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- A propos du débat autour de l’accession à un statut de COM

Charles RANOArticle 74 = Autonomie

Charles RANO

Le débat est, me semble-t-il, lancé. Mais quel débat ? Et autour de quoi ? L’article 74 ? Au moins la population martiniquaise, sollicitée pour la deuxième fois, aura tout compris. Cependant la peur de prononcer le mot autonomie par les élus en dit long. Alors, pour mieux embrouiller les esprits de leur « peuple », ils remettent en concurrence l’article 73 et l’article 74. Le député-maire de Fort-de-France dit qu’il ne prendra pas position entre l’article 73 et 74. Pourquoi cette hésitation  alors qu’il est élu de la République française, assis dans un fauteuil feutré de parlementaire lié au droit commun de l’article- 73 et qu’il sait tout le bien qu’il lui apporte, à lui et à ses électeurs foyalais, depuis soixante ans ?

La population martiniquaise assiste à une deuxième farce en cinq ans. La première, c’était un « toilettage », disait le Président du Conseil Général, en tandem avec quelques malins de la fac de droit. Il ne s’agissait pas d’une accession à un statut affirmaient-ils. En définitive, aucun d’eux ne savait de quoi il s’agissait. Mais par crainte de la vérité, et surtout de peur d’être ridiculisé devant la population martiniquaise ils ont fui le débat qui leur était proposé par le professeur de droit, Madame Le Pourriet venue de Paris, leur ancienne collègue de l’université des Antilles Guyane à la Martinique. C’était tout simplement le Chat en sac.

Le Président de la Région, (député de la République française, président des régions ultrapériphériques de l’Union européenne) a déclaré : « On ne m’y reprendra pas deux fois ».

 On peut penser qu’il imagine que ceux qui ont dit non en 2003 l’ont fait contre sa personne (haute idée de soi oblige !) N’est-ce pas un début du culte de la personnalité ? Non monsieur ! Le « chat en sac » ne vous visait pas. Il s’insurgeait contre une loi surprise, la loi organique. En refaisant un deuxième congrès pour l’autonomie -art 74- le danger s’accentue malheureusement. Pourquoi ? Parce que la Martinique n’aura plus un chat en sac mais un tigre en sac beaucoup plus dangereux qu’un chat. Car, cette fois-ci encore, la loi organique qui nous dictera l’organisation de l’autonomie nous mettra vraiment devant toutes nos responsabilités financières, sans les dotations que nous percevons dans le droit commun en tant que département, et citoyens européens. Les élus n’osent pas le dire mais, c’est une réalité. L’article 74 c’est également la sortie du droit commun, ce droit dont nous jouissons grâce à Aimé Césaire depuis 1946, et que nous perdrons avec tout son cortège d’acquis en tout genre.

 

En 2003, les autonomiste et prof de droit disaient que nous garderions l’identité législative, c’est-à-dire toutes les lois et règlements pris par le Parlement et qui s’appliquent de plein droit dans les DOM. Avec l’autonomie selon l’article 74, aucune loi ne s’appliquera plus automatiquement. Ce seront des lois d’exception, ou express, et des conventions puisque nous entrerons dans la spécialisé législative, (ce qui veut dire uniquement et spécifiquement pour). La présence de l’Etat et celle de l’Europe seront beaucoup moindres : il ne faudra plus s’attendre à continuer de percevoir les fonds de l’Etat -nous dépendrons du Président du territoire de la Martinique et des fonds qu’il pourra trouver, tout en sachant que notre île cumule un déficit d’exportation abyssal, au bénéfice d’une importation colossale de près de 80% de notre consommation.

Les COM ou Collectivités d’Outre-Mer, que les élus martiniquais veulent nous voir intégrer, ne bénéficient pas des fonds européens à taux plein comme actuellement les DOM. La Martinique entrée dans l’article 74, donc dans l’autonomie, deviendra un PTOM ; elle ne sera plus qu’associée à l’Union Européenne. Si les élus, par naïveté, croient qu’ils garderont les mêmes rapports avec l’Europe, ils se trompent gravement. Perdre le droit commun de la France, Etat membre de l’Union Européenne, ne garantit plus, d’office, la possibilité de rester dans l’article 299-2. L’Union Européenne nous obligera comme la partie Hollandaise de Saint-Martin, Sint-Maarten, à devenir PTOM régi par l’article 299-3. Ne cherchons pas à bercer la population dans l’irréalisme, mais disons-lui la stricte vérité qui nous tombera dessus sans que nous puissions inverser la logique politique.

