- Un congrès pour l’autonomie ?

21 mai 2009

Economie

Un congrès pour l’autonomie ?

G. GALLION France-Antilles Martinique 17.12.2008 

Les 86 élus du Conseil régional, du Conseil général ainsi que les parlementaires se réuniront demain matin pour le 3e congrès de l’histoire politique de la Martinique. Avec trois questions à l’ordre du jour, ils définiront ou non une nouvelle collectivité, autonome, régie par l’article 74 de la constitution. L’option d’un mode de scrutin à la proportionnelle intégrale risque d’être la pierre d’achoppement de la journée. 

Cinq ans après la clôture du congrès du 10 avril 2003, les élus régionaux et départementaux se retrouvent à Plateau Roy pour le troisième congrès de l’histoire de la Martinique. Alfred Marie- Jeanne, le président du Conseil régional a pris l’initiative de ce congrès, après avoir consulté Claude Lise, son homologue du Conseil général. Tous deux sont persuadés que c’est à nouveau le moment de poser la question de l’évolution institutionnelle. En clair, que ce 18 décembre est davantage propice à un rassemblement plus homogène que celui qui a porté la consultation du 7 décembre 2003. 

Grande nouveauté cette fois. c’est la proposition d’un recours à l’article 74 de la constitution qui ouvrira les débats. Une certitude, le choix de l’article 74 pose plus clairement la question de l’autonomie que ne l’ont jamais posé les deux précédents congrès (12 juin 2001et 20 Février 2002, et 10 avril 2003). A cette époque, le changement souhaité par les élus restait essentiellement centré sur le thème d’une collectivité unique, fusion du Département et de la Région. 

Consensus pour une nouvelle collectivité ? 

Aujourd’hui, non seulement il s’agit d’un statut d’autonomie possible pour la Martinique, mais d’une collectivité nouvelle et unique qui devrait répondre aux aspirations les plus fortes des deux majorités : celles du conseil général et celle du conseil régional. 

Face à elles : les élus du PPM et apparentés et les élus FMP et UMP. Une configuration qui n’est pas celle du dernier congrès (du 10 avril 2003), encore moins de celle de la première réunion du congrès des élus Martiniquais, le 12 juin 2001. La droite a perdu quelques sièges et quelques leaders. Quant aux autonomistes du PPM, ils ont connu une mutation majeure, puisque de la scission du parti de Trénelle est né le RDM. Claude Lise qui avait mené les débats de juin 2001, février 2002 et d’avril 2003 a maintenant les coudées plus franches et affiche clairement son choix de l’article 74.

 Cherchant à se démarquer, les orthodoxes du parti progressiste avancent leur préférence pour une troisième voie : un article 74 revisité, « le 74 Martinique » . 

Mode de scrutin, le grand hic… 

C’est donc sur les fondations de ce nouveau paysage politique que se dessinera l’architecture de l’avenir institutionnel de la Martinique. Face aux propositions de changement, la Droite (UMP et FMP) continuera à jouer de la même partition. Celle de l’article 73. Une musique cette fois davantage à l’unisson qu’en 2003 puisque cette année- là, les partisans du OUI, qu’étaient Pierre Petit et Yan Monplaisir avaient troublé par leurs fausses notes. Aussi, Miguel Laventure parlera d’une seule voix appelant à expérimenter tous les champs offerts par l’article 73 de la Constitution jusqu’à la mise en place d’une assemblée unique, exécutif des deux collectivités Région et Département. 

De l’ensemble de l’ordre du jour, la troisième et dernière question (le mode de scrutin) sera certainement la plus problèmatique. Certains prédisent même qu’elle n’aboutira pas. En tout cas, pas demain. 

L’option de la proportionnelle intégrale que soutient
la majorité MIM-CNCP du conseil régional n’a manifestement pas les faveurs des autres composantes du congrès. Mais dans l’optique d’une collectivité nouvelle et autonome, Il faudra bien faire des choix et des concessions. Sinon, le blocage pourrait faire voler en éclat l’ensemble du processus. Cette question du mode de scrutin est clairement le talon d’Achille de ce troisième congrès. Il serait bien malheureux que la décision d’une évolution institutionnelle, voulue et dessinée par l’ensemble des élus martiniquais avorte sur une question a priori plus… secondaire. 

- REPERES 

La présidence du congrès 

C’est le président du Conseil régional qui présidera cette séance puisqu’il est en droit le président du congrès. Ceci depuis le 1er juillet de l’année et jusqu’au 31 décembre. Le président du Conseil général préside le congrès lors du premier semestre. 

C’est Alfred Marie-Jeanne qui a convoqué les congressistes, fixé l’ordre du jour et présidera la séance de demain. Il est également responsable de la police dans la salle et de l’application du règlement. 

Qui est membre ? 

Les élus du conseil régional et du conseil général sont membres du congrès. Il y a 45 conseillers généraux et 41 conseillers régionaux. Ils ont droit de vote. Les parlementaires siègent de droit au congrès, sans avoir le droit de vote. Alfred Marie-Jeanne et Claude Lise qui sont élus dans les deux collectivités ont le droit de voter. Les autres parlementaires (Louis- Joseph Manscour, Serge Larcher, Alfred Almont, Serge Letchimy) pourront prendre la parole, sans pouvoir voter sur l’une ou l’autre des questions à l’ordre du jour. 

Le 7 décembre 2003 : le vote 

Inscrits : 266.056 

votants : 116.904 

participation : 43,94% 

blancs et nuls : 8565 

exprimés : 108.308 

Non : 54.701 ( 50,48%) 

Oui : 53.667 ( 49,52%) 

Soit un écart de : 1107 voix. 

Saint-Martin et Saint Barthélemy 

Les deux Iles de la Guadeloupe ont choisi leur changement statutaire lors de la consultation du 7 décembre 2003. Mais comme il s’agissait pour les deux populations de se prononcer sur leurs évolutions propres, elles se sont prononcées favorablement pour leur statut de collectivité territoriale. rappelons que la Guadeloupe avait voté Non. 

Après près plus de deux ans, le Parlement a adopté les statuts de collectivités territoriales de Saint-Martin et Saint- Barthélemy ; toutes deux régies par l’article 74 de la constitution. Leurs assemblées territoriales sont en place depuis un an. Si Saint-Martin s’est inscrite pour être une RUP comme le sont la Guadeloupe et la Martinique, il lui vaudra attendre la promulgation du Traité de Lisbonne sur l’ensemble du territoire de l’union européenne, d’une part et le résultat de la négociation que la France ouvrira avec ses 26 partenaires. Sinon, elle rentre dans le panel des PTOM comme les autres collectivités d’outre-mer. 

Référendum à Mayotte 

Le référendum sur la départementalisation de Mayotte aura lieu le 29 mars, a annoncé mardi le secrétaire d’Etat à l’Outremer, Yves Jégo, en sortant de l’Elysée après une réunion avec des élus et d’anciens élus mahorais. Mayotte pourrait devenir le cinquième département d’outre-mer et le 101ème département français. 

