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Les échecs de la gouvernance locale

yves leopold monthieux

Ceux-ci n’entrent jamais en ligne de comptes au moment des échéances électorales et ne sont donc jamais sanctionnés par l’électeur. Ainsi il est totalement exclu de faire les comptes de la départementalisation, ce qui nous change de la Guadeloupe qui vient d’éditer un ouvrage sur les 60 années de département. Mais on a déjà vu que la Guadeloupe se distinguait de la Martinique dans un autre domaine, celui des intellectuels.  

Je n’ai lu en Martinique aucune analyse autre que louangeuse à l’égard du pouvoir local ou du collectif de février dernier, étant entendu qu’il ne s’agit nullement de rejeter en bloc les actions de nos responsables politiques et des manifestants du C5F.  

L’exception de la gouvernance des routes. Les dernières intempéries ont révélé la bonne qualité des routes départementales et régionales. La consolidation des bas-côtés au cours de ses dernières années a permis une évacuation des eaux qui a évité bien des dégâts sur les voies. C’est un peu une culture de la route qui s’exprime, dont
Michel Renard avait ouvert la voie. Les voies sont donc sauves, mais les dégâts collatéraux, préoccupants. Les eaux de voiries rejetées en pleine nature ont envahi et imbibé les terres situées en contrebas et fragilisé tous les ouvrages qui s’y trouvent, y compris les habitations. Ces eaux devraient être acheminées jusqu’aux ravins. L’originalité et l’innovation ont cependant manqué. Ainsi dans la pleine de Rivière-Salée et sur l’emprise de la Lézarde en crue, notamment, la route constitue de véritables barrages contre l’écoulement des eaux. La suppression de ces barrages devrait être la principale solution à la protection du centre commercial de Place d’Armes. C’est possible en construisant des voies sur pilotis, comme par-dessus les bayous à New Orléans, l’une des régions les plus pauvres des USA. L’assaupamar s’en plaindrait pas. 

L’exception de la gouvernance locale des écoles. Les collectivités réussissent pas mal dans le domaine de l’immobilier scolaire. Là encore, s’est instaurée une culture qui remonte à l’époque des écoles de Clément Lison, architecte départemental. Mais les innovations technologiques apportées ne sont pas négligeables, notamment en matière de protection contre les risques sismiques. Mais le goût du clinquant nous conduit parfois à sacrifier l’opérationnalité des surfaces ce qui pèse sur les coûts de fonctionnement de ces établissements.

A ces succès relatifs s’opposent d’incontestables échecs.  

L’échec de la gouvernance locale des eaux. La captation de l’eau, son traitement, sa conservation, sa conduite à travers l’île, sa distribution dans les foyers, sa récupération et son traitement après usage ainsi que son rejet dans la nature : tout cela s’appelle la gouvernance de l’eau. Nous en avons l’entière responsabilité. Un haut responsable de la santé affirmait qu’on ne savait pas où se terminait une proportion inquiétante des matières fécales et que cela pourrait être source de maladies. Mais c’est la quasi-totalité des eaux usées hors agglomérations qui pénètre dans le sol, le fragilise et le pollue. Par ailleurs, la gestion de l’eau est le prototype de ce qui est reproché à l’Etat à grand renfort médiatique. Le mille-feuilles est à son comble : cinq ou six organismes dont trois principales bureaucraties pour 400 000 habitants. A travers ces structures on observe que les meilleurs spécialistes ne sont pas martiniquais. 

L’échec de la gouvernance locale de l’habitat et de l’équipement. Les élus sont les bâtisseurs de
la Martinique. Ils font, en toute autonomie, le choix des terres à protéger et celles destinées à l’habitat, délivrent les permis de construire. Ils sont responsables du mitage des terres agricoles et les constructions sauvages. La construction d’une dizaine d’appontements sur des lieux improbables et sans la moindre utilisation est une faute majeure de gouvernance locale. Le plus emblématique est celui du Diamant où jamais un navire n’a pu accoster, pas même à titre d’essai, et au bout duquel il n’est même pas autorisé, pour cause de danger public, à pratiquer la pêche à
la ligne. Tous les millions dépensés à ces vaines réalisations ont manqué à d’autres équipements plus utiles, notamment pour la pêche.  

L’échec de la gouvernance locale des transports. Les collectivités s’abritent derrière les supposées insuffisances statutaires pour expliquer ce qui pourrait être la plus préjudiciable carence des collectivités. Une audace inégalée et vaine avait prévalu quand il avait été question d’organiser les transports vers la métropole avec Air Martinique. Du coup, on est devenu plus que timide pour le transport moins prestigieux mais indispensable des Martiniquais à l’intérieur de leur île. Ainsi, des élus qui obtiennent tout du gouvernement et connaissent toutes les portes dérobées de l’Elysée s’inclineraient avec volupté devant les difficultés concernant les transports publics.  

L’échec de la gouvernance locale des sports. L’échec des sports collectifs est significatif et le foot-ball en est le porte-drapeau. Nous sommes en charge de A à Z de cette discipline qui est présentée comme le navire amiral de la nation martiniquaise. Or depuis trente ans, la Martinique n’a pas eu de titulaire en équipe de France. En effet, au déficit de rigueur en matière de gestion comptable, s’ajoute un échec sportif à ce point important qu’on en vient à regretter de ne pouvoir aligner dans les compétitions régionales des joueurs exercent à un niveau moyen en métropole. C’est le fruit d’une politique qui a réussi, celle d’un choix de gouvernance qui a volontairement tourné le dos à la France, à l’exception de la Coupe de France qui est plébiscitée par les joueurs. Cette situation correspond dans le temps et dans l’esprit à la fin du Bumidom. Partir gagner sa vie en métropole, y compris dans le sport, participerait du génocide par substitution. Mieux vaut rester chômer au pays. Là encore c’est un succès.  

L’échec de la gouvernance locale du tourisme. Cette activité dépend entièrement de la volonté des décideurs politiques. L’intervention de l’Etat ne va pas au-delà de la fonction de facilitateur et de bailleur de fonds. Cette gouvernance est parcourue par deux idées contradictoires ; la volonté proclamée d’en faire une activité économique est combattue par une véritable culture anti-tourisme. Les millions d’euros déversés par les collectivités, l’Etat et l’Europe ne sont pas venus au bout de la politique de repli identitaire dont le tourisme est l’une des premières victimes. Si la Martinique était un pays où l’on comptait ses sous, il aurait été intéressant de savoir combien de millions d’euros de toutes provenances ont été engloutis dans le tourisme depuis 20 ans.  

Conclusion : Nous pourrions poursuivre l’énumération des matières où la gouvernance locale a failli. La gouvernance universitaire ne serait pas épargnée, ni la gouvernance écologique. Une comparaison avec La Réunion, leader français du développement durable, y suffirait. Il n’est pas contestable que d’autres exceptions pourraient éclaircir le tableau. Reste que bien peu de démocraties dans le monde donneraient quitus aux échecs visés plus haut. Mais de là à accorder, en plus, aux responsables un satisfécit en les faisant accéder à de plus grands pouvoirs ne paraît répondre à aucune logique. 

Yves-Léopold Monthieux

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