Un certain Congrès le 18/12/2008

Ce congrès a eu lieu uniquement pour créer un statut d’autonomie déguisé en assemblée unique. Je reviendrai sur ce mot qui ressemble fort à une ratière bien tendue en période de Pâques, congrès ou la démonstration autoritaire s’est confirmée pour ceux qui en douteraient toujours. On y a vu le chef, le sous-chef, les acolytes et les malheureux sans-grade, quasi réduits au silence. La Martinique a assisté à un show où les opposants se sont vu refuser d’autorité tout ce qu’ils demandaient ou proposaient. Il a même fallu que le Député Maire de Fort-de-France exige un temps mort pour que nos tous gentils élus aillent au petit coin. N’est-ce pas lamentable de voir considérer nos élus, ceux qui nous représentent, comme des écoliers qui demanderaient encore la permission au maître.

Dès l’ouverture le chef indépendantiste annonce sa couleur : l’article 74 règlera la vie quotidienne martiniquaise. Très rapidement, il a exigé de passer au vote pour ou contre l’autonomie, soit pour ou contre l’article 74. Il y a eu trois votes dont le deuxième ressemblait fort à un traquenard contre la population, et peut-être même à une supercherie. Pourquoi, me direz-vous ? Il s’agissait de voter pour ou contre une assemblée unique, ce qui était un vote inutile puisque, dès le premier vote, une majorité avait accepté l’autonomie dans l’article 74. Le deuxième vote devenait dérisoire et inutile. Le territoire français régi constitutionnellement par l’article 74 ne comporte jamais deux collectivités, mais toujours une assemblée territoriale qui ne s’appelle jamais assemblée unique. L’autonomie élimine d’autorité la région et le département, remplacés par une assemblée territoriale.

Quand on parle d’assemblée unique, il s’agit ni plus ni moins d’une seule assemblée mais pas d’autonomie selon l’article 74. Cependant, une assemblée unique, possible dans l’article 73, permettrait d’éliminer les compétences partagées, ou les doublons ; c’est ce que la commission Balladur met en place en ce moment à la demande du Président de la République, pour régler ces dysfonctionnements des collectivités de l’ensemble des départements du territoire français. Les élus autonomo-indépendantistes martiniquais, avides de pouvoir politique personnel, se sont jetés à l’eau sans bouée de sauvetage pour une autonomie dont ils ignorent totalement les tenants et les aboutissants puisqu’ils spéculent sur les minuscules territoires et ex-communes du nord de la Guadeloupe devenues autonomes en février 2007, ce qui est un peu court pour juger l’exemple valide et concluant. Tout ceci dénote une certaine inconscience de nos élus qui n’ont vécu que dans le velours français. Saint-Martin n’est pas un exemple sur lequel il faut s’appuyer.

La population martiniquaise est beaucoup plus avertie que ses élus parce qu’elle peut voyager et qu’elle voyage beaucoup. Vouloir lui faire avaler cette pilule faussement dorée de Saint-Martin n’est pas très futé. Nous savons tous qu’à Saint-Martin il n’y a rien. L’île est dépendante à 100% des importations de la métropole, de la Guadeloupe, et de la Martinique. La mortalité infantile y est forte. La population dépendra toujours des infrastructures de santé de la Guadeloupe et de la Martinique car elle ne pourra jamais offrir les mêmes soins que les deux départements antillais. Le problème, c’est qu’il faudra que leur collectivité assure financièrement, et, vu le coût des soins dispensés dans les CHU des Antilles Saint- Martin souffrira énormément. En ce mois d’Aôut 2009, les dirigeants de cette collectivité ont besoin de 400 millions d’euros pour refaire les installations d’hygiène et les infrastructures sanitaires. Ils ne les ont pas, et l’Etat n’est pas pressé pour faire ces cadeaux. Alors de grâce, contentons-nous de compatir pour Saint-Martin qui va découvrir les surprenantes suites de son choix statutaire et gardons nous de l’envier ou de la suivre.