- Le 73 

« Dans les départements et les régions d’outre-mer, les lois et règlements sont applicables de plein droit. Ils peuvent faire l’objet d’adaptations tenant aux caractéristiques et contraintes particulières de ces collectivités. Ces adaptations peuvent être décidées par ces collectivités dans les matières où s’exercent leurs compétences et si elles y ont été habilitées, selon le cas, par la loi ou par le règlement.(..) Les habilitations prévues aux deuxième et troisième alinéas sont décidées, à la demande de la collectivité concernée, dans les conditions et sous les réserves prévues par une loi organique. Elles ne peuvent intervenir lorsque sont en cause les conditions essentielles d’exercice d’une liberté publique ou d’un droit constitutionnellement garanti. La création par la loi d’une collectivité se substituant à un département et une région d’outre-mer ou l’institution d’une assemblée délibérante unique pour ces deux collectivités ne peut intervenir sans qu’ait été recueilli le consentement des électeurs inscrits dans le ressort de ces collectivités. »
« l’article 73 de la Constitution «  

- Article 72-4 

Aucun changement, pour tout ou partie de l’une des collectivités mentionnées au deuxième alinéa de l’article 72-3, de l’un vers l’autre des régimes prévus par les articles 73 et 74, ne peut intervenir sans que le consentement des électeurs de la collectivité ou de la partie de collectivité intéressée ait été préalablement recueilli dans les conditions prévues à l’alinéa suivant. Ce changement de régime est décidé par une loi organique. 

Le Président de la République, sur proposition du Gouvernement pendant la durée des sessions ou sur proposition conjointe des deux assemblées, publiées au Journal officiel, peut décider de consulter les électeurs d’une collectivité territoriale située outre-mer sur une question relative à son organisation, à ses compétences ou à son régime législatif. 

Lorsque la consultation porte sur un changement prévu à l’alinéa précédent et est organisée sur proposition du Gouvernement, celui-ci fait, devant chaque assemblée, une déclaration qui est suivie d’un débat. 

- Les articles 73 et 74 de la constitution 

Après le vote 

Une fois, le texte ou les textes adoptés par le congrès, le Conseil régional et le Conseil général examinent séparément le ou les textes. Et si les deux collectivités adoptent sans changement la mouture votée au congrès, leurs présidents transmettent les documents au gouvernement. Et c’est le premier ministre qui décide de saisir le président de la République. Ce dernier a toute liberté pour poursuivre le processus de changement statutaire. Un débat sans vote est organisé au Parlement. Après ceci, le chef de l’Etat décide ou non de la consultation de
la population. Et si cette dernière approuve l’évolution adoptée par les élus, alors un projet de loi organique est déposé au Parlement et c’est lui qui définira la nouvelle collectivité Martinique. 

- Le 74 

Il régit essentiellement des collectivités d’outre-mer ayant une plus large autonomie, comme la Polynésie, Saint-Martin et Saint-Barthélemy. les collectivités départementales Saint-Pierre et Miquelon sont régies par cette article.

La nouvelle Calédonie a son statut propre. 

« Les collectivités d’outre-mer régies par le présent article ont un statut qui tient compte des intérêts propres de chacune d’elles au sein de la République. Ce statut est défini par une loi organique, adoptée après avis de l’assemblée délibérante, qui fixe : les conditions dans lesquelles les lois et règlements y sont applicables ; – les compétences de cette collectivité ; sous réserve de celles déjà exercées par elle, le transfert de compétences de l’Etat ne peut porter sur les matières énumérées au quatrième alinéa de l’article 73, précisées et complétées, le cas échéant, par la loi organique ; – les règles d’organisation et de fonctionnement des institutions de la collectivité et le régime électoral de son assemblée délibérante. »

« L’article 74 de la constitution «  

- Nouvelle collectivité ou assemblée unique ? 

Les élus régionaux et départementaux ne définiront pas demain, les compétences d’une nouvelle collectivité. Ils feront le choix d’une nouvelle collectivité ou alors s’en tiendront au principe de fusion des deux existantes (Département et Région). En clair, ils choisiront la nouvelle maison sans décider tout de suite de quoi elle sera meublée.

Au regard des forces politiques composant l’hémicycle de ce troisième congrès, le choix d’une assemblée unique part avec les faveurs du pronostic. Dans un cas comme dans l’autre, un large consensus sur un seul exécutif existe. Quant à l’habillage de la nouvelle collectivité, autonome, le congrès devra se réunir en Janvier pour définir les compétences de la nouvelle structure administrative régissant
la Martinique. Et c’est à ce moment-là que le profil autonomiste de la Martinique, si cela est acté dès demain, se dessinera plus précisément. De ce fait, l’élargissement des compétences de la nouvelle collectivité dictera le statut de la Martinique : Région, Collectivité ou Territoire autonome.

Après plus de dix heures de débats sans interruption, le congrès des élus a opté pour le statut d’une nouvelle collectivité qui pourra avoir « accès à l’autonomie » . La définition des compétences qui sera dévolue à cette nouvelle collectivité aura lieu lors du prochain congrès, l’année prochaine. 

Un an après la réunion commune des deux collectivités portant sur le SMDE et l’Agenda 21, il ne manquait aucun groupe, ni famille politique à l’ouverture des travaux du 3e congrès des élus de
la Martinique. Assis au premier rang, Serge Letchimy, Serge Larcher et Louis-Joseph Manscour portaient la caution parlementaire à une journée extrêmement longue et passionnante. 

Président du congrès, Alfred Marie-Jeanne ouvrait les débats en donnant les raisons pour lesquelles, la tenue de ce congrès lui paraissait indispensable. « Resterons-nous inertes plus longtemps quand l’essentiel nous échappe de plus en plus ? Miser sur le statu quo et l’immobilisme est un comportement à risques, en déphasage avec un monde en mouvement accéléré » . Une justification qui allait être complétée de manière plus précise par Claude Lise, président du conseil général, lequel posait nettement le problème sur les limites de l’article 73 de la Constitution pour la vie quotidienne des citoyens. 

L’autonomie dans le champ des possibles 

Le premier accroc au débat allait d’entrée être porté par le groupe des démocrates et progressistes souhaitant un changement de l’ordre du jour. En réalité, Christiane Dorléans demandait d’intervertir l’ordre des points à l’examen des élus, proposant l’examen de la nouvelle collectivité plutôt par son contenu, au lieu de commencer par le régime législatif. Réponse cinglante d’Alfred Marie-Jeanne. « L’ordre du jour a été adopté par les deux collectivités, en fonction du code des collectivités. Inverser cela, serait illégal! » 

Ce premier accrochage avec les progressistes allait donner le ton d’une journée marathon, au cours de laquelle, les voix des FMP et des divers gauche allaient chercher à se faire entendre. Situation peu confortable dans ce face-à-face entre les patriotes, les RDM et les progressistes. Mais ayant choisi de ne pas varier sur leur position, fidélité à l’article 73 de la Constitution, les élus FMP et UMP expliquèrent leurs abstentions aux votes sur les trois résolutions en discussion. 

Une attitude constante qui ne sera pas celles des élus socialistes. Alors qu’ils demandaient au préalable à connaître le contour de cette nouvelle collectivité se profilant dans un cadre d’autonomie, finalement, ils votèrent la première résolution après qu’elle eut été amendée par Alfred Marie-Jeanne en personne. Le président du Conseil régional, qui voulait obtenir la plus large adhésion sur ce premier point (ancrage de la collectivité à l’article 74), modulait le texte (voir encadré). Il ne s’agissait plus d’une obligation à l’autonomie mais d’une possibilité. Les quatre élus de la FSM votèrent cette résolution, avec le MIM, le RDM et les divers gauche. 

Vers un long chantier législatif Mais l’autre gros morceau de la journée allait mobiliser les élus pendant près de trois heures : le mode de scrutin. Le président du conseil régional estimait avoir fait une proposition consensuelle, marque de sa bonne foi, en incluant dans la proportionnelle intégrale, la présence obligatoire, dans les dix premiers candidats de la liste présentée, d’au moins deux représentants de chacune des quatre circonscriptions existantes. Un pas important vers son ami Claude Lise et les élus du RDM, et un pas, selon lui, vers la conciliation la plus large. Les Partisans du vote mixte ne démordaient pas. PPM et socialistes se heurtèrent à une ligne Maginot MIM et RDM, immuable et déterminée à ne rien céder. Avec 53 voix pour la résolution, sans les élus du groupe PPM, et des socialistes, cela restait en deçà du vote sur le régime législatif.
La majorité MIM/RDM avait cependant gagné son congrès. Alfred Marie-Jeanne pouvait alors déclarer en conclusion, après plus de dix heures de débats sans interruption, qu’il était fier de cette journée, pour la richesse du débat et pour la suite des travaux qui occupera une commission dédiée à l’étude des compétences de la nouvelle collectivité. Il le disait avec une certaine émotion, tout en sachant que le chantier de l’autonomie dorénavant ouvert, ne sera pas tranché uniquement après cette journée.
« Les resolutions et les votes « 
« les images du Congres « 
« Intervention d’Alfred Marie-Jeanne au Congres « 
« L’allocution de Claude Lise au Congres « 

- Le vote « nul » des PPM 

Serge Letchimy a proposé une motion sur l’indispensable constitutionnalisation de l’autonomie reposant sur le socle de l’égalité des droits et acquis sociaux. 

Et pour ne pas compromettre toute possibilité de conciliation avec les autres groupes du congrès, il proposa un amendement à la résolution portant sur le changement de régime législatif. « que le statut institutionnel soit fondé sur l’autonomie dans un nouvel article de la Constitution permettant de concilier les principes d’égalité et de responsabilité. » 

N’étant pas entendu, le groupe des démocrates et progressistes allait présenter, sans fin, pendant le vote sur cette première résolution, une pancarte demandant « un nouvel article pour l’autonomie » . Ce qui n’était pas un vote positif, ni un négatif mais bien un vote nul. 

- ILS ONT DIT… OU FAIT 

CHRISTIANE FRANCOIS DORLEANS, au nom du groupe Démocrate et progressiste, a tenté en début de séance de modifier l’ordre du jour et de discuter du mode d’organisation institutionnelle (assemblée unique ou non) avant d’aborder la question de l’article 74. Elle a reçu (et tous ceux qui ont essayé après elle) une fin de non-recevoir de la part du président du Congrès, Alfred Marie-Jeanne. 

 Suite à ce refus et à la répétition de la déclaration d’Alfred Marie-Jeanne « Je ne modifierai pas l’ordre du jour! » (en s’appuyant sur la loi qui régit l’organisation du Congrès ndlr), pluie de réactions : 

 CATHERINE CONCONNE, groupe Démocrate et progressiste : « Je trouve regrettable que vous nous opposiez le code territorial français pour dire que la demande du groupe Démocrate et progressiste n’est pas recevable! » 

 LOUIS-JOSEPH MANSCOUR, député-maire de Trinité, FSM : « Les deux présidents ont tenu des propos très consensuels. Un groupe dépose une motion. Je ne vois pas pourquoi on ne la soumet pas au vote. » 

SERGE LARCHER, sénateur DG : « Toute assemblée est souveraine, elle peut modifier l’ordre du jour, et restée respectueuse de l’autre, de l’idée que nous nous faisons de la démocratie. » 

FELIX ISMAIN, groupe Démocrate et progressiste : « J’ai été totalement oublié dans l’invitation à ce congrès, or je crois savoir que je représente quelque 9000 Martiniquais! » 

ALFRED MARIE-JEANNE, président du Congrès, à propos de l’irruption des grévistes du CHU : « Selon la répartition actuelle, le problème de la santé relève du pouvoir régalien de l’Etat! Mais vous savez pertinemment l’implication du Conseil régional dans ce secteur. Tjenbé red pa moli! »   

EDMOND MONDESIR MIM : « Ce qui nous réunit ici aujourd’hui, c’est la certitude fondamentale que nous sommes arrivés au moment de prendre nos responsabilités. Le souci commun est que le peuple martiniquais soit averti que nous souhaitons majoritairement aller de l’avant! » 

Lire aussi 

*                 Un si long chemin… 

*                 DANIEL MARIE-SAINTE, CONSEILLER REGIONAL, MIM 

*                 MIGUEL LAVENTURE, CONSEILLER REGIONAL, FMP 

*                 SERGE LETCHIMY, DEPUTE-MAIRE DE FORT-DE-FRANCE, PPM 

*                 Claude Lise : « La Constitution n’offre aucune autre voie »  

*                 Alfred Marie-Jeanne : « Soyons au rendez-vous de l’Histoire! »  

Les commentaires 

cordémi 

on a noté quand même de la part d’AMJ peu de souci de la démocratie, qui me semble être le garant de la crédibilité de nos dirigeant. Quelque soit la position d’AMJ, il me semble qu’il aurait été plus intelligent de laisser le PPM exprimer sa position, tout simplement par un vote démocratique. Cela éviterait des crispations inutiles. Il y avraiment une guerre ouverte qui se ressent entre ces deux parties, avec des alliances contre nature, comme celle affichée ouvertement entre le RDM et le MIM / Je reste perplexe quant à la suite à donner. En qualité d’électeur, j’hésite à remettre l’avenir de mon pays dans un climat aussi délétère, rancunier, dans une guerre de 3 petits chefs, qui vont devenir de moins en moins crédibles aux yeux de la population. Je suis d’acord pour une évolution institutionnelle mais pas avec n’importe qui à la tête. la population martiniquaise se doit d’être vigilante quant au choix de la tête de liste…si ce projet arrive à maturation dans un consensus vital pour tous!. messieurs les politiques, arrêtez d’être aussi enfantins, nous ne sommes pas dans une cour de récréation! ce n’est pas un jeu la politique. on n’a pas besoin de « petits chefs » mais d’un Chef respondable,à l’écoute de tous, acceptant la critique, et cherchant le consensus..avec tous! c’était vraiment pitoyable hier : des avancées, oui, mais des craintes quant à la façon dont sera dirigée cette assemblée.Je crains le pire! 

Cricri 

D’accord avec vous, Mr Cordémi, c’était lamentable, et cela ressemble beaucoup à une prise de pouvoir avant l’heure. Pour l’instant, tout va bien, mais dans quelques années si une grosse catastrophe survient, ferons nous appel à l’aide internationale comme en HAITI. 

igrololo971 

Codémi en té ka kouè ké en matnyk sa té méyè ki a kaz, mè en ka ren mwen kont vwèmen, ké matnyk gwada sé pwés minm bitin minm bagay, pres minm kaka la, wouè, fos. 

un observateur 

La crise financière et économique internationale va nous balayer.Pas besoin d’attendre quelques années pour une grosse catastrophe. Elle est déjà à notre porte, des millions d’emplois seront supprimés à travers le monde et la Martinique n’y échappera pas. La tempête est devant nous. 

*                 Les résolutions et les votes 

Les résolutions et les votes 

France-Antilles Martinique 19.12.2008 

Le Congrès des élus départementaux et régionaux de la Martinique a eu à se prononcer sur trois résolutions. Toutes ont obtenu la majorité. 

Résolution n°1 

Relative au choix du régime législatif 

« Le Congrès des élus départementaux et régionaux réuni le jeudi 18 décembre 2008, décide : 

Article unique : de proposer que le statut institutionnel de la Martinique évolue dans le cadre d’un régime législatif fondé sur l’article 74 de la Constitution qui permet l’accès à l’autonomie. 

Ainsi proposé et adopté par le Congrès des élus départementaux et régionaux de la Martinique réuni en séance publique » . 

Résultats 

- Pour : 64 voix. 

Outre les « patriotes » (MIM, BATIR, MODEMAS, PALIMA), on trouve la gauche (RDM, FSM, DVG) et (plus surprenant) deux FMP ( Claudine Jean-Théodore et André Charpen- tier) et une Osons oser (Jenny Dulys). 

- Abstentions : 8. 

Les élus du FMP (à l’exception de Claudine Jean-Théodore et André Charpentier), de l’UMP et un DVD. 

- Nuls : 14. 

Tous du groupe Démocrate et progressiste. Refusant le choix proposé, ces élus ont préféré brandir des feuilles sur lesquelles on pouvait lire « Un nouvel article pour l’autonomie » (art. 74-Martinique ndlr). Leur vote a donc été considéré comme nul. 

Résolution n°2 

Relative au choix du mode d’organisation institutionnelle 

« Le Congrès des élus départementaux et régionaux réuni le jeudi 18 décembre 2008, décide : Article unique : de proposer la création d’une collectivité Martinique dotée d’une assemblée délibérante unique. 

Ainsi proposé et adopté par le Congrès des élus départementaux et régionaux de la Martinique réuni en séance publique » . 

Résultats 

- Pour : 78 voix. Tous les élus, sauf… les huit abstentions. 

- Abstentions : 8. Les élus du FMP (à l’exception de Claudine Jean- Théodore et André Charpentier), de l’UMP et un DVD.

Résolution n°3 

Relative au choix du mode d’élection de l’assemblée unique 

« Le Congrès des élus départementaux et régionaux réuni le jeudi 18 décembre 2008, décide : 

Article unique : de proposer que les membres de l’assemblée unique soient élus dans le cadre d’une circonscription unique. 

- sur la base d’un scrutin de liste à la proportionnelle à 2 tours 

- un seuil d’accès à la répartition des sièges de 5% des suffrages exprimés 

- et l’obligation de placer dans les 10 premiers de la liste, deux représentants à minima de chaque circonscription législative existante 

- prime (4) : 71 + 4 = 75 élus. 

Ainsi proposé et adopté par le Congrès des élus départementaux et régionaux de la Martinique réuni en séance publique » . 

Résultats 

- Pour : 53 voix. 

- Abstentions : 10. 

- Contre : 18. 

A NOTER : les résolutions n° 1 et n° 3 ont été amendées, avant d’être adoptées (amendement = texte en italique dans la résolution). 

Les commentaires 

un observateur 

le chantre de l’autonomie aurait dit: « Restons prudents les amis, par ces temps de crise financière et économique mondiale, rien ne sert de précipiter les choses. » Tous les pays du monde attendent l’avènement de Obama et les 100 premiers jours de sa politique pour appliquer leur plan de relance économique. Le moment parait inopportun pour qu’un département ultra marin subsistant avec une économie « artificielle » dans un contexte caraibéen dont il ne maitrise pas le marché, de se prononcer sur le changement de son statut. La tempête économique est devant nous et tous les gouvernements occidentaux, tous les dirigeants de pays de l’Est, des pays émergents et des pays moins avancés économiquement ont peur et craignent une contagion de la crise sociale grecque, pays de Socrate et berceau de
la démocratie. Une grave épidémie de choléra menace au Zimbabwe. Le cours du pétrole s’effondre et les ayatollahs du l’or noir s’inquiètent. Il parait insensé de prétendre se réjouir gaiement d’un compromis historique alors que la crise économique commence à peine à détruire des millions d’emplois à travers le monde. 

Intervention d’Alfred Marie-Jeanne au Congrès 

franceantilles.fr 18.12.2008

Chers collègues
Mesdames et Messieurs,

De concert avec le Président du Conseil Général, Claude Lise, j’ai jugé opportun de réunir en Congrès, les élus des deux Assemblées.
Cette démarche n’a rien d’inopiné. Attendue de tous, elle nous permettra de faire sereinement le point entre nous, et devant le Peuple Martiniquais, sur l’Evolution Institutionnelle.

Nous nous sommes adjoints pour ce faire, le concours d’universitaires, qui en tant que scientifiques, nous ont apporté, de manière objective, leur éclairage.
Car, le sujet qui nous rassemble aujourd’hui est plus que déterminant pour l’avenir du pays.

Miser encore sur le statu quo et l’immobilisme, est un comportement à risques, en déphasage avec un monde en mouvement accéléré. Resterons-nous inertes plus longtemps quand l’essentiel nous échappe de plus en plus ?

Le moment n’est-il pas venu alors, de redistribuer les cartes, en partageant de manière consistante, les rênes du pouvoir pour mieux maîtriser les changements en cours et à venir.

Pas i za ta. Men i pa two  ta!

