- Miguel Laventure SG des FMP : « Assurons un pas… »

1 juillet 2009

Non classé

Entretien : Louvinia Valat et Gabriel Gallion (France-Antilles Martinique 30.06.2009 )

Le secrétaire général des Forces martiniquais de progrès et vice-président du Conseil régional, Miguel Laventure, nous explique comment sa formation politique envisage la consultation annoncée des électeurs sur l’évolution statutaire de la Martinique. Sur le modèle d’une collectivité unique régie par l’article 73 de la Constitution comme, peut-être, première étape avant l’autonomie, il ne considère plus tabou un rapprochement stratégique et objectif avec le Parti progressiste.

Le président de la République a défini un cadre et annoncé une consultation. Il répond aux attentes des FMP ou il se contente de surfer sur la vague du congrès ?

Le congrès s’est réuni. Il a pris des positions, il a bouclé son travail. Les deux assemblées vont se réunir dans les prochains jours pour la traditionnelle validation. Mais il n’y aura plus de production nouvelle. À partir de là, le président de la République a dit que la consultation, qui est le prolongement normal du processus, interviendra. Nous souhaitons qu’elle intervienne très vite car il faut que les Martiniquais disent ce qu’ils en pensent. Nous considérons que l’interrogation doit être ouverte. Le président de la République a dit qu’il y avait plusieurs possibilités : le statu quo, la collectivité unique dans l’article 73 et la collectivité autonome de l’article 74. Nous souhaitons, comme il le dit lui-même, que nous ayons un vrai choix.

Nicolas Sarkozy s’est tout de même livré à une explication de texte de l’article 74 et souligné qu’il ne fallait pas tomber dans la « caricature et les fausses informations destinées à provoquer des peurs irrationnelles de la population » …

Quand le président de la République dit qu’il faut préciser les choses, je pense qu’il s’adresse à tout le monde. L’information est susceptible d’être organisée partout le monde. Mais ce qu’il ne faut surtout pas, c’est paralyser l’activité de la Martinique. On comprend bien que les acteurs économiques, sociaux, administratifs sont dans l’attente de savoir ce que demain sera. Parce que pour se projeter, il faut savoir dans quel cadre on va le faire. Donc, de notre point de vue, il est assez urgent de définir ce cadre. Et si le président de la République a choisi d’y consacrer tout un discours, de laisser à chacun la possibilité de se déterminer dans la perspective d’une consultation, il ne faut pas que ce soit à un horizon anormalement long, anormalement différé.

Le président de la République a quand même répété, à plusieurs reprises : « c’est la fin du statu quo ».

Notre position c’est que ce statu quo aurait, dû être dépassé en 2003. Et ce que nous proposions déjà de dépasser en 2003 peut bien sûr se faire en 2009 dans le cadre de l’article 73 avec les compétences du Département et de la Région avec l’habilitation que leur confèrent la Constitution et toutes les audaces que l’on peut imaginer pour faire toutes les adaptations nécessaires. C’est ce que le président de la République a nommé « le pouvoir normatif » . On peut faire tout ça très vite, dans le cadre d’une consultation qui permette aux Martiniquais de se positionner dans les mois qui viennent.

C’était déjà le projet 2003. Qu’est-ce qui a changé depuis ?

Non, le projet 2003 avait une particularité – ô combien illustrée par l’expression « chat’ an sak » – c’est que les compétences n’étaient pas exprimées, le mode de fonctionnement non plus. Le mode d’élection de l’assemblée faisait débat. Aujourd’hui, nous continuons à vouloir une collectivité unique, dans le dispositif de l’article 73 qui peut se mettre en œuvre sans préalable et sans danger.

Est-ce que l’évolution, que vous proposez, correspond au « juste degré d’autonomie » évoqué par le président de la République ou juste une étape avant une autonomie plus importante ?

J’ai envie de dire : « assurons un pas » pour faire écho à un grand homme martiniquais qu’on a célébré vendredi. La question de l’autonomie il faut se la poser. Il existe profondément deux manières de concevoir l’autonomie. Il y a l’autonomie d’appartenance dans laquelle le souci est d’avoir la meilleure capacité d’agir parce qu’on est plus proche du terrain tout en appartenant à un dispositif politique C’est ce qu’on appelle décentralisation dans certains cas. Les provinces autonomes d’Espagne sont dans une autonomie d’appartenance, elles ne cherchent pas à sortir du dispositif. D’un autre côté, il y a l’autonomie de différenciation, voire de rupture. Dans ce cas, on dit qu’on ne fait pas partie d’un ensemble et qu’on n’a peut-être pas vocation à en faire partie. Et cette autonomie veut prendre de la distance. Les Martiniquais ont envie d’exercer le plus complètement possible la responsabilité locale, quelles que soient les familles politiques. À Forces martiniquaises de progrès, nous souhaitons exercer la responsabilité locale, nous souhaitons être les acteurs de notre développement.

C’est la première fois qu’un FMP dit qu’il est « autonomiste » !

Il faut éviter le piège des mots. Ce que nous disons, c’est que le mot « autonomie » peut être ambigu. Selon ceux qui l’utilisent, le contenu du mot varie. Quand le président de la République parle de l’autonomie du représentant de l’État sur place, il est évident qu’il ne s’agit pas d’une autonomie de rupture ou de différenciation. C’est au contraire la capacité de pouvoir agir au plus près, mais dans le souci que l’appartenance s’exerce de la manière la plus efficace possible.