Les élus martiniquais sont d’une naïveté effrayante. Car en voulant prendre exemple sur Saint-Martin, qui deviendra à n’en pas douter PTOM (Pays et Territoire d’Outre-Mer) ils démontrent qu’ils sont hors des réalités de l’autonomie. Restons sur Saint-Martin, avec les visites de son ex-président, Louis Constant Fleming, dans plusieurs ministères durant soixante jours, à Bercy, à l’Intérieur, à l’Outre-Mer , à la Justice, à l’immigration, pour solliciter de l’aide, invoquant le statut de RUP que lui a accordé le gouvernement, sans connaître la limite. Il dit « Maintenant que Saint-Martin est sortie de la Guadeloupe, on s’aperçoit que proportionnellement, la situation à propos de l’immigration est aussi catastrophique qu’à Mayotte, ou en Guyane ». Il découvre, un peu tard, une fois devenu autonome, certaines réalités. Et ces découvertes surprenantes vont se multiplier … Il est inquiet pour ses futurs relations avec l’Union Européenne, et il a raison. Malgré une partie du droit commun dont il bénéficiera en attendant le sort que lui réservera le traité simplifié de l’Union Européenne, il rejette l’idée de devenir comme sa jumelle Sint-Maarten, il veut négocier un statut spécial avec la commission européenne. Cela veut dire que ce qu’il croyait possible avant la loi organique fixant son autonomie l’inquiète, après coup, sérieusement. Et il a de quoi, car pendant sa tournée de supplications dans les ministères, il s’est rendu à l’Elysée. Mal lui en a pris. Il s’est entendu dire et même lui rappeler que le statut de RUP signifiait aussi « des contraintes ». Ce sera difficile pour la nouvelle collectivité de Saint-Martin d’avoir le beurre, (l’argent du beurre) et la fermière. Comprendre qui pourra.

Saint-Martin, un leurre.

L’exemple réel que veulent suivre les élus autonomistes, et surtout les indépendantistes c’est, semble-t-il, celui de la Polynésie française, puisqu’ils exigent le maximum de pouvoir autonome. Il faut savoir pourquoi : tout simplement parce que cette collectivité d’outre-mer dispose dans son statut d’une assemblée territoriale, avec, à sa tête, un Gouvernement, un président et des ministres. Voici, sans doute, ce que veulent nos élus. Mais ce qu’ils veulent ignorer, c’est que cette région autonome est ingouvernable :les renversements de gouvernement se multiplient à vitesse grand V. A cette allure-là, c’est la moitié des Polynésiens qui deviendront président ou ministre, un jour ou l’autre ! C’est l’instabilité politique totale. Les lois organiques s’accumulent sans que rien n’y fasse. Ce qu’il faut également savoir c’est que leur statut peut évoluer sans que les Polynésiens soient consultés. Reportez -vous à la Constitution où Lionel Jospin, alors premier ministre, avait concocté un nouveau statut par un article 98, puis l’a retiré. Ceci fait la démonstration que tout peut se faire par une loi dans l’autonomie.

Les élus martiniquais adorent le négatif. Ils devraient se retourner sur les élus de Mayotte et de notre île sœur la Guadeloupe. Mayotte qui vit douloureusement dans la spécialité législative se bat pour devenir département à notre place et sera consultée en 2009 ou 2010, parce que sa position de semi- autonomie fait qu’elle ne bénéficie pas du droit commun dans lequel nous nous berçons depuis 1946. Seraient-ils plus judicieux que nos élus ?

Prenons aussi le cas de la Guadeloupe qui est dirigée à la Région, je le rappelle, par un député socialiste, donc un homme de gauche. Il n’a pas eu besoin d’être un élu de droite pour apprécier la réalité des Antilles françaises dans le droit commun français. Pour ceux qui l’ignorent, je rappelle que depuis la consultation de 2003, le Congrès de la Guadeloupe s’est réuni sept fois pour harmoniser les compétences des deux assemblées et travailler pour l’économie de la Guadeloupe. Leur septième congrès qui s’est tenu juste avant celui de la Martinique ne comportait pas, dans son ordre du jour, la question d’autonomie. La Guadeloupe ne refera pas une nouvelle consultation pour accéder à un statut d’autonomie. Le Député Président de la Région Guadeloupe est un vrai démocrate parce qu’il refuse de remettre en cause la décision du suffrage universel de sa population qui s’est manifesté dans les urnes le 07 décembre 2003.