D’où l’urgence de la mise en place d’un cadre nouveau, qui consisterait en la création de
la Collectivité Martinique dotée de nouveaux domaines de compétences.

Ce choix intègre les trois éléments indissociables suivants :
A savoir, le régime législatif c’est-à-dire le qui fait quoi en matière de textes et de règlements : l’Etat et/ou la Collectivité ?
A savoir, l’organisation administrative, c’est-à-dire quelle type de collectivité : bicéphale, tricéphale, ou une Collectivité Unique ?
A savoir, le mode de scrutin, avec le territoire dépecé en mini circonscriptions, ou conservé en circonscription unique ?

Pour des raisons d’organisation pratique, ces questions seront votées séparément, mais il va de soi, qu’elles se conçoivent de manière imbriquée.

De même, le débat va s’inscrire dans le cadre de la Constitution actuelle, qui je le rappelle, a déjà été modifié pour offrir justement une palette plus large de choix possibles.

Ceci étant rappelé, venons-en au régime législatif.
A ceux qui s’interrogent sur la nouvelle option que nous privilégions aujourd’hui, je tiens à préciser par exemple, que la mise en œuvre du Schéma Martiniquais pour le Développement Economique (SMDE) se heurte déjà aux limites du système actuel.

Et pourtant, les travaux prospectifs pour bâtir notre projet de développement, repose sur un triptyque consensuel :
Premièrement, le Martiniquais, acteur principal de ce projet qui devrait à terme mener à un mieux-être, dont il sera le premier bénéficiaire.
Deuxièmement, notre patrimoine naturel, aujourd’hui peu ou pas valorisé, qui doit devenir source de richesses et d’emplois.
Troisièmement, l’ouverture de la Martinique à des opportunités d’innovation et de développement technologique, dans le cadre d’échanges régionalisés et mondialisés.

Les grandes orientations de notre projet, conçues par la population, confirmées dans le cadre de l’Agenda 21, exprimées de manière différenciée par les uns et les autres, sont partagées par chacun d’entre nous ici.

Les initiatives déjà entreprises telles que l’identification des eaux souterraines pour répondre aux éventuelles périodes de sécheresse annoncées, la mise en place des réserves marines pour protéger nos écosystèmes, les expérimentations pour identifier les potentiels en énergie marine ou en énergie géothermique …témoignent de notre volonté d’avancer et d’innover.

Dans le même balan, nous avons utilisé les opportunités offertes par le cadre actuel. C’est ainsi que le Président Lise et moi-même, avons saisi le Gouvernement, en vue de régler l’épineux problème du transport.
On ne pourra pas, comme à l’accoutumée, nous reprocher de n’avoir pas essayé !!

Cette demande d’habilitation est toujours en cours d’instruction. Et si un jour, elle nous est accordée, ce sera de manière temporaire, pour une durée maximum de deux ans.

Vous le voyez, la démonstration est faite. Alors qu’il faut de la réactivité pour faire face aux mutations qui s’imposent à nous, les dispositifs qui nous sont offerts actuellement, sont synonymes de complexité procédurière et donc, de lenteur préjudiciable.

Il nous faut donc opter pour un cadre nouveau. Il nous appartiendra ensuite d’ajuster au mieux le contenu à notre réalité géoéconomique, à notre réalité géopolitique, à notre réalité historique.

C’est l’occasion d’ouvrir l’éventail des compétences inclus dans l’article 74. Profitons de cette élasticité pour aller aussi loin que nous le voulons, en nous ménageant tous les garde-fous que nous souhaitons.

Retenons, cependant qu’un bloc de compétences relèvera obligatoirement du domaine réservé de l’Etat. Il s’agit des fameuses compétences régaliennes telles que la nationalité, les droits civiques, la justice, la sécurité et l’ordre public, la monnaie….

Le saut qualitatif avec le 74 est la liberté qui nous est laissée de combiner les compétences restantes entre le pouvoir central et nous-mêmes.
Tout ne dépendra que de notre volonté à aller plus ou moins loin dans
la démarche. En somme, c’est nous qui définirons la place du curseur.

Voilà ainsi exprimé, de façon simple, le principe de l’identité législative et le principe de la spécialité législative.

La modulation des compétences retenues devra nécessairement être mise au service de notre projet de développement.

Rappelons que le premier pilier de ce projet est la place réservée à l’Homme et à
la Femme. S’il est entendu de maintenir les acquis, il faut nous mettre également en pouvoir de mieux ajuster la politique de l’éducation, la politique de l’emploi, la politique culturelle et sportive pour accompagner les Martiniquaises et les Martiniquais à apporter leur contribution à la construction de notre Pays.

S’agissant du deuxième pilier, à savoir la valorisation de notre potentiel naturel, faisons jouer la flexibilité pour par exemple :
réglementer et exercer le droit d’exploration et d’exploitation des ressources du sol et du sous-sol, de la mer territoriale comme de la Zone Economique Exclusive
ou encore, fixer les règles relatives aux redevances spécifiques à l’endroit des sociétés exploitantes.
Ou encore exiger, dans le Code Minier que les produits du sous-sol martiniquais soient considérés dorénavant comme étant notre propriété.

En ce qui concerne le troisième pilier, c’est-à-dire notre ouverture au monde, voyons jusqu’où peut aller notre volonté à négocier avec les institutions publiques et privées, régionales ou internationales.

Cette liste est loin d’être exhaustive. Elle prouve que la capacité à faire jouer l’amplitude est là.
C’est ce travail de combinaison entre identité et spécialité législatives que nous vous proposons d’élaborer ensemble, dans le cadre d’une Commission Mixte rassemblant, de manière paritaire, élus du Conseil Général et du Conseil Régional, avant de réunir une deuxième fois le Congrès.
L’ensemble de nos travaux pourra alors constituer notre base de négociations avec le Gouvernement mais également avec les instances européennes.

Il importe en effet de vérifier la compatibilité de ce que nous souhaitons avec les contraintes communautaires, pour aller le plus loin dans le champ du possible.

En bref, le choix que nous devons faire aujourd’hui ne porte pas sur un numéro, mais sur notre volonté politique de domicilier un certain nombre de pouvoirs et de compétences.

Alors, ne nous trompons pas de combat ou d’adversaire. L’obstruction systématique ne peut être productive face à un tel enjeu.

Asé tounen an lè ko nou kon topi mabial !

Le deuxième point sur lequel doit porter notre réflexion est l’organisation administrative.
L’expérience prouve que la simplification du processus décisionnel s’impose, face au maquis et à l’enchevêtrement qui caractérisent notre organisation administrative actuelle.
Une fois de plus, il ne s’agit pas de tirer un numéro. Mais, au nom de l’efficacité financière, notre choix doit porter sur une Collectivité Unique avec une Assemblée délibérante unique.