Les FMP vont-elles se positionner pour qu’on maintienne une collectivité unique dans l’article 73 ou pourraient-elles se laisser glisser vers une autonomie d’appartenance ?

Nous disons qu’il faut tenter le pari de la responsabilité. Il faut le tenter sans risque et sans danger, en ayant le maximum de garanties et de sécurité. A travers tout ce qui est envisageable comme évolution, nous devons nous demander : pouvons-nous avoir la certitude de la pérennité de la valeur égalité en toutes matières et en tout temps ? Pouvons-nous avoir la certitude des mécanismes démocratiques ? Si on n’y prend garde, la démocratie peut être dévoyée. Enfin, nous devons nous poser la question de la performance et du développement. Tout ceci ayant comme finalité que l’Homme, le Martiniquais, s’épanouisse. Faire en sorte que la perspective du développement soit mieux garantie que dans le système qu’on laisse. Nous ne sommes pas dans l’esthétique intellectuelle! Nous sommes dans une responsabilité d’acteurs politiques.

Qu’est-ce qui fera la différence entre les FMP, le PPM, le RDM et le MIM ?

La différence entre ces formations politiques est fondamentale. Le RDM et le MIM disent : « basculons dans le 74 » . Nous, nous disons : « organisons, aménageons le dispositif, faisons-le évoluer dans le cadre de l’article 73 ». Aujourd’hui, la différence avec le PPM est liée à des questions de perspective. J’ai compris qu’il proposait qu’on aille tout de suite dans un dispositif qui regroupe Département et Région dans l’article 73, avec le pouvoir normatif renforcé dont le président de la République a parlé, et que nous souhaitons nous aussi. Mais il dit : cela doit nous permettre de disposer d’un temps (5 ou 6 ans) pour pouvoir aller vers une autre étape. Je n’ai pas la prétention de faire des projections sur un sujet aussi délicat à des horizons que je ne maîtrise pas. Peut-être pouvons-nous trouver un dénominateur commun d’organisation d’une étape immédiate, qui soit conforme à la Constitution.

Vous lancez un appel ?

C’est plus que cela.

Une main tendue ?

C’est en fait le constat qu’avec le PPM, nous avons, sur cet objectif immédiat, des positions qui sont conciliables.

Et l’UMP dans tout ça ?

Si le président de la République a dit que ceci est possible, je ne m’interroge pas sur la position de l’UMP. Ses propos seront illustrés, développés par l’UMP. Je crois qu’il a quand même le leadership sur cette famille politique.

Vous incluez donc l’UMP dans votre appel au PPM ?

Je ne fais pas d’appel, parce que je ne voudrais pas que cela apparaisse comme une manœuvre politicienne. Comme le président de la République l’a exprimé, c’est une question trop importante pour qu’on ait une attitude partisane. Il nous faut dépasser les clivages partisans, pour essayer de trouver le plus grand dénominateur commun, trouver les convergences les plus larges. Et je me dis que si nous ne nous trompons pas dans notre analyse, il y a peut-être là un élément qui permette de faire un pas en avant tout de suite, dont la Martinique aura demain à se féliciter et à tirer profit.

Du coup, est-ce qu’on peut dire que la question de l’évolution de la Martinique vers l’autonomie efface tout ce qui faisait la différence entre la droite et la gauche ?

Non, car comme je viens de le dire, RDM et MIM veulent aller vers le 74 de façon très nette et très immédiate. Aller vers le 74, ce n’est absolument pas la position des FMP. Je crois pouvoir dire que ce n’est pas celle de l’UMP, mais je préfère qu’ils le disent eux-mêmes. Et j’entends le PPM qui dit que nous pouvons faire l’étape de la collectivité unique dans le 73, comme une première modalité d’un processus que nous voulons construire, puisqu’il précise que ce vers quoi il veut aller nécessite un fondement constitutionnel qu’il n’a pas. Je lui fais crédit de ses intentions et je lui fais surtout crédit de son propos indiquant de pouvoir faire sans perdre de temps une étape dans laquelle nous pouvons nous retrouver.

Miguel Laventure, compagnon de route du PPM, c’est désormais envisageable ?

Encore une fois, le sujet dont nous parlons est trop fondamental pour que nous ayons des approches partisanes. Je siège au conseil municipal de Fort-de-France, dans une position qui n’est pas véritablement celle de la majorité. Mais, il faut transcender les appartenances partisanes sur un sujet aussi essentiel. C’est l’intérêt de la Martinique. Et dans notre formation, nous avons pris la position de dire que si les fondamentaux sur lesquels nous nous positionnons sont conciliables avec ceux d’autres formations politiques, nous sommes prêts à faire en sorte que cela serve de socle à l’avancée que nous espérons pour la Martinique.

À propos de evolutionmartinique

Ce blog résulte d’une volonté partagée de ses auteurs d’informer le plus objectivement possible ses lecteurs sans concession, sans langue de bois, sans assujettissement politiques, sans tabou en portant un regard critique et constructif sur notre société, ceux qui la dirigent ou qui font son actualité. Nos principes découlent des valeurs qui nous animent : Ouverture : Indépendance : Liberté : Tolérance et Respect : Le contenu reflète les idées de leurs auteurs dans le respect de chacun, mais aussi de la loi, Une condition impérative s’applique à tous, c’est de de respecter les règles élémentaires de la civilité : les propos injurieux ou outranciers sont évidemment à proscrire. Un modérateur sera chargé de veiller à ce principe incontournable.

Voir tous les articles de evolutionmartinique

Les commentaires sont fermés.

Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus