- Rodolphe Désiré : « sans projet, le statut ne changera rien »

22 mai 2009

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Rodolphe Désiré : « sans projet, le statut ne changera rien »

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Politiques Publiques a rencontré Rodolphe Désiré au mois de février dernier, durant la grève générale. Un entretien durant lequel le Maire et Conseiller Général PPM du Marin nous a livré sa lecture de ces événements, et les raisons de son refus de militer pour un article 74 de la constitution sans un état des lieux préalable, et sans véritable projet pour le pays.

On entend souvent dire que cette grève n’est pas liée qu’à la vie chère, et les slogans entendus dans la rue tendent à le démontrer.

Nous vivons une crise structurelle, dans un contexte national et international lui-même en proie à une crise financière et structurelle plus large. Faillite du système financier boursier, 11 septembre, boom de l’internet, guerre d’Irak, insécurité croissante, économie réelle déconnectée de l’économie spéculative… tout cela a des impacts sur nos pays, qui participent au monde.

Ce qui est étonnant, c’est que cette crise n’ait pas éclaté plus tôt. Les Dom sont des pays de consommation qui se développent, mais sans produire. Des pays non pas sous-développés mais mal-développés, qui ne vivent que de deux principaux moteurs : la consommation et la commande publique.

C’est préoccupant de voir qu’un pays comme la Martinique a un tourisme si faible, au regard du développement touristique de ses voisins. Il en va de même pour la pêche, qui souffre d’un manque de structuration, et qui ne dispose par exemple pas d’une véritable chaîne de froid partout. Nous n’avons pas non plus d’industrie de substitution. Ni de véritable diversification agricole. 25% de la population, et environ un jeune sur deux est au chômage.

Non, ce qui est étonnant, c’est qu’il n’y ait pas eu plus de secousses. Nous avons à faire à un mouvement large et réfléchi, sans l’ampleur violente que prennent parfois les conflits sociaux. Alors même que les prix ont explosé, et que la crise atteint un corps social fragilisé. Alors que les martiniquais souffrent du sentiment d’être dépendants « à vie ». Alors qu’il y a véritablement de la profitation, et pas seulement de la part des békés : grandes surfaces, transports aériens, taux d’intérêts bancaires, monopoles, défiscalisation…

 Vous dressez-là un constat bien sombre. Que faudrait-il faire pour remédier à tout cela ? 

La France aurait du s’inspirer de l’Espagne et du Portugal, et garantir la continuité territoriale pour les individus, les entreprises, les produits, la fiscalité… Il faut que nos entreprises puissent être concurrentielles, avec la capacité d’exporter partout dans le monde, et en particulier en France et en Europe. Ceci implique des réajustements structurels, et une augmentation des investissements productifs. 

Mon sentiment est que cette crise est salutaire…si elle va au-delà de la conquête d’avantages immédiats. Il est devenu indispensable de « changer de braquet ». Nous devons tout remettre à plat. Je milite pour un audit « républicain » du système martiniquais, réalisé par des experts indépendants, d’ici et d’ailleurs.

 Pourquoi le PPM ne s’aligne t-il pas sur l’article 74 ? N’est-ce pas celui qui apporte la plus large autonomie sans quitter le cadre de la République française ?  

Nous sommes dans un débat faussé. On nous a « sorti » ce recours à l’article 74 sans un débat général dans
la société. Et sans tenir compte des opportunités offertes par la révision de la constitution de 2003.

Je ne dis pas que l’article 74 de la constitution ne serait pas acceptable, mais je pense que le mode de scrutin que nous proposent ses promoteurs est vicié, et donne le pouvoir à un petit groupe, sous prétexte de majorité. Nous manquons d’éléments d’information quant au fonctionnement interne de l’assemblée qu’ils envisagent, et de garanties quant au contrôle de l’exécutif.

Je suis moi favorable à un article 73 adapté, avec une collectivité unique, une assemblée unique, et un exécutif collégial. Cela pourrait être un palier d’une dizaine d’années, mis en œuvre dans le cadre de la constitution actuelle, et qui nous permettra « d’apprendre » à diriger un pays, et à en contrôler tous les rouages.

 N’est-ce pas une position délicate à tenir pour vous, qui manifestez votre souhait d’accéder à plus de responsabilité locale ? 

Toute position juste est toujours difficile à défendre. Et puis statut ou pas, nous sommes une nation.

 Nous devons être capables de regarder les choses de manière adulte, et avec un regard novateur. Il nous manque encore des instruments de développement pour une véritable autonomie. 

Enfin, l’essentiel est de préserver les intérêts du peuple martiniquais. 

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