Ne soyons pas effrayés, n’effrayons plus en brandissant l’épouvantail comme étandard ! Si nous optons pour ce choix, nombre de contrôles politiques, administratifs et juridictionnels, permettront d’assurer, et je cite, « le respect des conditions essentielles d’exercice des libertés publiques et des droits constitutionnellement garantis ».
Notre choix n’est donc pas liberticide !

Voyons maintenant le troisième point, celui du mode de scrutin.
Là encore, ne jouons pas au sèbi, ni au gren dé.
Notre réflexion doit nécessairement intégrer au moins deux variables : la taille du territoire et la nécessaire représentation de la diversité des opinions.
Le mode de scrutin de liste permet une représentation de la diversité du corps électoral, tout en préservant, une approche unitaire et territoriale, sur un pays exigu comme le nôtre.
Qui veut faire Nation doit penser Circonscription Unique.

Sur cette base, pour garantir un bon niveau de représentativité sur l’ensemble du territoire, nous préconisons un scrutin de liste à la proportionnelle avec :
l’obligation pour chaque liste, de prévoir dans les 10 premiers, deux personnes à minima de chaque circonscription législative existante.
et au besoin, une prime garantissant juste une majorité de gestion sans surreprésentation

En somme, les solutions que nous proposons aujourd’hui présentent les garanties suivantes :
la dimension sociale
la prise en compte de notre réalité dans l’élaboration des textes
le développement d’un partenariat avec la France et l’Europe dans le respect de nos intérêts réciproques.

Tous ces points seront définis ensemble. Et le Peuple sera obligatoirement consulté.

Telles sont nos propositions.
Ce n’est pas un plaidoyer pro domo indépendantiste. Car ce qui me motive, c’est la préservation et la défense des intérêts supérieurs de mon pays. Je m’attache donc à toujours faire un pas chaque fois que la situation l’exige. C’était déjà le cas en 2003, où le consensus que j’avais accepté était en net retrait par rapport à la Déclaration de Basse-Terre que je défendais alors. Aujourd’hui, je fais de même. Je vous propose d’entrer dans une démarche de responsabilité accrue et d’autonomie.

Cette question transcende les idéologies. Elle s’adresse à tous, et par essence, à l’intime conviction et au libre arbitre, de chacun et de chacune d’entre nous.

Soyons au rendez-vous de l’Histoire ! 

L’allocution de Claude Lise au Congrès 

franceantilles.fr 18.12.2008
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs les Membres du Congrès, Cher(e)s Collègues,

Il y a plus de 7 ans, il m’est revenu le grand honneur de procéder à l’ouverture, à l’Hôtel du département, du 1er congrès des élus départementaux et régionaux de
la Martinique. Et vous siégiez avec moi à la tribune, Monsieur le Président.

Aujourd’hui, c’est à l’Hôtel de Région que nous nous retrouvons pour l’ouverture de ce congrès auquel vous nous avez conviés, et que vous présidez.

Je veux donc vous remercier de votre accueil.

Mais aussi souhaiter que, tous ici, nous ayons à cœur, comme lors des réunions de 2001, de 2002 et 2003, d’utiliser l’espace démocratique offert par le Congrès pour confronter nos points de vue dans des conditions qui puissent contribuer à éclairer nos concitoyens sur les enjeux d’une évolution institutionnelle.

Car ces enjeux ne sont pas l’affaire des seuls élus, ne sont pas l’affaire des seuls partis et organisations politiques, mais bien l’affaire du peuple martiniquais.

Chaque Martiniquaise et chaque Martiniquais doit se sentir profondément concerné par nos débats. Chaque Martiniquaise et chaque Martiniquais doit comprendre qu’à travers la question institutionnelle, il s’agit, avant tout, de rechercher les conditions de mise en œuvre de politiques permettant de régler plus efficacement nombre de problèmes auxquels ils sont quotidiennement confrontés et, d’une façon générale, de leur donner davantage de prise sur la gestion des affaires de la Martinique.

Je crois d’ailleurs que les débats qui ont marqué les précédentes réunions du congrès, et que nos compatriotes ont régulièrement suivis grâce au concours des medias, leur ont précisément permis de mieux prendre la mesure de tels enjeux.

Ils se sont également rendu compte que les affrontements partisans, auxquels ces débats ont parfois donné lieu, ont finalement pu être dépassés pour aboutir à la formulation de propositions qui entendaient servir l’intérêt général martiniquais. Et il y a des images de ces réunions, des images des élus martiniquais engagés dans une dynamique positive, qui ont marqué favorablement les esprits et qui ont certainement laissé des traces dans les mémoires.

La consultation de décembre 2003 n’a, cela dit, pas permis de donner suite à la réforme proposée, alors même que celle-ci avait été élaborée sur la base de la recherche du plus large consensus sur une base minimale.

Et c’est bien parce qu’on avait privilégié la recherche du plus large consensus sur une base minimale que l’on avait écarté d’emblée le choix de l’article 74. D’autant d’ailleurs, il faut bien le dire, qu’un certain nombre d’élus surestimaient manifestement les possibilités offertes par l’article 73 rénové dans le cadre de la révision constitutionnelle de mars 2003.

En ce qui me concerne, je veux rappeler que, si je me suis rallié à l’idée de faire un premier pas, fût-il modeste, je ne me suis jamais fait d’illusions sur les possibilités réelles offertes par cet article.

Intervenant, au Sénat, dans la discussion générale sur le projet de loi constitutionnelle, je soulignais que le nouvel article 73, je cite, « donne aux élus la possibilité de disposer d’un pouvoir d’adaptation réglementaire dans les domaines où ils exercent des compétences. Il leur offre aussi la possibilité de disposer d’un pouvoir réglementaire y compris dans certaines matières relevant du domaine de
la loi. Il s’agit là, à première vue, d’avancées substantielles en matière de responsabilité locale, mais il s’agit d’avancées dont il faut vite tempérer la portée.

Le système est, en effet, triplement verrouillé : le champ de délégation de pouvoirs d’adaptation et de pouvoirs réglementaires est étroitement limité, il faut une habilitation du Parlement, le champ du possible doit être préalablement fixé par une loi organique ».

Cette loi organique a été, comme vous le savez, votée l’année dernière et, comme il fallait s’y attendre, elle n’a fait qu’ajouter des contraintes supplémentaires à la procédure.

En fait, la seule avancée réelle qu’il nous était possible d’effectuer dans le cadre de cet article, c’était la mise en place d’une collectivité unique gérée par une assemblée unique. Mais ce qui aurait pu être un premier pas, porteur déjà d’un peu plus d’efficacité des politiques publiques, a été manqué de justesse, en grande partie, en réalité, on le sait, à cause de la confusion dans laquelle s’est déroulée la campagne électorale précédant la consultation du 7 décembre 2003. Confusion résultant, pour l’essentiel, des stratégies convergentes mises en œuvre : les unes, par des responsables politiques opposés idéologiquement à tout changement institutionnel non calqués sur un modèle hexagonal ; les autres, par certains hommes politiques qui ont préféré cassé une dynamique parce qu’ils ne pouvaient, à coup sûr, l’orienter dans le sens de leurs seuls intérêts politiciens.

