Accueil Economie Le temps est-il encore au « toujours plus » ?

Le temps est-il encore au « toujours plus » ?

yves leopold monthieux

« Si tous les habitants du globe atteignaient le niveau de vie d’un occidental, il faudrait cinq à six planètes supplémentaires ». En occident où la politique nataliste prévaut encore, cette assertion a du mal à quitter la sphère  écologique tandis qu’elle se rapproche des thèses malthusiennes qui ont conduit certains pays pauvres à limiter la natalité. Malthus estimait que  la croissance démographique est beaucoup plus rapide que la croissance de la production alimentaire. Cette théorie qui fut combattue par les économistes de la société d’abondance n’est pas vraiment réhabilitée.

Tout se passe comme si nous avons du mal à admettre que nous sommes à la croisée des chemins. Et à se poser les questions suivantes : le temps est-il encore au « toujours plus » ? N’est-il pas déjà à la nécessité du renoncement ? Une petite partie de l’humanité peut-elle encore se livrer à une hyperconsommation qui n’est finalement possible que parce que le reste de la planète a faim ? On sent bien que les ré-équilibrages utiles au plan des continents et des nations se heurtent à l’énergie du « toujours plus » qui tarde à prendre en compte l’aspiration des plus pauvres au minimum.

En aspirant à toujours consommer davantage, pourrons-nous continuer à ignorer le monde ?

A la réalité des injustices qui peut laisser froid s’ajoute une réalité beaucoup plus agressive. L’un des pays, naguère du tiers-monde, aujourd’hui « émergeant », qui porte l’aspiration de son peuple au mieux-être, devient le plus puissant du monde. Or seul émerge aujourd’hui la partie visible de l’iceberg. Mais déjà, en raison du développement de son économie, laquelle renforce d’autant sa puissance politique, la Chine tient quasiment le dollar dans ses mains. De surcroît, sa capacité à résister à l’adversité est prometteuse quant à son aptitude à gérer sa puissance montante. Le devoir de ré-équilibrage, qui est aussi incontournable à l’intérieur d’une même société, paraît se limiter en Martinique à l’argument de la pwofitation qui ne cible qu’un élément de l’inégalité sociale. En effet, aucune analyse savante des événements du mois de février dernier ne peut faire perdre de vue que la rue a exprimé d’abord l’aspiration des Martiniquais à consommer davantage. Nous en sommes encore dans la situation ascendante. Pourrons-nous continuer à ignorer le monde ?

C’est inéluctable, il faudra réduire la voilure de notre mode de vie.

On peut s’étonner que cette réalité soit à ce point absente du débat institutionnel.  C’est inéluctable, il faudra réduire la voilure de notre mode de vie. Cette évidence était absente de la rue, elle est totalement étrangère aux Etats-généraux dont on espère plutôt qu’ils performeront le consumérisme. Pour les partisans de l’article 74, ainsi que me l’a affirmé l’autre soir un jeune élu indépendantiste qui a l’air de détenir la bonne pensée, l’autonomie de l’article 74 devrait permettre de mieux encaisser le choc des crises économiques sociales futures. Parole d’indépendantiste, les mesures de restrictions inévitables pourront mieux être appréciées et décidées par un pouvoir local autonome. Les tenants de l’article 73 estiment, au contraire, que si des amodiations doivent être apportées à la situation actuelle, notamment par l’instauration d’une assemblée unique, les difficultés seront mieux appréhendées dans le cadre plus large du droit commun national que dans le périmètre étroit d’un pouvoir local. On objectera à ces derniers qu’il ne faudrait pas confier totalement notre avenir à un pays, la France, que nous pourrions alors accompagner, impuissants, dans sa propre chute. Mais, si l’on se réfère aux insuffisances observées dans leurs fonctions actuelles, on pourra reprocher aux élus leur inexpérience à prendre des décisions difficiles. Mais ces points de vue ont du mal à pénétrer dans le débat. Ils laissent volontiers la place à l’argument-massue des « 74 » : « vous faites peur ». Depuis 6 ans, rien de nouveau n’a été trouvé.

Le résonnement de tambour vient en aide au raisonnement de l’esprit.

Certes, la perspective d’un changement de statut pour des raisons idéologiques, c’est-à-dire celles qui ignorent totalement la motivation économique, ne peut pas manquer d’inquiéter ou à tout le moins interpeler tout citoyen responsable. Alors, au lieu de rassurer avec forces arguments, on utilise la grosse caisse. Vous ne vous interrogez pas, dit-on aux électeurs, vous avez peur. Vous ne vous inquiétez pas, ajoute-t-on, vous avez peur. Et qui vous fait peur ? Les partisans du « 73 ». Cette antienne est commode et dispense de toute réflexion : elle avait failli faire gagner en 2003, on ne désespère pas qu’elle fasse mouche en 2009 ou 2010. Cette méthode intellectuelle douteuse reprend du service, même après que le politologue Justin Daniel, pas tout à fait repenti, il est vrai, a écrit : « … il semble que la peur ait moins d’importance dans l’explication des comportements que le sentiment d’incertitude et de méfiance … » (Le vote de tous les paradoxes : la consultation du 7 décembre 2003 -L’Harmattan novembre 2006).

Allez demander à l’électeur de faire le tri entre inquiétude, incertitude et peur et lui dire qu’il est autorisé à s’inquiéter, pas à avoir peur. Cet argument n’atteste pas de la fiabilité du projet du congrès. Il en faudrait bien d’autres, notamment sur la capacité d’un statut autonome à permettre de faire front aux défis qui s’annoncent et aux renoncements nécessaires. De sorte que le résonnement de tambour vient vite au secours du raisonnement de l’esprit. Il y avait beaucoup de bruit le jeudi 28 mai à Rivière-Pilote, aux Etats-généraux à l’atelier « Gouvernance ».

Yves-Léopold Monthieux

samedi 30 mai 2009

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