Les Guadeloupéens assistent à la descente de l’ex-commune Saint-Martin qui continue à puiser dans les caisses de leur île, puisqu’il n’existe pas de CGSS, de CAF, d’assurance maladie, de code du travail. Tout passe encore par la Guadeloupe, pour l’instant, mais Victorin Lurel commence à faire savoir que cela ne pourra perdurer. Selon lui, c’est à l’Etat d’assumer l’autonomie de cette nouvelle collectivité ; il refuse de continuer à verser une part de son octroi de mer à Saint-Martin (ce que ne perçoivent pas non plus les autres régions dotées de la spécialité législative, et ce qui sera le cas d’une Martinique devenue autonome). La nouvelle collectivité dotée d’un conseil territorial, devra assumer tant bien que mal son destin, qu’elle a choisi démocratiquement, dès que sa fiscalité propre –son système de taxes et d’impôts- sera mise en place. Elle devra trouver l’argent de son fonctionnement dans les poches des habitants.

Que doivent imaginer les élus de la Martinique s’ils accédaient à leur autonomie ? Car notre île n’est pas Saint-Martin (53,20 Kms²- 40.000 habitants) La Martinique avec ses 1.100 Kms² est plus de vingt fois plus grande avec une population de 400.000 habitants, soit dix fois plus. Son autonomie tant souhaitée par les élus pourra-t-elle absorber le flux énorme de diplômés et de non diplômés qui arrivent chaque année sur le marché de l’emploi ? C’est déjà impossible dans le droit commun français. Alors, messieurs les autonomistes et indépendantistes, avez-vous la solution ? Une solution qui ne ferait pas chuter le niveau de vie pour l’aligner sur celui de la Caraïbe ? Bien sûr que non. Même en jetant les quelques métropolitains qui travaillent dans notre île -dont une bonne partie a épousé des Martiniquais. Que comptez-vous faire ? Avez-vous la solution pour les salaires des ouvriers agricoles ? Par quels moyens pensez-vous remplacer la CAF et les nombreuses allocations en tout genre ( prise en charge de la vieillesse, des handicapés, aide aux familles, assurance chômage, unédic, assédic, CMU, RSA …etc.) Il existe en Polynésie et en Nouvelle-Calédonie ce qu’on appelle la caisse de prévoyance, qui ne peut assurer toutes les prises en charge de la protection sociale. Vous en inspirerez-vous ? Serait-ce satisfaisant ?

Il ne s’agit pas, pour nous Martiniquais, d’avoir un roitelet et des ministres assis sur un trône et de croire que nous allons accepter les jérémiades et les multiplications d’impôts indirects, les nombreuses taxes que vous serez obligés d’appliquer en remplacement des nombreux transferts de fonds venant de l’Etat et de l’Union Européenne. Le président de la nouvelle collectivité sera dans l’obligation d’imposer une fiscalité d’enfer. Le choix de l’autonomie que vous avez fait le 18/12/2008 sera accompagné du revers de la médaille. Ce choix de l’idéologie politique est un risque non calculé. A moins que l’intelligence de notre population, rejetant votre demande d’autonomie lors d’une prochaine consultation, ne vous sauve d’une catastrophe annoncée.

Les demandes d’autonomie des élus se bornent à nous répéter sans cesse qu’il faut plus de pouvoirs alors qu’ils en ont à foison et qu’ils sont dans l’incapacité d’agir. De toute évidence, ils se montrent défaillants. Politiquement et juridiquement ils peuvent tout faire : les adaptations, les referendums locaux, l’expérimentation, les dérogations  et beaucoup plus. Ils disposent, sans en user, du pouvoir normatif, c’est-à-dire qu’ils peuvent appliquer nos propres normes sur place, grâce à la décentralisation. Tout cela est dans l’article 73. Le lecteur intéressé pourra se reporter à l’ouvrage de la documentation française L’outre-mer français, la nouvelle donne institutionnelle  parachevé par l’allocution de l’ex ministre de l’outre-mer Brigitte Girardin. Dans cet ouvrage on démonte l’étendue des pouvoir dont disposent les élus des Antilles Guyane, donnés par la révision constitutionnelle du 28/03/2003. Je cite un passage des explications d’un des professeurs qui a contribué à l’élaboration de cet ouvrage.

