claude Lise le vote sinon l’adhésion des élus socialistes, il ne réussira certainement pas à lui apporter le parti sur un plateau. Pour certains élus du RDM, l’effet boomerang du retour de « calottes » pourrait avoir commencé. Enfin, Combat ouvrier, le PKLS et le GRS, grâce à leur discours radical, apportent une aide indirecte mais pas forcément involontaire aux partisans du 74. En réalité, ces groupuscules d’extrême-gauche ne sont pas en opposition avec le MIM, ils se veulent simplement en avant du MIM et de ses satellites. En s’affirmant comme les seuls vrais indépendantistes, ils arrondissent les angles séparatistes de leurs amis et les rend plus présentables face à un électorat méfiant. Mais, en cas de victoire du OUI au référendum, ils seraient sans doute parmi les premiers à sabler le champagne colonial. Voire. S’il croyait en une issue favorable du projet, ils se seraient déjà certainement joints au rassemblement d’AMJ.

Yves-Léopold Monthieux

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Un commentaire

  1. byron

    7 septembre, 2009 à 22:13

    Examinons l’exposé des motifs figurant dans la déclaration politique du 4 septembre des exécutifs de Martinique et Guyane, pour justifier l’accession à l’article 74 :

    1er motif : le système mono départemental est préjudiciable à l’efficacité des politiques locales en raison des enchevêtrements de compétence :

    - les DOM sont les moins « enchevêtrées » : les régions métropolitaines comportent de 2 à 8 départements, ce sont elles qui sont le plus concernées par ce problème. De plus la Réunion a réglé le problème ….
    - L’article 72 de la constitution précise : «.. lorsque l’exercice d’une compétence nécessite le concours de plusieurs collectivités territoriales, la loi peut autoriser l’une d’entre elles ou un de leurs groupements à organiser les modalités de leur action commune ». Qui a jamais utilisé cette possibilité ?
    - Alors pourquoi remettre sur le tapis notre statut législatif acquis de haute lutte, alors que le projet Balladur va répondre globalement à ces problématiques ? Tout ce qui vient de Paris est-il donc devenu insupportable, parce que le pouvoir en place est de droite ?

    2ème motif : « un renforcement de la capacité d’initiative des peuples concernés et de la capacité à agir de leurs représentants légitimes » est nécessaire « pour mettre en œuvre un nouveau modèle de développement … endogène, durable, et créateur d’emploi » :

    - à ces affirmations solennelles ne correspond aucune recherche spécifique, aucune projection stratégique, pouvant laisser penser que le remède « à tous maux » proposé (art74) constitue une condition sine qua non de leur mise en œuvre.
    - le SMDE et l’agenda 21, toujours invoqués pour faire croire qu’il s’agit de programmes de développement, n’en ont aucune des caractéristiques : aucune programmation de mise en œuvre n’a été élaborée.
    - il est impossible de citer en exemple un seul pays d’outre-mer ayant suivi la voie de l’autonomie et qui aurait démontré les vertus attribuées à ce statut.

    3ème motif : « le cadre institutionnel actuel a désormais atteint ses limites »

    Les possibilités d’initiative locale offertes par la constitution n’ont volontairement pas été utilisées par les pouvoirs locaux (art 72 – art 73 – propositions de lois – regroupement d’instances politiques distinctes).
    Les exemples de la Réunion (région monodépartementale) et de Mayotte (département d’outre-mer récemment créé) illustrent sans équivoque le CARACTERE PUREMENT IDEOLOGIQUE DES PROPOSITIONS DES COLLECTIVITES DE MARTINIQUE ET DE GUYANE

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