Aujourd’hui, il n’était plus possible de maintenir le débat dans les mêmes limites.

5 années ont passé, en effet, au cours desquelles on a pu mieux mesurer les limites réelles de l’article 73. On a vu, pour ne citer qu’un exemple, la difficulté à faire prendre en compte une demande d’habilitation pour adapter la législation sur les transports interurbains.

En fait, c’est quotidiennement que, dans les domaines les plus divers (logement, transport, aménagement du territoire, urbanisme, environnement, etc.), les citoyens martiniquais réclament, pour faire face aux problèmes posés par l’application du droit commun, des aménagements, des adaptations voire des dérogations.

On ne peut donc éviter de poser le problème du choix entre les deux régimes législatifs offerts par la constitution française :

celui de l’article 73, dans lequel nous nous trouvons, il faut peut-être le rappeler, et où la règle c’est l’application du droit commun et l’adaptation l’exception,

celui de l’article 74, dans lequel est privilégié, au contraire, le droit à l’adaptation.

C’est là un choix qu’on ne peut escamoter et qu’on ne peut différer davantage.

C’est certainement le point essentiel sur lequel chacun de nous devra prendre position en conscience.

Ce qui importe, selon moi, c’est que les Martiniquais soient clairement informés de la réalité des dispositions contenues dans l’article 74. Qu’ils aient bien conscience que, dans le cadre du régime législatif régi par cet article, il est possible d’obtenir que soit privilégié le droit à adaptation dans les domaines que l’on choisit, en dehors, bien sûr, du domaine régalien de l’Etat. Ce qui signifie que, dans le cadre de cet article, il y a une diversité de possibilités, selon le dosage entre domaines où c’est le droit commun qui prime et domaines où c’est le droit à adaptation qui prime.

Il faut aussi que les Martiniquais sachent que la Constitution française actuelle n’offre aucune autre voie.

On peut toujours en imaginer une. Mais la proposer aujourd’hui, c’est, à coup sûr, renvoyer aux calendes grecques, ou à la Saint-glinglin, la mise en œuvre d’une réforme institutionnelle. Puisqu’il faudra attendre une éventuelle réforme de la constitution française.

Mais l’histoire ne nous attend pas. Un grand chantier a été lancé par le président de la République sur une réforme de l’architecture territoriale française. Allons-nous prendre le risque, en ne proposant rien pour aujourd’hui, de subir, une fois de plus, un véritable plaquage de dispositions conçues, par d’autres, pour des réalités hexagonales ? Allons-nous laisser se rééditer ce qui s’est passé lors de la grande réforme de la décentralisation de 82-83 et, plus récemment, en 2004, lors de la mise en place de l’acte II de la décentralisation ?

Je n’évoquerai pas les deux autres points de l’ordre du jour qui faisaient déjà partie de nos réflexions lors des précédents congrès et sur lesquels, là aussi, chacun devra prendre une position claire devant l’opinion.

Je n’évoquerai pas non plus la deuxième partie du congrès prévue pour le 1er trimestre 2009 et que j’aurai à convoquer et à présider ; deuxième partie où nous aurons à débattre des compétences dont nous estimerons nécessaires de réclamer le transfert. Cette deuxième partie est évidemment, pour une bonne part, conditionnée par les propositions qui seront arrêtées aujourd’hui.

Monsieur le Président, Cher(e)s Collègues,

Parmi les handicaps structurels reconnus comme freins au développement de la Martinique, il en existe un, que l’on oublie souvent dans les discours officiels, c’est le handicap institutionnel.

Il joue pourtant un rôle majeur dans le mal-développement et, par voie de conséquence, dans le mal-être qui y est associé et dont souffrent tant de nos jeunes.

Il explique largement le fait que tous les efforts accomplis par les élus martiniquais, que le réel dynamisme de nos acteurs économiques et que la succession des plans de développement mis en œuvre n’ont jamais pu répondre pleinement aux objectifs poursuivis.

Nous qui exerçons des responsabilités dans ce pays, nous le savons.
Nous devons donc le dire clairement aux Martiniquais et en tirer les conséquences tout aussi clairement. Quoi qu’il en coûte électoralement à chacun d’entre nous.

Il faut vraiment tout faire pour éviter que notre pays rate un nouveau rendez-vous avec son histoire.

Mes Cher(e)s Collègues, pour la Martinique, pour notre Martinique, reconnaissons-le, l’heure des choix clairs a sonné !

Un si long chemin… 

Gabriel GALLION France-Antilles Martinique 20.12.2008 

La prochaine séance du congrès ouvrira la perspective du vrai débat : la conception de la collectivité dans un régime d’autonomie. (Fernand Bibas/France-Antilles)  

Dans quelques mois, le prochain congrès aura à définir les compétences de la nouvelle collectivité. La réforme ouverte depuis quelques mois par le président de la République pourrait être un écueil sur lequel pourrait buter l’espoir d’autonomie. 

Le maître du jeu 

Nul ne pourra nier qu’Alfred Marie-Jeanne, le premier secrétaire du Mouvement indépendantiste et président du conseil régional, a su mener le congrès là ou il voulait qu’il aille. Que ce soit sur la question du régime législatif, ou celle, cruciale du mode de scrutin de l’assemblée unique, il n’a jamais été au-delà de ce qu’il estimait être négociable. Certes, il a entre-ouvert une porte, sur le changement de régime législatif, mais c’était pour mieux la refermer à la barbe de Serge Letchimy. Il l’a fait lorsqu’il a compris que les quatre élus du groupe socialiste (Occolier, Buval, Cléon et Vaugirard), à l’instar des élus de Bâtir le pays Martinique, allaient voter pour que l’article 74 soit le cadre permettant l’accès à l’autonomie. Peu importe le vote « nul » la majorité était acquise. 

Le hors-jeu du PPM 

Le parti créé par Aimé Césaire a assisté impuissant à une opération qui l’a placé en position de hors-jeu, sur l’échiquier des formations autonomistes. Pourtant, le groupe des démocrates et progressistes a alimenté le débat de ses propositions, notamment celle portant sur la constitutionnalisation du statut. L’autre prétendant à l’héritage politique du chantre de la négritude, Claude Lise qui ne l’entendait pas de la même façon, a aussitôt ironisé sur cette « chimère » . Alfred Marie-Jeanne n’attendait que cela pour shooter en touche. Même si un rapprochement éphémère s’est opéré entre sa proposition de résolution et l’amendement finalement déposé par le PPM. De fait, mettre Serge Letchimy et ses amis hors-jeu sur cette question centrale de l’autonomie était un des objectifs de cette journée marathon, et une opération supposée être payante pour la suite du processus. 