Il s’agit de monsieur André ROUX professeur à l’institut d’études politiques D’Aix-en-Provence

« Le pouvoir normatif »

L’article 73 alinéa 3 prévoit que par dérogation au principe d’assimilation législative et pour tenir compte de leurs spécificités, départements et régions d’outre-mer peuvent être habilités à fixer eux- mêmes les règles applicables à leur territoire dans un nombre de matières pouvant relever de la loi. Cette possibilité n’existait avant la révision de 2003 qu’au profit des TOM. C’est-à-dire qu’il s’agit d’une innovation considérable. Il ne s’agit plus là en effet de simples transferts de pouvoir d’adaptation et lois ou de règlements nationaux mais de véritables pouvoirs normatifs, puisque les collectivités de l’article 73 auront, après habilitation législative la possibilité d’édicter des règles dans le domaine de la loi, autrement dit, dans des matières qui relèvent de la compétence de l’Etat et non plus de celles de la collectivité ».

Des demandes quasiment anti- constitutionnelle

On a entendu pendant et hors congrès, un certains nombre de propositions stupides qui ne pourront être acceptées par le Conseil constitutionnel. J’espère que certains de nos élus éviteront de se montrer ridicules à l’Assemblée nationale. Mais franchement ce que j’ai pu entendre et lire me navre. Quelques exemples : dans Le Monde du jeudi 20/08/1981, notre poète et député de la République française monsieur Aimé Césaire, député apparenté socialiste de la Martinique, Maire de Fort-de-France a déclaré, après la victoire de M. François MITERRAND que l’ « ordre du jour » n’était plus l’indépendance mais l’« autonomie pour la nation martiniquaise ». Son successeur à ses deux postes reprend en boucle le même propos « l’autonomie de la nation martiniquaise ». Depuis quand une nation vivrait-elle à l’intérieur d’une autre nation ? Cela n’existe pas dans la Constitution française.

Juste avant le congrès du 18/12/2008, dans une émission sur RFO « Parole donnée », le président des maires, autonomiste, réclame une autonomie avec une carte d’identité portant les mentions République française, département, et région. Il exige de plus, les compétences cumulées de la Polynésie et de la Nouvelle-Calédonie. Cela ressemble fort à de multiples cadeaux que le père noël devra mettre dans sa hotte. Là encore, les parlementaires qui entendraient de tels propos seraient fort étonnés et amusés par tant d’inconséquences. Quant au Conseil constitutionnel il se poserait vraiment des questions sur notre sérieux à mener les affaires dans une autonomie. Selon le souhait du président des maires de la Martinique, il aurait voulu à la fois cumuler l’ensemble du régime du doit commun, le régime de la Polynésie, et celui de la Nouvelle-Calédonie donc les articles 73/74 et 77, à la fois le titre XII et le titre XIII de la Constitution ! Hé bien non ! Il y a des limites dans la Constitution de la République française. Le 18/12/2008, toujours durant ce congrès, un parlementaire, dans son intervention, semblait vouloir sauvegarder les acquis de 1946 et il a souhaité que, lors d’une révision constitutionnelle en congrès du Parlement à Versailles, ses demandes soient constitutionalisées. C’est-à-dire qu’il soit inscrit que l’autonomie de la Martinique jouisse de plein droit de tous les acquis dérivant du droit commun notamment les acquis sociaux !

Les élus du congrès vont également très loin dans l’anti-constitutionalité quand certains ont fait allusion à la possibilité de choisir des petits morceaux d’une partie du droit commun en allant dans l’autonomie. Ce qui voudrait dire qu’ils transmettraient leurs résolutions au Gouvernement après avoir sélectionné ce qui leur conviendrait, comme des consommateurs dans un catalogue de vente. Je leur confirme que le droit commun accordé momentanément à Saint-Martin ne sera pas accordé à notre île. Ils se trompent gravement s’ils comptent là-dessus. Si cette Collectivité a obtenu cette espèce de cadeau, c’est parce que le Conseil Territorial élu de Saint-Martin est en majorité UMP. Il suffira qu’en 2012 les socialistes reviennent au pouvoir -ou lors d’un vote si cette COM vire à gauche sous un gouvernement de droite- pour que le droit commun momentané dont elle profite soit annulé rapidement. Ils peuvent toujours rêver, faire des châteaux en Espagne … Tout est possible, comme disait un candidat, avant les présidentielles. La réalité montre le contraire.

Lors de ce fameux congrès certains se sont vus élus historiquement premier président du territoire autonome de la Martinique. Entrer le premier dans cette histoire, ce serait fabuleux pour celui-là, mais catastrophique pour la population accablée de promesses illusoires, depuis l’année 2000. Le réveil sera à n’en pas douter un cauchemar. Mais tant pis ! Les élus du congrès n’en ont cure. S’ils pensaient autrement, ils commenceraient par respecter le vote des Martiniquais du 07/12/2003 comme le font les élus de Guadeloupe.

J’ai le sentiment que la démarche du congrès des élus martiniquais entre comme un gant dans les projets de l’Etat actuellement. D’ailleurs la première réaction d’Yves JEGO fut immédiatement celle-ci « Oui le Gouvernement consultera les Martiniquais, ils trancheront ». C’est on ne peut plus clair. Il prévient que notre île bénéficiera de moins de fonds de l’Europe et de l’Etat. Qui pouvait en douter ? Ceux qui affirment le contraire, mais pas la population. Je trouve qu’il a été modéré sur la vraie réalité de l’autonomie. Il suffit de noter qu’en 2008, le président de la Polynésie, Gaston TONG-SANG et le roi des WALLIS & FUTUNA sont allés l’un après l’autre à l’Elysée quémander des fonds pour développer leur économie, alors qu’ils sont autonomes depuis toujours. Je me pose la question « Qu’allons-nous faire, nous Martiniquais, dans une autonomie sans la moindre perspective d’amélioration de la vie quotidienne des nôtres ? N’est-ce pas le suicide dont parle M. le Premier Ministre Michel ROCARD ? C’est carrément édifiant.

Propos de Michel ROCARD, ancien premier Ministre socialiste de FRANCOIS MITTERRAND

Mardi 9 janvier 2007 à Paris, sur la chaîne France O

Le mardi 9 janvier 2007, sur TEMPO, chaîne dédiée aux ultramarins de Paris et de l’outre-mer, lors d’une émission télévisée où Monsieur Michel Rocard était l’invité, le journaliste martiniquais Serge Zobéide, muté à la REUNION, posa en direct de l’île Bourbon, une question très pertinente, et d’actualité aux Antilles- Guyane. Nul doute le journaliste s’inquiétant de la volonté d’évolution institutionnelle des autonomistes et indépendantistes martiniquais et Guyanais, voulait savoir ce que pensait l’ancien premier ministre socialiste de l’avenir institutionnel des DOM. « Monsieur Michel Rocard, en tant que premier ministre socialiste de François MITTERRAND, que pensez vous de l’avenir institutionnel des DOM ? »

La réponse fut directe et sans ambiguïté : C’était un NON catégorique à tout changement institutionnel, et le premier ministre poursuit : « L’intérêt des DOM, c’est de rester dans le droit commun français, donc département. Les DOM disposent de tout un arsenal pour se développer. L’autonomie est un problème ». Il conclut ; « Voyez la Nouvelle- Calédonie. Elle a 30% de chômeurs ». 

Je précise que pourtant la Nouvelle-Calédonie dispose d’énorme richesses minières. Mais avant cette réponse, l’ancien Premier ministre de François Mitterrand avait sorti une phrase qui prenait tout son sens à propos du refus des populations de la Guadeloupe et de la Martinique, quand il lança : « Les Antilles française ont refusé de sauter par la fenêtre ». Je suppose qu’il n’a pas osé dire que les Antilles françaises ont refusé le suicide collectif ; mais c’était le cas le 07 décembre 2003, et l’histoire risque de se répéter aux Antilles à cause d’un orgueil mal placé, et d’egos surdimensionnés des élus antillo-guyanais. Pour la première fois en Guyane une consultation aura lieu sans doute puisque leur congrès des élus a eu lieu et ils demandent un statut d’autonomie sui generis. On verra ce qu’en pensent les Guyanais.

Je souhaite que les Martiniquais, et les Guyanais suivent les recommandations de Monsieur Michel ROCARD, qui sait, lui, de quoi il parle, puisque les accords de Matignon conduisant la Nouvelle-Calédonie sur la route de l’indépendance ont été conclus sous sa responsabilité. Ses propos sans détour invitent les Antillais et Guyanais à ne pas commettre l’irréparable. Ses sages paroles en direction des Antilles Guyane sont un constat, un avertissement réaliste et gravissime, à prendre très au sérieux. Pour conclure, « les meilleurs spécialistes des affaires des Martiniquais sont les Martiniquais » : ils ont déjà dit non à toute évolution vers un statut. Il faut accepter ce non et arrêter de trahir la démocratie.

Charles RANO

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