Le contenu de la nouvelle collectivité 

Une esquisse de ce que sera la nouvelle collectivité a été avancée durant toute la journée de vendredi. Les deux présidents des collectivités ont largement soutenu l’article 74, permettant l’accès à l’autonomie, comme la panacée de l’avenir politique, économique, social de
la Martinique. Aussi, la prochaine séance du congrès ouvrira la perspective du vrai débat : la conception de la collectivité dans un régime d’autonomie. Les nouvelles compétences réglementaires, et législatives, définissant une collectivité responsable, autonome et unique. Le cadre dans lequel l’assemblée délibérante aura à représenter l’ensemble du territoire (deux élus minimum pour chacune des circonscriptions sur chaque liste) sans dénaturer la dimension politique qu’offre la proportionnelle intégrale. Un point capital aux yeux des élus du MIM. 

Du président de la République à la consultation 

C’est Claude Lise, président du conseil général qui présidera le congrès des élus, du 1er janvier jusqu’au 30 juin. C’est donc lui qui le convoquera pour l’examen du contenu de la collectivité nouvelle, sur la base des conclusions d’une commission mixte (conseil général, conseil régional, éventuellement parlementaire) qui travaillera en amont. Lorsque les deux assemblées délibérantes (conseil régional et conseil général) auront entériné les résolutions adoptées par le congrès, Le premier ministre, saisi par les présidents de ces collectivités décidera ou non de saisir le président de la République sur ce changement de statut. Le chef de l’Etat jugera seul de l’opportunité de consulter le corps électoral de la Martinique. 

De la réponse des électeurs dépendra la suite : soit le parlement est saisi pour examiner un projet de loi organique instituant la nouvelle collectivité, soit aucun changement statutaire n’aura lieu. Nicolas Sarkozy qui a déclaré la réforme des collectivités, n’est engagé par aucun texte pour convoquer les électeurs. Et comme il a engagé une réforme des collectivités locales qui devrait aboutir d’ici la fin de l’année prochaine, cela pourrait lui paraître suffisant pour satisfaire les changements souhaités localement. 

(1) A qui perd-gagne 

- Césaire, on a perdu le guide 

Chaque matin, à son bureau, avant son premier rendez-vous, Césaire prenait le temps de lire France-Antilles. Qu’aurait-il dit, hier matin, en découvrant le titre barrant la Une du journal : « Premier vrai pas vers l’autonomie » . Aurait-il ressenti de la fierté, du soulagement, de l’agacement ou de la honte ? 

En tout cas, jamais son nom et ses citations n’ont été autant évoqués dans un hémicycle politique. Et mieux, il était davantage pris comme référence par ses supposés adversaires politiques que par les siens

Même sans le ménager, peut-être aurait-il pardonné à Claude Lise, son fils perdu, d’avoir, hors du sillon du parti, réussi à faire « un pas après l’autre sur le chemin de la responsabilité » . 

Par contre, certainement, il aurait hoqueté en découvrant que le « fou furieux » du MIM, comme il le désignait dans ses colères, s’était assagi pour arriver à l’heure au « rendez-vous avec l’Histoire » . Mais, qu’aurait-il alors pensé de ces jeunes enfants naturels qui au nom de son héritage – ils le clament tellement forts – ont joué au welto (1) en piétinant devant ce « premier vrai pas vers l’autonomie » ? Une revendication qu’il a défendue sans relâche durant 50 ans. 

Qu’aurait-il compris de ce vote nul de ses « gardiens de sa mémoire » sur cette proposition d’évolution fondée sur l’article 74 de la Constitution et permettant l’accès à l’autonomie ? 

Les progressistes se font (sur ce coup-là) larguer par des partis conservateurs. Par exemple par Osons Oser. Ou encore par les socialistes dont on a encore du mal à croire qu’ils ne se sentent plus des départementalistes de gauche. Et pire, à la traîne des FMP/UMP qui, bien qu’ayant peur du vide, ont préféré s’abstenir plutôt que de se suicider dans une Martinique institutionnellement sclérosée

En réalité, personne ne sait ce qu’aurait vraiment pensé le chantre de l’autonomie. Mais depuis hier, tout le monde, dont nous, pense pour lui

- ILS ONT DIT… 

NOE MALOUDA, PALIMA 

« Nous sommes pour un Etat Martinique et appelons l’ensemble des élus à un compromis historique autour de l’article 74, même si ce n’est pas la panacée » . 

MAURICE ANTISTE, groupe Démocrate et progressiste 

« Une nouvelle réunion du Congrès pour discuter de la gouvernance de notre pays est une bonne chose. Notre présence ici traduit notre désir d’apporter nos pierres à l’édifice. Nos voeux ? Dékatjé seten kaloj vers un ailleurs possible et trouvable pour le peuple. Que nos petites personnes en soient les outils » . 

PIERRE SAMOT 

Bâtir le Pays Martinique : « Tout est possible, y compris le pire. Notre population en a assez de nos querelles. Nous n’avons pas le droit de sacrifier les générations futures au nom de nos ego. Débarrassons-nous de nos chaînes, que nous n’avons plus aux chevilles, men adan zekal tet nou! Arrêtons de jouer au poker menteur entre l’article 73 et l’article 74. Le choix d’un article n’est pas une fin en soi, au contraire tout commence! » 

MADELEINE DE GRANDMAISON, RDM 

« Nous avons l’opportunité de déposer une pierre de plus à l’édifice Martinique. Ne ratons pas cette occasion. Si rien ne sort de notre réunion, ou dans les deux mois, on repart pour un demi- siècle! » 

GARCIN MALSA, Modemas 

« Il faut sortir d’un carcan qui nous tue. Rien ne justifie, absolument rien, que vous vouliez rester dans la situation dramatique de notre pays. J’en appelle à un sursaut collectif de dignité. Le statut politique n’est qu’un outil au service du développement. Oui, nous devons faire le choix de l’article 74 » . 

CATHERINE CONCONNE, groupe Démocrate et progressiste 

« Où est passée l’audace ? Où sont les nègres marrons ? Où sont les téméraires ? Je les appelle à rallier le champ des espérances! Oui, la Martinique a le droit de croire en une utopie refondatrice » . 

DANIEL MARIE-SAINTE, MIM 

« Ceux-là même qui avaient provoqué le « non » en 2003 proposent de reposer la même question aujourd’hui! » 

YVES-ANDRE JOSEPH, DVG 

« Je suis un peu déçu, parce que je pensais qu’on aurait aujourd’hui un compromis historique. Alors qu’aujourd’hui, on devrait être gais de se retrouver, dire « enfin » et franchir le pas… Nous sommes tous des souffrants incapables de faire un geste, d’avoir un sursaut. Ceux qui défendent le 73 sont des congélateurs ?! On est d’accord sur le principe d’autonomie, d’accord sur l’assemblée unique. Si nou fè sa, nou sové! » 

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